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Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, apothéose de la Vallée des fresques

Au plafond de la nef de l’abbatiale, scène de l’arche de Noé. Elle flotte sur les eaux du déluge où l’on aperçoit plusieurs noyés. Au premier étage, se trouvent les couples de quadrupèdes, au deuxième, les volatiles, et au troisième la famille de Noé. Au-dessus de la figure de proue vole le corbeau envoyé par Noé pour vérifier si les eaux commencent à se retirer. Photo © François Collombet

Un patrimoine médiéval exceptionnel

Des peintures murales datant du XIe au XIIIe siècle

Nef de l’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe. Cette église-halle est longue de 42 m et large de 17 m. Des volumes exceptionnels pour mieux mettre en lumière le berceau de la voûte placé à plus de 17 m du sol ; une voûte « céleste » illustrée de peintures murales qui couvrent environ 460 m² et où sont illustrés des épisodes bibliques de la Genèse et de l’Exode dont l’emblématique scène de l’Arche de Noé. Photo © François Collombet

Abbaye de Saint-Savin, le cœur de la Vallée des fresques

A 42 km et à l’est de Poitiers apparaît sur les bords de la Gartempe l’imposante abbatiale de Saint-Savin avec son église romane, sa flèche, ses bâtiments conventuels et ses jardins en terrasses. Une abbaye fondée au début du IXe siècle sur le lieu où furent retrouvées les sépultures des martyrs Savin et Cyprien*. Ici rayonne un style roman incomparable qui a fait dans la magnificence, la symbiose entre architecture et peinture murale.

*Savin et Cyprien sont deux frères qui, ayant refusé d’adorer des idoles, sont condamnés à mort vers le milieu du Ve siècle. Ils seront décapités sur les rives de la Gartempe. Dans les peintures de la crypte de l’abbatiale, on peut voir le supplice des ongles de fer et celui de la roue qu’ils subirent.

Coucher de soleil sur l’abbaye de Saint-Savin sur Gartempe. Elle abrite le plus grand ensemble de peintures murales de l’époque romane aujourd’hui conservé en Europe. Au premier plan, le vieux pont à avant-bec construit au XIIIe et XIVe siècle. Photo © François Collombet
Cette vaste abbatiale romane du XIe siècle est d’une beauté architecturale exceptionnelle. Elle mesure 76 m et possède un transept de 31m de long. Remarquez l’élégante flèche gothique de son grand clocher du XIVe siècle reconstruite au XIXe, qui culmine à près de 80 m. Photo © François Collombet

La chapelle Sixtine du Moyen Âge

Évoquant Saint-Savin, l’historien d’art Henri Focillon parle de « chapelle Sixtine du Moyen Âge français », Au même titre que les peintures de Lascaux pour l’art paléolithique, les fresques de Saint-Savin constituent en effet le plus vaste et le plus riche ensemble connu de peintures murales romanes françaises. Ce sont elles qui valurent à cette abbatiale d’être inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984. Le site a fait l’objet de nombreuses restaurations* au fil des siècles, permettant de préserver et de mettre en valeur ce patrimoine inestimable, qui attire chaque année des milliers de visiteurs du monde entier. 

* Malgré une bonne conservation qui s’explique notamment grâce à la hauteur de la voûte, protégeant les peintures de l’humidité et de la lumière directe.

Admirable pureté architecturale de la nef, avec ses voûtes jetées en haut d’une majestueuse colonnade. Les peintures de la voûte se déploient à 16 m de hauteur sur une superficie de 460 m². Photo © François Collombet

L’incroyable talent de ces peintres du Moyen Âge

Ces peintures furent exécutées directement sur le mur grâce à une techniques qui utilise à la fois la fresque et la détrempe. Les couleurs employées sont essentiellement les ocres (jaune et rouge), les bruns mais également les verts. Tous sont des pigments minéraux. Ces couleurs sont rarement mélangées à du blanc de chaux, et jamais à du noir. Les quelques traces de noir visibles sont presque toutes dues à des virements de pigments. Pour la nef, du bleu est utilisé dans quelques scènes du porche, de la crypte et de la chapelle axiale.

