Cathédrales, Abbayes, Châteaux, Ponts…

Peintures de la chapelle Sainte-Catherine, église d’Antigny. Voûte, côté nord : le Jugement dernier. Alors qu’une épidémie de peste sévit, le chrétien du Moyen Âge est appelé à se tenir prêt à affronter la mort en toute circonstance. Dans cette chapelle Sainte-Catherine, le message est porté par les représentations du Jugement dernier, de l’Enfer, du Christ en gloire, des saints intercesseurs et le Dict des trois morts et des trois vifs (Voir plus bas). Photo © François Collombet

Dans cette Vallée des fresques, l’incroyable splendeur des peintures murales

C’est une vallée, la Gartempe qui au nord de Montmorillon et sur 20 km est parsemée d’églises, de chapelles d’oratoires aux murs couverts de fresques. D’abord, l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1984. Face à elle, l’église de Saint-Germain et son décor de grisailles du XIXe siècles. Plus au sud, Antigny, l’oratoire du château de Boismorand jusqu’à l’émouvante chapelle funéraire de Jouhet, tous décorés de peintures murales des XIVe et XVe siècles illustrant les mêmes scènes bibliques.

Cette chapelle Sainte-Catherine à Jouhet (à une dizaine de km de l’abbaye de Saint-Savin) borde la Gartempe. Elle recèle un trésor, ses peintures murales du 11e au XIIIe siècle. Son commanditaire a voulu en quelques scènes délivrer un message autour de la faute, de la rédemption et du jugement dernier.

Le témoignage de l’art sacré médiéval

Edifiés sur 20 km le long de la Gartempe, en pays montmorillonnais, dix édifices civils et religieux vont former une route thématique, appelée Vallée des Fresques. Leur dénominateur commun : la peinture murale réalisée, principalement du XIe au XIIIe siècle mais avec deux églises présentant également des peintures du XIXe siècle*. Ces œuvres sont des témoignage de l’art sacré médiéval. Elles offrent une immersion profonde dans l’histoire religieuse et artistique du Poitou. C’est une mise en lumière du savoir-faire des artistes de l’époque. Ils ont su capturer des scènes bibliques et moralisatrices avec une profondeur narrative et une maîtrise technique remarquables.

* Le XIXe siècle conjugua à la fois la redécouverte du Moyen Âge (Prosper Mérimée…) et une ferveur religieuse renouvelée. Voir la chapelle Saint-Laurent de Montmorillon ornée de surprenantes peintures murales du XIXe siècle, un art qui connaît alors un second souffle. Elle fait de cette chapelle une étape de la “Vallée des fresques”.

La Gartempe bien tranquille borde l’un des trésors de cette Vallée des fresques, la chapelle Sainte-Catherine à Jouhet. Photo © François Collombet

L’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, porte d’entrée de la Vallée des fresques

Nul doute, l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe (en Poitou), classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984 est le joyau de cette Vallée des fresques. L’abbaye, construite au XIe siècle, est renommée pour ses extraordinaires peintures murales qui s’étendent sur près de 400 m² de surface. Ces fresques du XIe siècle illustrent de nombreuses scènes bibliques, allant de l’Ancien au Nouveau Testament, couvrant des épisodes tels que la Création, le Déluge, la Tour de Babel…, et des moments importants de la vie du Christ. 

Qui n’a pas en tête l’arche de Noé la plus célèbre des fresques de l’abbatiale ?

Les fresques de l’abbatiale de Saint-Savin sur sa voûte relatent la Genèse, et l’épisode de l’arche de Noé qui colle parfaitement au texte biblique. Un navire à trois étages, des couples d’animaux à chaque étage, les humains tout en haut. Noé, qui a déjà relâché le corbeau, s’apprête à libérer la colombe pour savoir si le déluge est en décrue. Photo © François Collombet

Posée sur les rives de la Gartempe, l’abbaye de Saint-Savin

L’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe est la porte d’entrée de la Vallée des fresques. Ici, sur l’autre rive, près de la petite église de Saint-Germain, la vue de l’abbaye est magnifique, notamment de la flèche haute de près de 80 m, de la partie conventuelle et du Logis de l’Abbé qui vient d’être restauré. Photo © François Collombet

Fresques ou peintures à la détrempe ?

