
Une spectaculaire montée vers le ciel
Les tours de Notre-Dame, oui, une véritable montée vers le ciel. Une montée exceptionnelle ce jour là sous l’œil de l’architecte qui les restaura, Philippe Villeneuve. Prêt à gravir 424 marches pour atteindre à 69 m de hauteur, le ciel de Paris et les toits de Notre-Dame ? Mieux, pourquoi ne pas emprunter le nouveau parcours de visite par l’escalier à double révolution que Philippe Villeneuve a conçu et dessiné ? Un pur chef d’oeuvre en chêne massif !

La tour sud qui fut épargnée par l’incendie de 2019
Depuis le dramatique incendie du 15 avril 2019, l’effet de ces deux tours miraculées est toujours spectaculaire. L’intérieur l’est encore plus. Tout mais absolument tout a été entièrement réorganisé, repensée et sécurisé. Le chantier fut colossal. Aujourd’hui, les redécouvrir de l’intérieur est un choc ! La tour sud (côté Seine) comme on le sait fut épargnée par l’incendie. Elle laissa longtemps la vedette à sa jumelle au nord (appelée la grosse tour). Le soir de l’incendie, son beffroi (charpente en chêne construite pour supporter le poids des cloches et absorber leurs vibrations afin que celles-ci ne soient pas répercutées sur les maçonneries) avait été le théâtre de la bataille et de la victoire finale des pompiers. La tour fut sauvée in extremis mais nombre de ses poutres furent calcinées par le feu. Les huit cloches qu’elle abritait durent être déposées par des campanistes afin de permettre au beffroi d’être restauré. En septembre 2024, elles ont été remontées après avoir été bénies sur le parvis par Mgr Ribadeau Dumas, recteur-archiprêtre de la cathédrale.


Partons de la salle basse de la tour sud

Quel accueil ! Deux chimères sauvées de l’enfer lors de l’incendie
C’est une salle du XIIIe siècle avec ces voûtes de pierre longtemps appelée “salle de musique”. Elle est meublée de 2 maquettes de la cathédrale, l’une en trois dimensions et l’autre en écorché pour bien visualiser l’ascension. Cette salle expose également deux étonnantes chimères originales rescapées de l’incendie. Elles viennent de l’imaginaire médiéval de Viollet-le-Duc, inspiré du roman de Victor Hugo Notre -Dame de Paris* : La Femme à tête de chien et La créature montrant ses crocs ; des sculptures originales de Victor Pyanet en pierre calcaire (deuxième moitié du XIXe siècle). Au-dessus de la salle basse, la salle des Quadrilobes (pour la forme de ses fenêtres). C’est la base du beffroi (entièrement restauré) occupée aujourd’hui par le grand escalier de Philippe Villeneuve, à double révolution et haut de 21 m.
*Notre-Dame possède 54 Chimères, bestiaire médiéval fantastique ornant les angles de la balustrade entourant les tours et couronnant la galerie supérieure qui les relie (la cour des citernes). On y croise des boucs, des boeufs, des félins, des oiseaux qui côtoyent dragons, démons à cornes, hybrides à corps d’homme et tête de lion.



C’est au pied de l’escalier qu’on voit le génie de l’architecte
Sur les premières marches du fameux escalier* à double révolution et entièrement autoporté nous attend son concepteur, Philippe Villeneuve. Il est l’architecte en chef et restaurateur de la cathédrale. Il est aussi le créateur de cet escalier devenu iconique.
* Un escalier qui a nécessité près de 1400 heures d’études (plans d’exécution, notes de calcul) et, à l’automne 2024, environ 9200 heures de fabrication en atelier, par une équipe d’une quinzaine de charpentiers, trois menuisiers et trois apprentis.



Cet escalier à double révolution qui mène au bourdon Emmanuel
Regardez, son élévation vertigineuse semble se perdre dans les hauteurs et les charpentes du beffroi. Il permet une montée (auparavant invisible) jusqu’à l’un des chefs-d’œuvre de la cathédrale, là où se trouve la grosse cloche (le bourdon) nommée Emmanuel. Elle pèse 13 tonnes. C’est la plus célèbre de Notre-Dame, classée monument historique le 24 juillet 1944, en pleine bataille de Normandie. C’est aussi la seule survivante de la Révolution française. Elle sonne avec à ses côtés, le bourdon Marie (6, 2 tonnes) seulement lors des grands événements, historiques et religieux.
Pour qui sonne en Fa dièse le gros bourdon de Notre-Dame ?
Loin d’être plongée dans un silence voulu par les lieux, la visite est aussi une immersion sonore dans une ambiance scénographique pensée pour s’harmoniser avec celle de la cathédrale (avec des teintes rappelant les matériaux traditionnels). Ecoutons ! Au pied des marches ces courts rappels sonores. Ils font entendre en Fa dièse le bourdon de Notre-Dame fondu en 1683 et baptisé Emmanuel par son parrain Louis XIV. Il a sonné tous les grands événements de l’histoire de France. Alors, quand il retentit en août 1944 lors de la libération de Paris, quelle émotion pour les Parisiens !