La puissance des colonnes qui entraînent le regard vers la voûte

En pénétrant dans l’église, on est saisi par la puissance de ces colonnes qui irrésistiblement entraînent le regard vers les fresques de la voûte. Les scènes sont disposées en longs bandeaux parallèles à l’édifice, et cela grâce à l’absence de doubleaux. Cette architecture, appelée en registres est une disposition tout à fait traditionnelle dans la peinture murale romane. Tout porte à croire que ces fresques furent exécutées par un seul et même atelier à la fin du XIe siècle. Remarquablement bien conservées, elles resplendissent dans la belle lumière de l’église, malgré leurs couleurs légèrement estompées. Sous le porche, on admirera les surprenantes visions de l’Apocalypse ; dans la vaste nef, les scènes de la Genèse et de l’Exode, depuis la création des astres jusqu’au passage de la mer Rouge ; sur les murs de la tribune, la Passion ; et dans la crypte, le martyre de saint Savin et de saint Cyprien.

 Sur le berceau de la nef, une cinquantaine d’épisodes de l’Ancien Testament, lu comme un grand livre et dont les thèmes ont été empruntés aux livres de la Genèse et de l’Exode. Le montage bout à bout des scènes qui la décorent formerait une bande de 168 m de long sur plus de 2,5 m de haut. La voûte déroule ainsi des épisodes tels que la Création, le Déluge, la Tour de Babel, les récits d’Abraham et l’histoire de Joseph et de Moïse. Photo © François Collombet
Construction de la Tour de Babel. Elle illustre le déroulement d’un chantier de construction à l’époque médiévale : quatre hommes (à droite) portent des blocs de pierre sur les épaules ; en haut de la tour, un homme avec une équerre (l’architecte) est dos à un autre qui réceptionne un seau élevé depuis le sol à l’aide d’un treuil. Photo © François Collombet
Sculptures et chapiteaux, notamment ceux des premières travées et du chœur, complètent l’ensemble décoratif par des rinceaux, feuillages et scènes historiées dans la tradition poitevine. Voyez ces admirables colonnes aux marbrures imitant l’agathe qui supportent les voûtes et mènent au sanctuaire en rond-point. Photo © François Collombet
A l’élégance de la nef, on ne peut qu’admirer la beauté des volumes du chœur. Eclairé par un étage de fenêtres, disposition assez rare à cet emplacement en Poitou, le chœur se compose d’un sanctuaire profond et surélevé en raison de la présence, en dessous, de la crypte. Ceinturé de dix colonnes, décorées de faux marbre comme celles de la nef, il finit d’achever l’homogénéité des formes architecturales de l’abbatiale de Saint-Savin. Photo © François Collombet
La crypte (fermée pour restauration) lieu ancien de conservation des reliques de Savin et Cyprien. Comme on l’entraperçoit, elle est aussi peinte illustrant la vie et le martyre des deux saints sur plusieurs registres ; ces peintures, bien conservées, témoignent d’une stylisation romane et d’un goût pour la narration en frise continue. Photo © François Collombet
 Peintures murales couvrant la voûte du clocher-porche et le tympan de la porte ouvrant vers l’église décrivant l’Apocalypse en des scènes grandioses. Ici, la Passion du Christ peinte dans la tribune supérieure du porche, avec des scènes de martyres. Photo © François Collombet
Au tympan qui surmonte la porte donnant accès à la nef figure un grand Christ en gloire, assis sur un trône, dans une mandorle circulaire. Il ouvre les bras comme pour accueillir les fidèles et les bénir de la main droite à la manière byzantine, pouce et annulaire joints. Il est entouré d’anges et d’apôtres À sa droite, deux anges présentent la croix, un des instruments de la Passion du Christ. Photo © François Collombet

Dans un castrum carolingien

L’histoire de l’abbaye commence, vers l’an 800, avec la découverte dans la petite vallée de la Gartempe, des restes de saint Savin, moine italien martyrisé près de Poitiers, et de saint Cyprien. L’abbé de Marmoutier, propriétaire des lieux, y fait alors construire un premier monastère, dans un castrum élevé par Charlemagne. Bien protégée contre les raids normands, l’abbaye prospère jusqu’au Moyen Âge. Elle se dote d’une vaste église et voit son rayonnement s’étendre sur l’ensemble de l’Aquitaine. Mais elle est pillée et incendiée une première fois par le Prince noir en 1371, puis par les protestants en 1562 et 1568, et enfin par l’armée royale en 1574. L’abbatiale est endommagée, la charpente est brûlée, les statures et l’orgue détruits. Au XVIIe siècle l’arrivée des bénédictins de la congrégation de Saint Maur sauve l’abbaye. Ils font réparer le clocher et renforcent le mur du collatéral sud fragilisé par la disparition du cloître. C’est aux mauristes que l’on doit la reconstruction des bâtiments conventuels et la restauration de l’abbatiale. Elle devient église paroissiale après la Révolution.