Même si on emploie parfois le terme de façon plus large, une fresque est peinte sur un support humide (a fresco, frais), un enduit de chaux et de sable à réaliser très rapidement (la pose de la couleur devant s’incorporer au support). Cette contrainte conduit le peintre à travailler rapidement et à prévoir la quantité exacte de peinture pour une surface de 1 à 4 m2, exécutable en une seule journée. De plus, l’erreur n’est pas possible. Les corrections (ou “repentirs”, voir peinture plus bas) sont en effet impossibles !

La peinture à sec

Une technique voisine de la fresque consiste à appliquer les couleurs sur un enduit sec. Broyées à l’eau, ces dernières sont ensuite liées avec de l’œuf (peinture a tempera), de l’huile, ou encore de la colle. Contrairement à la fresque proprement dite, cette technique n’impose pas de travailler en un temps limité par le séchage de l’enduit.

Dans la chapelle Sainte-Catherine à Jouhet, le Christ en majesté entouré du tétramorphe (quatre créatures ailées) situé au-dessus de l’autel. Assis sur un trône, il tient de la main gauche la sphère, symbole de son pouvoir sur l’univers, de la main droite, il bénit l’assistance. Curieux de noter que dans cette scène, un repentir (voir au-dessus) a été repéré au niveau de la main gauche. L’artiste a dessiné un premier disque et l’a ensuite changé de position, en le décalant vers la gauche. Photo © François Collombet

Comment ces peintures du XIVe siècle ont été réalisées ?

D’abord un tracé préliminaire au cordeau enduit d’ocre jaune facilite la mise en place du décor (visible encore par endroit). Ensuite, le dessin préliminaire des figures et les grandes masses colorées sont peints par la technique de la détrempe (pigments* mélangés à une charge) sur un badigeon frais. Enfin, les détails (paupières, pupilles, etc.) et les rehauts sont appliqués une fois que l’enduit a séché. Comme pour les peintures romanes de la crypte Sainte-Catherine à Montmorillon ou pour les peintures de la fin du 15e siècle ou du début du 16e siècle de la chapelle funéraire de Jouhet, la couleur noire de certains visages, nimbes ou autres détails est due à une réaction chimique d’oxydation des pigments de sels de plomb et d’arsenic.

*Des pigments d’origines minérales et végétales. Ainsi, le blanc de chaux ou céruse à base de carbonate de plomb. Les ocres, jaune ou rouge d’argile jaune. Les bleus, lapis-lazuli. Les verts, cuivre, malachite ou divers minéraux. Les bruns, terres brûlées.

Quittant l’abbaye de Savin-sur-Gartempe avec l’obsédante vision de ces immenses fresques à hauteur d’ange, comment maintenant se contenter de la dimension humaine ? Comment découvrir l’humilité de ces chapelles, églises ou oratoires qui le long de la vallée de la Gartempe ont pris de Saint-Savin l’extraordinaire pouvoir de ses fresques. Alors, pourquoi ne pas se laisser guider par celle qui connaît le mieux cette Vallée des Fresque, celle qui y est née, celle qui a su si bien saisir par ses aquarelles toute la poésie, la sensibilité de ses formes, de ses couleurs, de ses symboles. Elle en possède les clés. Elle nous ouvre les portes. Elle nous montre. A chaque regard, elle ne se lasse pas d’être éblouie. Et nous donc !

Vallée des fresques : oratoire du château de Boismorand et ses peintures murales. On y voit le Christ ressuscité qui préside au Jugement dernier. A sa droite, Marie intercède pour les pécheurs en montrant à son fils les seins qui l’ont nourri. Saint Michel pèse les âmes. Les élus seront accueillis par saint Pierre, reconnaissable à ses clés, les damnés sont plongés dans les flammes de l’enfer où l’on distingue même un chaudron. Photo © François Collombet

Au temps de la guerre de Cent Ans, des épidémies et des famines

Ces images sont liées au salut de l’âme : Jugement dernier, vies des saints martyrs… Les peintures murales de l’église d’Antigny et sa chapelle Sainte-Catherine, la chapelle funéraire de Jouhet et l’oratoire du château de Bois-Morand à Antigny forment la plus belle “trilogie de cette Vallée des fresques. Les ocres dominent et le style est simple mais évocateurs. Ces 3 ensembles de peintures étroitement apparentées furent commandés à la fin du XVe s. par le même personnage : Jean de Moussy, seigneur de Boismorand et de la Contour. On retrouve dans ces 3 édifices l’illustration du cycle de l’Enfance du Christ, le Jugement dernier, du Dict des trois morts et des trois vifs, et du Christ en gloire.

