Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, apothéose de la Vallée des fresques

Un patrimoine médiéval exceptionnel
Etonnante Vallée des fresques le long de la très reposante Gartempe (du moins à cet endroit de la Vienne), rivière à saumon mais aux crues oh combien dévastatrices ! Un lieu unique dans l’histoire de l’homme ! Au fil des siècles, il a su utiliser l’art de la couleur. Déjà à l’époque magdalénienne, il utilisait des ocres sur des dalles de calcaire (voir Lussac-les-Châteaux).
Des peintures murales datant du XIe au XIIIe siècle
Mais c’est au Moyen Âge que cet art prit toute son ampleur. Voyez ces nombreuses chapelles, églises, oratoires ornés de peintures murales datant du XIe au XIIIe siècle. Dispersées le long de la Gartempe, elles font de cette Vallée des fresques un patrimoine médiéval exceptionnel par la splendeur des œuvres et leur état de conservation. Nul doute que l’Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984 en est le joyau le plus précieux.
(Voir article spécifique sur la Vallée des fresques)

Abbaye de Saint-Savin, le cœur de la Vallée des fresques
A 42 km et à l’est de Poitiers apparaît sur les bords de la Gartempe l’imposante abbatiale de Saint-Savin avec son église romane, sa flèche, ses bâtiments conventuels et ses jardins en terrasses. Une abbaye fondée au début du IXe siècle sur le lieu où furent retrouvées les sépultures des martyrs Savin et Cyprien*. Ici rayonne un style roman incomparable qui a fait dans la magnificence, la symbiose entre architecture et peinture murale.
*Savin et Cyprien sont deux frères qui, ayant refusé d’adorer des idoles, sont condamnés à mort vers le milieu du Ve siècle. Ils seront décapités sur les rives de la Gartempe. Dans les peintures de la crypte de l’abbatiale, on peut voir le supplice des ongles de fer et celui de la roue qu’ils subirent.


La chapelle Sixtine du Moyen Âge
Évoquant Saint-Savin, l’historien d’art Henri Focillon parle de « chapelle Sixtine du Moyen Âge français », Au même titre que les peintures de Lascaux pour l’art paléolithique, les fresques de Saint-Savin constituent en effet le plus vaste et le plus riche ensemble connu de peintures murales romanes françaises. Ce sont elles qui valurent à cette abbatiale d’être inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984. Le site a fait l’objet de nombreuses restaurations* au fil des siècles, permettant de préserver et de mettre en valeur ce patrimoine inestimable, qui attire chaque année des milliers de visiteurs du monde entier.
* Malgré une bonne conservation qui s’explique notamment grâce à la hauteur de la voûte, protégeant les peintures de l’humidité et de la lumière directe.

L’incroyable talent de ces peintres du Moyen Âge
Ces peintures furent exécutées directement sur le mur grâce à une techniques qui utilise à la fois la fresque et la détrempe. Les couleurs employées sont essentiellement les ocres (jaune et rouge), les bruns mais également les verts. Tous sont des pigments minéraux. Ces couleurs sont rarement mélangées à du blanc de chaux, et jamais à du noir. Les quelques traces de noir visibles sont presque toutes dues à des virements de pigments. Pour la nef, du bleu est utilisé dans quelques scènes du porche, de la crypte et de la chapelle axiale.
La puissance des colonnes qui entraînent le regard vers la voûte
En pénétrant dans l’église, on est saisi par la puissance de ces colonnes qui irrésistiblement entraînent le regard vers les fresques de la voûte. Les scènes sont disposées en longs bandeaux parallèles à l’édifice, et cela grâce à l’absence de doubleaux. Cette architecture, appelée en registres est une disposition tout à fait traditionnelle dans la peinture murale romane. Tout porte à croire que ces fresques furent exécutées par un seul et même atelier à la fin du XIe siècle. Remarquablement bien conservées, elles resplendissent dans la belle lumière de l’église, malgré leurs couleurs légèrement estompées. Sous le porche, on admirera les surprenantes visions de l’Apocalypse ; dans la vaste nef, les scènes de la Genèse et de l’Exode, depuis la création des astres jusqu’au passage de la mer Rouge ; sur les murs de la tribune, la Passion ; et dans la crypte, le martyre de saint Savin et de saint Cyprien.







Dans un castrum carolingien
L’histoire de l’abbaye commence, vers l’an 800, avec la découverte dans la petite vallée de la Gartempe, des restes de saint Savin, moine italien martyrisé près de Poitiers, et de saint Cyprien. L’abbé de Marmoutier, propriétaire des lieux, y fait alors construire un premier monastère, dans un castrum élevé par Charlemagne. Bien protégée contre les raids normands, l’abbaye prospère jusqu’au Moyen Âge. Elle se dote d’une vaste église et voit son rayonnement s’étendre sur l’ensemble de l’Aquitaine. Mais elle est pillée et incendiée une première fois par le Prince noir en 1371, puis par les protestants en 1562 et 1568, et enfin par l’armée royale en 1574. L’abbatiale est endommagée, la charpente est brûlée, les statures et l’orgue détruits. Au XVIIe siècle l’arrivée des bénédictins de la congrégation de Saint Maur sauve l’abbaye. Ils font réparer le clocher et renforcent le mur du collatéral sud fragilisé par la disparition du cloître. C’est aux mauristes que l’on doit la reconstruction des bâtiments conventuels et la restauration de l’abbatiale. Elle devient église paroissiale après la Révolution.
*En 1550… “Cinq cents chevau-légers furent envoyés à Saint-Savin qui fut pillée avec grand carnage”…

Classée par Prosper Mérimée
En 1836, Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments historiques, classe le site et engage une première campagne de restauration des bâtiments et des fresques, que les mauristes avaient recouvertes de lait de chaux. II s’emploie aussi à colmater la fissure du berceau central. Entre 1967 et 1974, une seconde campagne, soutenue à ses débuts par André Malraux à pour but de régénérer le mortier de certaines fresques. Une nouvelle technique de perfusion goutte à goutte de résines acryliques est alors mise en œuvre. L’année 1990 voit l’ouverture à Saint-Savin d’un centre international d’art mural.
Face au changement climatique, l’abbaye de Saint-Savin met en scène le déluge
Ce récit fondateur du Déluge nous parle de la submersion par les flots, de la préservation des espèces, de la résilience face à la catastrophe. Autant de questions qui nous touchent pleinement aujourd’hui.

“A la recherche de l’arche de Noé” grand projet de l’abbaye début 2026

Une nouvelle équipe a pris les rênes de l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC) de l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe et Vallée des fresques. L’établissement, créé en 2006, est désormais dirigé par Jean-Luc Dorchies, assisté d’Isabelle Soulard, chargée de communication, et Antoine Selosse, chargé de mission développement.
Le mythe du déluge
D’abord, c’est une abbaye qui va transformer des cellules monastiques situées au premier étage du bâtiment conventuel en espaces d’expositions temporaires. Il s’agira d’expositions d’une durée de deux ans. Très naturellement, c’est l’arche de Noé, la plus célèbre des images de Saint-Savin qui fera l’objet d’une première exposition entre le 1er mars 2026 et le 31 décembre 2027. Récit biblique mais mythe universel, cette histoire du Déluge apparaît dans de nombreuses autres civilisations depuis l’antique Babylone, tout comme chez les Grecs, les Egyptiens et les Romains, ou encore outre-Atlantique. Mais aussi en Inde, en Chine ou dans les régions australes.

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