*En 1550… “Cinq cents chevau-légers furent envoyés à Saint-Savin qui fut pillée avec grand carnage”…

Projet de reconstruction de l’abbaye dessiné en 1688 par les moines mauristes et qui fut réalisé en partie seulement. L’abbatiale romane de Saint-Savin, édifice imposant, s’insérait alors dans une puissante abbaye bénédictine dont elle est, avec la salle capitulaire et les murs d’enceinte, le seul vestige. Au XIVe siècle, elle a été surélevée et dotée d’une tour lanterne coiffée d’un clocher en éteignoir. Après sa période de prospérité, l’abbaye tombe en décadence à partir du XVIIe siècle jusqu’à ce que la Révolution mette un terme à la vie monastique. Les bâtiments sont vendus comme biens nationaux et l’église devient paroissiale en 1791.

Classée par Prosper Mérimée

En 1836, Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments historiques, classe le site et engage une première campagne de restauration des bâtiments et des fresques, que les mauristes avaient recouvertes de lait de chaux. II s’emploie aussi à colmater la fissure du berceau central. Entre 1967 et 1974, une seconde campagne, soutenue à ses débuts par André Malraux à pour but de régénérer le mortier de certaines fresques. Une nouvelle technique de perfusion goutte à goutte de résines acryliques est alors mise en œuvre. L’année 1990 voit l’ouverture à Saint-Savin d’un centre international d’art mural.

Ce récit fondateur du Déluge nous parle de la submersion par les flots, de la préservation des espèces, de la résilience face à la catastrophe. Autant de questions qui nous touchent pleinement aujourd’hui.

C’est l’arche de Noé, la plus célèbre des images de Saint-Savin qui sera à l’affiche d’une grandiose exposition en 2026 sur le thème du déluge. Photo © François Collombet

“A la recherche de l’arche de Noé” grand projet de l’abbaye début 2026

Dans le réfectoire des moines et sa nouvelle scénographie, le directeur de l’Abbaye, Jean-Luc Dorchies présente son projet d’exposition 2026. A ses côtés, Diane de Moussac, présidente des amis d’Antigny et Antoine Selosse, chargé de mission développement. Il est aussi maire de Lathus-Saint-Rémy. Photo © François Collombet

Une nouvelle équipe a pris les rênes de l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC) de l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe et Vallée des fresques. L’établissement, créé en 2006, est désormais dirigé par Jean-Luc Dorchies, assisté d’Isabelle Soulard, chargée de communication, et Antoine Selosse, chargé de mission développement.

Le mythe du déluge

D’abord, c’est une abbaye qui va transformer des cellules monastiques situées au premier étage du bâtiment conventuel en espaces d’expositions temporaires. Il s’agira d’expositions d’une durée de deux ans. Très naturellement, c’est l’arche de Noé, la plus célèbre des images de Saint-Savin qui fera l’objet d’une première exposition entre le 1er mars 2026 et le 31 décembre 2027. Récit biblique mais mythe universel, cette histoire du Déluge apparaît dans de nombreuses autres civilisations depuis l’antique Babylone, tout comme chez les Grecs, les Egyptiens et les Romains, ou encore outre-Atlantique. Mais aussi en Inde, en Chine ou dans les régions australes.

Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’abbaye de Saint-Savin dans le Poitou (département de la la Vienne) construite sur les bords de la Gartempe est un fleuron de l’art médiéval en Nouvelle Aquitaine. Elle s’impose par ses peintures murales commanditées par les moines bénédictins à la fin du XIe siècle. Au XIXe siècle, grâce à l’initiative de Prosper Mérimée, alors Inspecteur général des Monuments Historiques, les peintures purent être sauvées. Photo © François Collombet

Et si vous demandiez la meilleure guide !

 Marie-Anne Lacaille, remarquable guide conférencière de l’abbaye Saint-Savin-sur-Gartempe et médiatrice du patrimoine. Avec elle, nous avons revécu, scène par scène, quelques-uns des grands épisodes des Livres de la Genèse et de l’Exode peints sur la voûte de l’abbatiale. Une fascinante vision du Moyen Âge et une approche très didactique de ces peintures : une compréhension simple pour les novices en bas de nef qui va évoluer pour les moines de chœur, occupant le haut de la nef. Photo © François Collombet