I/ Eglise d’Antigny, sa chapelle Sainte-Catherine et la lanterne des Morts

Alors que l’église d’Antigny entame une longue restauration, il est étonnant de penser que les peintures murales de la nef et de la chapelle furent découvertes par un trivial choc lorsqu’un camion en 1990 heurtait les murs de l’église. Il fit décoller le badigeon qui masquait le décor de peintures murales datant du XIIe et XIVe siècle.

La petite sœur de Saint-Savin

Cette église, véritable trésor, est considérée comme la petite sœur de Saint-Savin (à 5km de là). Récemment, en installant des échafaudages, surgit une main sous le badigeon bleu de la voûte. Nul doute que bientôt apparaîtront l’ensemble d’un décor datant du XVe siècle. C’est ce que nous assure Diane de Moussac, présidente des Amis d’Antigny et Isabelle Soulard, historienne et chargée du développement touristique, communication et marketing pour l’Abbaye de Saint-Savin.

Antigny, l’église Notre-Dame présente une façade et une nef romane alors que le chevet et le clocher sont repris pendant la période gothique. Elle est percée d’un portail en plein cintre très sobre. La nef unique était charpentée dès l’origine. Une chapelle seigneuriale, dédiée à Sainte Catherine, est édifiée au XVe siècle sur le côté sud. Le porche latéral qu’on appelle “caquetoire” date du XVIIIe siècle. Il accueillait les paroissiens pour les réunions publiques. Photo © François Collombet

Des fresques d’une grande diversité de styles et de couleurs

L’église Notre-Dame d’Antigny, édifice remarquable, s’illustre pour ses fresques du XIIe siècle qui représentent des scènes du Jugement dernier ainsi que des motifs géométriques et végétaux. Très bien conservées, elles témoignent d’une grande diversité de styles et de couleurs. L’église abrite également dans sa chapelle funéraire un ensemble de fresques du XVe siècle, illustrant des scènes bibliques telles que la vie du Christ et de la Vierge Marie, ainsi que des thèmes moralisateurs populaires à l’époque, comme la Rencontre des Trois vifs et des Trois morts. Une étonnante qualité d’exécution, des détails soignés et des couleurs encore vibrantes !

Nef de l’église Notre Dame d’Antigny, peinture du mur nord.

Chapelle Sainte-Catherine décorée de peintures murales en 1490

Cette chapelle jointe à l’église d’Antigny est dédiée à Sainte Catherine. Elle voûtée d’un simple berceau brisé sans bandeau et décorée de peintures murales au temps de Jean de Moussy, seigneur de Boismorand (1430-1510). il fit aussi décoré par de semblables peintures l’oratoire de son château de Boismorand, et la chapelle funéraire de Jouhet.

Sur le milieu de cette fresque, illustration du « dict » des trois morts et des trois vifs. Trois jeunes seigneurs à cheval vont à la chasse avec leurs chiens et leur faucon. Ils sont interpellés à une croix de cimetière, par trois morts aux squelettes grouillants de vers. C’est un rappel pour leur signifier combien la vie est brève et qu’il faut se préoccuper du salut. Ce “dict” (titre de poèmes médiévaux) apparaît dans la littérature au XIIIe siècle. Il est illustré en France dans une trentaine de peintures murales à partir de 1420. A Antigny, il est associé au Jugement dernier et aux supplices de l’enfer : le mort te crie, de son sépulcre : “Ce que tu es, je le fus, ce que je suis, tu le seras”. (Saint Césaire d’Arles*, Sermon au peuple). Césaire d’Arles (470-542) fut d’abord moine de Lérins, puis évêque d’Arles pendant quarante ans. Photo © François Collombet
Décor peint de la chapelle Sainte-Catherine d’Antigny avec cette mise au tombeau d’un Christ nu ! Photo © François Collombet

Les récents travaux de restauration ont permis de redonner vie à ces œuvres, révélant des détails oubliés et soulignant la richesse iconographique de ce patrimoine sacré. 