Les huit cloches du beffroi nord


Un nouvel accès à la cour des citernes
Grâce à cet escalier à double révolution*, possibilité de monter dans le beffroi (auparavant invisible) jusqu’à la cour des citernes, reliant les deux tours ; un nom bien approprié en mémoire de ces grands récupérateurs d’eau pluviale qui se trouvaient là au XVIIIe siècle au-dessus de la première travée de la nef, entre les tours. De là, une passerelle donne accès au plus près des deux bourdons. Depuis cette cour, autre moment très émouvant, il est aussi possible d’entrapercevoir (sans y entrer) la charpente du grand comble, la célèbre « forêt » au-dessus de la nef.
* Deux autres escaliers à simple révolution, l’un dans la tour sud, l’autre dans la tour nord servent à mieux desservir les tours tout en sécurisant les accès.



Jusqu’au sommet de la tour sud, dans le ciel de Paris
Il est sans doute possible de raccoursir la montée par l’escalier à double révolution ou mieux, tenter l’ascension en gravissant les 424 marches de l’escalier en colimaçon. Il permet d’accéder à 69 m de hauteur, au sommet (ou presque) de l’un des monuments les plus iconiques du monde ! Tout là-haut, le spectacle est à couper le souffle. Une vue à 360° sur Paris.

Si proche de la flèche
A quelques mètres, surmontant la croisée du transept (suffirait-il de tendre la main !), la nouvelle flèche. Elle remplace celle emportée par les flammes en 2019 : 48 m de hauteur, incroyablement effilée, majestueuse et étincelante sous ce soleil couchant. Est-il possible d’imaginer qu’elle est constituée de 500 tonnes de chêne et recouverte de 250 tonnes de plomb, culminant à 96 m depuis le sol ? Mais ce qui accroche l’œil, ce sont les statues occupant au quatre point s cardinaux, sur les crêtes de faitages à la base de la flèche. Quatre par quatre comme une cohorte majestueuse, voici les douze apôtres (plus les symboles des 4 évangélistes : le lion, le taureau, l’ange et l’aigle) qui ont retrouvé la place exacte que leur avait assignée Viollet le Duc au XIXe siècle.

Les miraculées de l’incendie
Ces statues sont les miraculées de l’incendie de 2019, transposées quelques jours avant l’incendie. Parmi elles, pourriez-vous reconnaitre au moins Saint Thomas ? Il a retrouvé son socle à la base de la flèche de Notre-Dame. Sa statue en bronze comme les autres est haute de 3 m et pèse 1OO kg. Cet apôtre, saint patron des architectes a le visage de Viollet-le-Duc. Normal, il fut le grand artisan de la restauration de la cathédrale entre 1844 et 1864.
Les 16 miraculées de Notre-Dame de Paris – Dico du patrimoine
Le face à face des deux architectes
Serait-il juste alors que le visage de Philippe Villeneuve qui de 2019 à 2025 fut l’architecte en chef charge de la restauration de Notre Dame soit présent. Il l’est. Avec de très très bons yeux, vous découvrirez d’une manière bien plus modeste, la représentation de son visage à l’extrémité d’un des crochets en plomb au sommet de la flèche, sous le coq doré qu’il a conçu. Elle fait face à la statue de l’apôtre Thomas, représenté sous les traits de Viollet-le-Duc : le face à face des deux architectes !
Saint Thomas, seul apôtre qui se tourne vers la flèche de Notre-Dame

Philippe Villeneuse, l’homme qui s’est fait tatouer la grande rosace et la flèche de Notre-Dame
Philippe Villeneuve qui supervisait le chantier de restauration de la flèche de Viollet-le-Duc au moment de l’incendie, se vit confirmer dans ses fonctions par le ministre de la Culture pour mener les travaux de sécurisation puis de reconstruction du monument. Son amour pour cet édifice l’avait déjà pousser à se faire tatouer dès sa prise de fonction en 2013 (en tant qu’architecte en chef de Notre-Dame de Paris), la grande rosace sur son coeur puis la flèche au moment de sa reconstruction.
Au sommet de la flèche, le coq qui annonce le lever du soleil

Intact après une chute de 96 mètres
A son sommet, le célébrissime coq. Un coq aujourd’hui étincelant, oeuvre de Philippe Villeneuve (une sculpture en cuivre recouvert de feuilles d’or, de 90 cm pour 25 kg). Il est garni de trois reliques : une parcelle de la couronne d’épines, une relique de saint Denis et de sainte Geneviève. Il est le symbole du veilleur annonçant l’aurore et le jour de la Résurrection. A l’intérieur de la sculpture, un tube scellé contient un document sur lequel figurent les noms de tous ceux qui ont participé à cette reconstruction soit près de 2000 noms. L’histoire du coq de Viollet-le-Duc est digne d’un miracle. Le 15 avril 2019, lors de l’incendie, il chutait de 96 m. On le retrouva presque intact, cabossé mais sauvé. La question se posa alors de le restaurer. Il fut décidé d’en créér un autre tout en conservant l’ancien en tant que témoin historique. Il sera exposé dans le futur musée de l’oeuvre de Notre-Dame de Paris. Et c’est ainsi que Philippe Villeneuve et Philippe Jost (président de l’Etablissement Public : Rebâtir Notre-Dame) le remettaient à l’archevêque de Paris pour être béni et pour être enfin hissé au plus haut de la flèche et si près du ciel.
.“Ce coq a des ailes de feu , il rappelle qu’une cathédrale peut renaître de ses cendres, tel un phénix”.
Philippe Villeneuve, maître d’oeuvre de la restauration de Notre-Dame.