Antigny, la lanterne des Morts, une particularité du Poitou

A Antigny, la place triangulaire face à l’église est bordées de tilleuls. La lanterne des Morts (XIIe ou XIIIe siècle) est le dernier témoin du cimetière mérovingien.

« Il y a, au centre du cimetière, une construction en pierre, au sommet de laquelle se trouve une place qui peut recevoir une lampe, dont la lumière éclaire toutes les nuits ce lieu sacré, en signe de respect pour les fidèles qui y reposent. Il y a aussi quelques degrés par lesquels on accède à une plate-forme dont l’espace est suffisant pour deux ou trois hommes assis ou debout ». Pierre le Vénérable, abbé de Cluny de 1122 à 1156. Celle d’Antigny est haute de 7 m. Elle repose sur un socle de 5 marches. Sur le côté nord, une ouverture latérale permet d’accéder aux 28 encoches pour qu’un enfant puisse grimper allumer la lanterne. Photo © François Collombet

Située au Moyen Âge dans les cimetières

Particularité du Poitou, du Limousin et de la Saintonge, les lanternes des morts sont, au Moyen Âge, situées dans les cimetières, au milieu du bourg, à proximité de l’église. Frappés d’arrêtés en vertu de salubrité publique, nombreux cimetières sont déménagé à ta périphérie des bourgs à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle. Beaucoup de lanternes sont alors détruites ou déplacées pour être remontées sur la place publique quand elles ont été jugées dignes d’intérêt. Celle d’Antigny se dresse sur la place du village. La lampe, placée dans sa partie haute, était vraisemblablement montée par une personne qui devait alors grimper dans la colonne creuse (sans doute un enfant). Des trous sont d’ailleurs toujours visibles dans la pierre pour servir d’appui. Vers 1880, elle est entièrement démontée et remontée. A cette occasion, elle est sans doute légèrement déplacée par rapport à son emplacement originel. Sa dernière restauration remonte à 1909. Elle fut classée aux Monuments Historiques en 1884.

 (La lanterne d’Antigny) se trouve au milieu d’une place située en avant de l’église paroissiale, et qui avait évidemment fait partie de l’ancien cimetière car elle est en quelque sorte pavée de cercueils qui se montrent presque partout à rase terre, la plupart dépourvus de leur couvercle. Rien de plus intéressant que ce champ de sépulture dont les cercueils sont orientés et disposés en ligne. Extrait du Cours d’Antiquités Monumentales de Mr de Caumont -1831. Photo © François Collombet.

II/ L’oratoire du château de Boismorand si proche de la chapelle d’Antigny

Le château de Boismorand est d’origine médiévale avec un logis du XVe siècle. Au XIXe siècle, le château fut remanié dans le style néogothique. Son oratoire abrite des peintures murales du XVe siècle. Au milieu d’une véritable châtaigneraie, un chêne creux légendaire aurait permis au chatelain de se cacher lors de la Révolution française. Diane de Moussac, Présidente des amis d’Antigny (tout proche) est presque chez elle, elle y est née.

Son oratoire abrite des peintures murales du XVe siècle. Ici, on peut voir la Cène, à droite la trahison de Juda, au-dessus, la crèche et à gauche, le «dict» des trois morts et des trois vifs. Photo © François Collombet.

Son oratoire a conservé son décor intact

Le château de Boismorand édifié entre 1470 et 1490 apparaît dans un écrin de prairies, dominant la vallée de la Gartempe. Son oratoire a conservé son décor intact, représentant l’enfance du Christ, le Jugement dernier, le «dict» des trois morts et des trois vifs, et le Christ en gloire entouré du tétramorphe, très semblables aux peintures murale de la chapelle funéraire de Jouhet. Le château a été profondément remanié au XIXe siècle et comporte des vestiges d’enceinte. Communs et jardin datent également du XIXe siècle.

Le château de Boismorand édifié entre 1470 et 1490 domine la vallée de la Gartempe. C’est une étape essentielle le long de cette Vallée des fresques. Seul regret, son oratoire qui a conservé son décor intact, représentant la vie du Christ est un lieu privé, ouvert au public lors des journées du patrimoine. Le château a été profondément remanié au XIXe siècle et comporte des vestiges d’enceinte. Communs et jardin datent également du XIXe siècle. Photo © François Collombet.

De Napa Valley en Californie au château de Boismorand à Antigny

Le château appartient aujourd’hui à un homme d’affaires californien, Dario Sattui. Pour info, il a fait construire son propre château de style italien du XIIIe siècle sur son domaine viticole de la Napa Valley en Californie : le Castello di Amorosa (« château de l’amour »!). Un édifice médiéval de 107 pièces ! Là-bas, Dario Sattui est reconnu comme l’un des noms les plus prestigieux du monde viticole californien. N’est-il pas l’arrière-petit-fils de l’un des premiers vignerons de la vallée. Mais interrogez Dario sur son endroit préféré ? Lui le grand amoureux de la nature vous dira que c’est bien loin de la Californie. Qu’il faut aller jusqu’en Poitou, France (!) dans un château dont il est tombé amoureux, Boismorand.

Oratoire Sainte-Catherine (Château de Boismorand à Antigny)  

La chapelle du Château de Boismorand, édifiée au XVe siècle, se distingue par ses peintures murales qui reflètent la richesse culturelle et spirituelle de l’époque. À l’instar de celles de la chapelle de Jouhet, ces peintures ont probablement été commandées par les mêmes figures locales influentes, ce qui explique les similitudes dans les décors des deux sites. Elles se caractérisent par une grande richesse iconographique, illustrant principalement des scènes du cycle de l’Enfance du Christ, du Jugement dernier, du Dict des trois morts et des trois vifs, ainsi que du Christ en gloire entouré du tétramorphe. Ces œuvres, réalisées à sec, témoignent d’une maîtrise technique et artistique remarquable pour l’époque, et montrent l’importance qu’accordaient les seigneurs locaux à la décoration des lieux de culte, en tant que moyen d’affirmer leur piété et leur statut social. La chapelle a cependant conservé son décor intact, offrant un rare témoignage de l’art religieux médiéval. Ces peintures ne sont pas accessibles au public. 

Des fresques admirablement conservées

La chapelle a conservé son décor intact, offrant un rare témoignage de l’art religieux médiéval. Photo © François Collombet.

III/ Jouhet, chapelle Sainte-Catherine, petit chef-d’œuvre aux couleurs étonnamment vives

Véritable petit chef-d’œuvre aux couleurs chatoyantes. Quatre ont été utilisées au XVe siècle pour réaliser l’ensemble de ces peintures : le blanc (blanc de plomb ou chaux), ocre rouge, ocre jaune et noir. Cette chapelle était au Moyen Âge la chapelle du cimetière. Construite au XVe siècle à l’initiative du curé de la paroisse, elle est ornée de peintures murales de la fin du XVe siècle, probablement commanditées par le seigneur de la Contour, Jean de Moussy, également seigneur de Bois-Morand à Antigny. Elles évoquent notamment une scène très en vogue à la fin du Moyen Âge, la « Rencontre des trois morts et des trois vifs » qui occupe près de 20 % de sa surface peinte et qui rappelle la fragilité de la vie terrestre et l’espoir de la résurrection. Cet ensemble est à rapprocher des peintures de la chapelle située dans l’église d’Antigny. Cet ensemble a été Classé aux Monuments Historiques en 1908. Pour y entrer, procurez-vous la clé au restaurant Le Val de Gartempe ou à la mairie.

Cette chapelle était située au cœur du cimetière jouxtant l’église paroissiale. Fondée en 1476, elle était à la fois funéraire puisqu’abritant des sépultures, et chapelle de cimetière du fait des cérémonies célébrées pour les défunts. Photo © François Collombet

Entrez et admirez, côté positif, côté négatif !

Le décor illustre la création d’Eve, le Péché originel, le cycle de l’Enfance du Christ…Mais attention ! Sa composition témoigne d’une volonté didactique car en quelques scènes, les images délivrent un message autour de la faute, de la rédemption et du jugement dernier. Ici, rien n’est donc placé au hasard. Au nord, traditionnellement chargé négativement, les scènes de la Tentation et la rencontre des trois morts et des trois vivants. Au sud, côté positif, les scènes de l’Enfance du Christ qui renvoie à la Rédemption. Les rois qui s’agenouillent devant le fils de Dieu dans l’adoration des mages, s’opposent aux trois seigneurs vains et orgueilleux de la rencontre des trois morts et des trois vifs. La Vierge de l’Annonciation, la nouvelle Eve, répond en diagonal à Eve de la Tentation. A la fin du XVe siècle, dans un contexte difficile de guerres, d’épidémies et de famines, ces messages sont d’autant plus forts pour les chrétiens qui voient ces images.

Mur oriental avec dans sa partie supérieure, au-dessus des baies, l’illustration de l’enfer et plus bas dans les ébrasements des deux baies, des représentations de saintes et de saints. La chapelle conserve un autel et un retable en pierre. C’est le plus ancien conservé dans la Vienne. Le Christ en bois peint date de la fin du XVe siècle. Photo © François Collombet

Rencontre des trois morts et des trois vifs

Cette scène se retrouve dans l’église Notre-Dame d’Antigny (chapelle Sainte-Catherine et mur nord de la nef) et dans l’oratoire du château de Boismorand.

Dans cet hallucinant décor, les scènes se répartissent en deux registres superposés sur la voûte et le mur oriental. Une bande décorative les délimitent par deux filets rouges. En bas, c’est la rencontre des trois morts et des trois vifs à rapprocher des danses macabres. On est à l’époque de la fin de la guerre de Cent Ans, de la famine, de la peste qui sévit encore. L’idée de ne pas avoir pu “régler ses affaires” avec Dieu avant que la mort ne survienne fait peur. Photo © François Collombet

IV/ Saint-Germain face à Saint-Savin, aux étonnantes grisailles de son église

Un pont sur la Gartempe sépare l’abbaye de Saint-Savin de la commune de Saint-Germain. Photo © François Collombet

Eglise de Saint-Germain : fluctuat nec mergitur

Voici cette petite église romane de Saint-Germain faisant humblement face à l’abbaye de Saint Savin dont elle fut sa dépendance au XIIe siècle. Seule la Gartempe les sépare, rivière qui semble bien tranquille mais aux crues redoutables. Fort heureusement la population répond présent. A chaque débordement, elle se mobilise pour remettre en état son église.

La clé est disponible au Bureau d’Information Touristique de Saint Savin situé Place de la libération. Photo © François Collombet
L’église romane (XIIe siècle) présente une nef unique, charpentée, et s’achève par un chevet plat. Au premier plan, deux guides hors paire, Isabelle Soulard historienne et chargée de la communication de l’abbaye et de la Vallée des fresques (à droite) et Diane de Moussac, présidente des amis d’Antigny. Photo © François Collombet

De superbes grisailles qui racontent la vie de saint Germain d’Auxerre.

L’église de Saint-Germain abrite d’étonnantes peintures murales du XIXe siècle. Des peintures polychromes, classiques pour l’époque, représentant notamment un Christ en majesté et, plus exceptionnelles, des peintures en « grisailles » réalisées par Octave Pichaut? Elles ornent le chœur. Ces dernières donnent l’étonnante illusion de bas-relief et représentent des scènes de la vie de saint Germain, évêque d’Auxerre et titulaire de l’église (les grisailles sont une technique utilisant des nuances de gris pour imiter la sculpture). En intégrant des éléments artistiques, elle rappellent l’art médiéval tout en adoptant une approche moderne propre à l’époque. Ces grisailles de l’église Saint-Germain contribuent sans doute à faire de cet édifice une curiosité dans la Vallée des Fresques, particulièrement pour son lien avec l’art du XIXe siècle. A rapprocher de l’église Saint-Laurent à Montmorillon. 

Les célèbres grisailles de l’église de Saint-Germain, des peintures réalisées en dégradé de gris donnant l’illusion de bas-reliefs. Les parties basses de l’abside sont illustrées par un ensemble de grisailles originales qui valent à l’église de Saint-Germain sa réputation au sein de la « vallée des fresques ». Elles représentent différents épisodes de la vie de saint Germain, évêque d’Auxerre, de saint Loup, évêque de Troyes et sainte Geneviève, protectrice de Paris. Elles ont été réalisées par Octave Pichault (182761907). Exécutées sur un enduit sec, elles sont représentatives du XIXe siècle. Photo © François Collombet

V/ Des bords de la Gartempe, Montmorillon nous offre la dernière étape de la Vallée des fresques

Montmorillon doit aux eaux de la Gartempe en partie son histoire liée aux livres. Au siècle des Lumières, les berges de la rivière étaient occupées par des moulins à papier. Dans les années 1990, le Salon du livre contribua à la mise en lumière de son riche passé.

La Gartempe traverse Montmorillon au cours ponctué de ponts, de barrages, de moulins. Dans les quatorze communes de la Vienne, elle est dominée par des édifices imposants, comme la Maison-Dieu ici à Montmorillon mais aussi les châteaux de Pruniers à Pindray ou de Boismorand à Antigny, la Villa des Îles à Vicq-sur-Gartempe, et bien sûr l’abbaye de Saint-Savin et ses exceptionnelles peintures murales, fleuron de la Vallée des fresques. Photo © François Collombet
Ce vieux pont de Montmorillon est la véritable icône de la ville. Il date du XIIe siècle mais probablement reconstruit au XVe siècle. Ses arches latérales ont été emportées par des crues. Il ne reste que l’arche et les piles centrales reprises au XIXe siècle. Du pont, à flanc de coteau, l’imposante masse de l’ancienne collégiale royale Notre Dame. Face à elle, la motte castrale qui supporte une tour surmontée d’une statue de la Vierge, élevée à la fin des années 1880. Tout le charme vient que ce vieux pont s’ouvre sur le quartier médiéval du Brouard où se succèdent librairies et ateliers d’artisans. Photo © François Collombet

Montmorillon, quand l’art roman cohabite avec l’art sacré du XIXe siècle

Montmorillon est marquée par ses nombreux monuments de l’art roman classés. Il suffit de monter sur les hauteurs de la ville pour découvrir l’incroyable Maison-Dieu. Un immense ensemble qui se cherche aujourd’hui des occupants. Il comprend la chapelle Saint-Laurent, l’Octogone, unique en Europe, la tour de fortification, le chauffoir, la grange des dîmes et les bâtiments monastiques ainsi que 4,5 ha de jardins.

La chapelle Saint-Laurent était à l’origine l’église de l’ancienne Maison-Dieu de Montmorillon, établissement hospitalier fondé à la fin du XIe siècle. Belle façade remaniée au XIIe siècle. L’édifice a conservé également son clocher du XIIe siècle, tandis que l’intérieur a été remanié pour le Petit Séminaire dans la seconde moitié du XIXe siècle. Chapelle qui n’est pas ouverte à la visite libre. Photo © François Collombet

Chapelle Saint-Laurent et ses peintures murales du XIXe siècle   

La chapelle Saint-Laurent de Montmorillon est ornée de peintures murales du XIXe siècle, faisant d’elle une étape de la “Vallée des fresques”. Originellement fondée au XIIe siècle pour servir de lieu de prière aux moines augustins de la Maison-Dieu de Montmorillon, la chapelle a subi une transformation significative au XIXe siècle pour accueillir le Petit Séminaire. C’est durant cette période que l’intérieur a été embelli par un ensemble de fresques murales réalisées par la Société d’Art Chrétien de Tours.

Agrandi d’un transept et d’un chœur en hémicycle pour les besoins du séminaire, l’intérieur de la chapelle est paré de peintures murales, ajoutées dans la seconde moitié du XIXe siècle. Photo © François Collombet
Dans les années 1860, la chapelle reçoit un décor peint impressionnant destiné aux petits séminaristes. Photo © François Collombet

Des scènes de la vie chrétienne, avec un soin apporté aux détails vestimentaires

Les détails vestimentaires et l’expressions des personnages, reflètent le style académique en vogue à l’époque. Photo © François Collombet

Voici des peintures qui illustrent notamment des scènes de la vie chrétienne, avec un soin apporté aux détails vestimentaires et aux expressions des personnages, reflétant un style académique très en cours à l’époque. Voir les représentations d’anges, certains jouant des instruments de musique, d’autres participant à des scènes liturgiques, leurs ailes déployées et leurs vêtements drapés avec cet élan typique de l’art sacré du XIXe siècle. Les murs de la chapelle sont également décorés de motifs floraux et géométriques, encadrant les scènes principales et ajoutant une dimension décorative qui rappelle les manuscrits enluminés du Moyen Âge.

 Cette chapelle ossuaire dite l’Octogone.

L’octogone a été élevé au XIIe siècle dans le cimetière de la récente Maison-Dieu. Il a été construit en pierre calcaire selon un plan octogonal. Cette forme octogonale est un rappel symbolique de la résurrection. Photo © François Collombet

L’Octogone se situe au sein du complexe de la Maison-Dieu. Etonnant édifice datant du XIIe siècle, initialement conçu comme une chapelle funéraire ! Cette forme octogonale, rare et symbolique, en fait un exemple unique de l’architecture médiévale en France. Au fil des siècles, l’Octogone a évolué dans sa fonction, devenant un ossuaire où étaient déposés les ossements exhumés des cimetières environnants. Il fallait en effet gérer les espaces saturés des cimetières. L’intérieur est sinistrement sobre : des murs épais et peu d’ouvertures, créant une atmosphère de recueillement, idéale tant pour les rites funéraires que pour la conservation des restes humains.   

Qui veut de la Maison Dieu ?

Montmorillon Maison-Dieu. Cette déesse amputée sera-t-elle bientôt restaurée ? Photo © François Collombet

C’est un immense édifice désespérément vide ! Sa fondation date du XIe siècle ? Elle avait pour vocation l’accueil des pèlerins et des malades. Elle connaît un essor exceptionnel jusqu’au XVIe siècle. Lorsque la Maison-Dieu est reprise par les Augustins réformés de Bourges au XVIIe siècle, ils bâtissent les bâtiments conventuels de style classique. Ce sont ces mêmes bâtiments qui vont accueillir au XIX e siècle un petit séminaire qui lui même sera transformé en EPHAD. Il fermera ses portes dans les années 2000. En 2022, le site alors propriété du CHU de Poitiers est cédé à l’Etablissement public foncier de Nouvelle Aquitaine dans la perspective d’accueillir un projet d’ampleur. Serait-ce l’Institut international de Montmorillon ?

La Maison-Dieu, sous les auspices d’une ministre et d’un chef étoilé !

Et c’est ainsi que tout s’est emballé ! Régis Marcon chef étoilé qui accompagnait la ministre de la culture, Rachida Dati, le 17 novembre 2025 s’est déclaré partant pour créer ici, à la Maison-Dieu à Montmorillon, un centre de formation en hôtellerie et restauration haut de gamme. Pour cela, il est soutenu par la ministre qui en a présenté les grandes lignes. Un projet porté également par un entrepreneur franco-américain sous le vocable : Institut international de Montmorillon. L’objectif : faire de Montmorillon une référence mondiale en matière de gastronomie.

Quel destin pour cette Maison-Dieu. Elle fut monastère hôpital au Moyen Âge puis petit séminaire du XIXe au XXe siècle et enfin EPHAD jusque dans les années 2000 ! Mais voici que devrait s’ouvrir l’Institut international de Montmorillon : un projet haut de gamme pour la formation en hôtellerie et restauration. Photo © François Collombet

Une Vallée des fresque toute en aquarelles

“Ma Vallée des Fresques” de Diane de Moussac.

Une reconnaissance qui devrait suivre son cours

Une Vallée des fresques qui reçoit le soutien de Rachida Dati Ministre de culture pour sa reconnaissance ! Logique puisqu’elle est dans le prolongement de l’Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe inscrite depuis 1984 au patrimoine mondial de l’Unesco ? Une reconnaissance de bon augure pour Diane de Moussac (présidente des Amis d’Antigny) et Isabelle Soulard (historienne et en charge de la communication de l’abbaye et de Vallée des fresques) et un avenir plein de promesse pour leur chère vallée !

Ma Vallée des fresques est le premier carnet édité par Diane de Moussac. Diane est peintre. Elle réside en Poitou. Elle a produit de nombreuses expositions et réalisée de nombreux carnets de voyages à travers le monde.

“Voilà je suis née là, à un tire d’aile de ce chef-d’œuvre, l’abbatiale de Saint-Savin et de ses petites sœurs. Ces églises et ces châteaux, aux bords des rives de la Gartempe sont là comme des gardiens de nos histoires, au fil de l’eau, au fil du temps qui s’écoule”. dianedemoussac.blog4ever.com”

Pour aller plus loin sur l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe :

Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, le cœur de la “Vallée des fresques” – Dico du patrimoine