Cathédrales, Abbayes, Châteaux, Ponts…

Saintes, fleuron de l’Empire romain

Face à la ville et en bordure de la Charente, l’Arc de Germanicus, monument emblématique de Saintes a été édifié en 18-19 après J.-C. Il a été construit pour honorer le général et futur empereur Tibère. Il commémore les victoires militaires de son fils adoptif Germanicus en Germanie. Photo © François Collombet

Saintes en Saintonge c’est une plongée dans 2000 ans d’histoire

Saintes, ville moyenne de 25 OOO habitants (sous préfecture de la Charente-Maritime) n’est qu’à quelques dizaines de minutes de Royan et de la Côte Atlantique, de Cognac ou de Rochefort. Se promener dans ses rues, est une plongé dans 2000 ans d’histoire. Partout, un patrimoine incomparable ! Il fait de cette ville, un haut lieu de la romanité.

Les arènes gallo-romaines, en réalité un amphithéâtre furent l’un des 18 sites retenus pour le loto du Patrimoine en 2019. Il bénéficie d’une importante campagne de restauration. De ce vomitoire (vomitorium), vue sur le clocher de la basilique de Saint-Eutrope. Photo © François Collombet

Tant de choses à voir !

Voici sans doute une ville qui attire par ses festivals de musique, sa gastronomie, sa culture viticole (Pineau des Charentes et Cognac), son tourisme fluvial, ses musées et tant de vestiges du passé qui parsèment la cité. Voir également les toitures couvertes de terre cuite naturelle contribuant à l’harmonie du paysage. Et cette coloration qu’elle apporte contrastant avec la pierre de calcaire est l’une des visions typiques de la Saintonge. Mais ici, pour tout comprendre il faut remonter aux origines, quand Saintes s’appelait Mediolanum.

Depuis l’une des deux arcades de l’Arc de Germanicus, vue sur les berges de la Charente et sur le quai de la République. Photo © François Collombet

Saintes-la-Romaine, capitale de la province d’Aquitaine

Saintes est connue à l’origine sous le nom de Mediolanum Santonum* : Mediolanum “Ville au milieu de la plaine”. Elle était alors au carrefour de routes commerciales, entre provinces romaines. Elle deviendra capitale d’Aquitania. Dès le 1er siècle avant J.-C., la ville se transforme avec l’arrivée des Romains, qui y établissent des infrastructures impressionnantes, témoins de l’importance de la ville à l’époque gallo-romaine.

*Santonum étant la capitale des Santons, une tribu gauloise.

*Les récentes fouilles sur le site des arènes ont mis au jour les fondations d’un pont gallo-romain, sous la Porte des morts, confirmant l’existence d’un ancien axe reliant Saintes à Bordeaux via la voie Agrippa.

Saintes au Moyen Âge

Au Moyen Âge, Saintes devient un centre religieux majeur, abritant de nombreuses églises et monastères. La cathédrale Saint-Pierre, construite au XIe siècle, illustre l’importance de la ville dans le développement du christianisme en France. À la Renaissance, Saintes connaît un essor économique grâce au commerce, en particulier dans le secteur du cognac et de l’agriculture.

Cathédrale Saint-Pierre de Saintes; de cette église, ravagée par les protestants, ne subsiste que la tour du clocher aux arcs-boutants superposés terminés par une forêt de pinacles (72 m). Beau portail ogival du XVe siècle. Photo © François Collombet
L’Arc de triomphe de Saintes est le monument emblématique de la cité. Il mesure 20 m de haut. Il présente deux arcades et est décoré de figures allégoriques. Lors de la démolition du vieux pont en 1843, il fut sauvé grâce à Prosper Mérimée. Il a été déplacé et remonté sur la berge réaménagée. Photo © François Collombet

Le plus emblématique du passé gallo-romain de Saintes est son impressionnant amphithéâtre édifié au 1er siècle après J.-C. Il occupe une situation exceptionnelle puisqu’élevé dans un vallon, dont les flancs ont été creusés pour lui faire place. On l’appelle à tort “arènes” un terme sans doute plus vendeur ! Pour s’y rendre de l’Arc de Germanicus, il faut traverser l’Ardèche et prendre la direction de la basilique Saint-Eutrope dont on voit le clocher se profiler dans l’alignement des vomitoires de l’amphithéâtre. Classé Monument Historique depuis 1840, l’amphithéâtre gallo­ romain est un site majeur du patrimoine antique en Charente-Maritime. Aujourd’hui en péril, il fait l’objet d’importants travaux. Pour préserver ce monument exceptionnel, la ville de Saintes s’est engagée dans un ambitieux projet de restauration, un chantier tel qu’il n’en a pas été mené depuis 90 ans !*

*En 2019, il a été choisi comme projet emblématique de la Mission Patrimoine en Nouvelle-Aquitaine. Un diagnostic architectural, archéologique et sanitaire a identifié ce qui le menace, notamment des inondations régulières qui gorgent les pierres d’eau et en accélère l’érosion.

Lors des fouilles récentes, l’analyse fine des maçonneries a permis de reconstituer l’organisation du chantier antique et les méthodes des ouvriers, jusqu’à repérer leurs gestes, droitiers ou gauchers. On observe aussi une gestion rigoureuse de l’espace en fonction des classes sociales, avec une circulation différenciée selon le statut des spectateurs. Photo © François Collombet
Ces dernières années, ce chantier du siècle visant à rénover cet amphithéâtre gallo-romain a plusieurs fois été retardé par la présence d’espèces protégées : des faucons, des azurés du serpolet (papillons), des alytes accoucheurs (crapauds)… Photo © François Collombet

Un amphithéâtre de 127 m capable d’accueillir 15 000 spectateurs

Cette magnifique arène longue de 127m présente encore malgré les ravages du temps, ses gradins et ses portes par où arrivaient les gladiateurs. On peut imaginer aisément l’ambiance qu’il pouvait régner en ces lieux où quinze mille spectateurs se pressaient lors des spectacles offerts par les riches marchands et notables de la ville. Certaines années fastes, les historiens parlent d’un spectacle tous les deux jours. On dit également que les pierres de l’édifice auraient servi à la construction de beaucoup de maisons de la ville. Aujourd’hui encore, des spectacles y sont donnés en été.

Avril 2025, on inaugure la Porte des Morts

Le vendredi 18 avril 2025, l’inauguration de la Porte des Morts restaurée, marquait la fin de la deuxième phase des rénovations. Une précision, les archéologues ont confirmé que l’amphithéâtre a connu des réaménagements jusqu’au IIIe siècle et a été réutilisé comme habitat au Bas Empire, avec traces de cloisons, étages et mobilier des XVIIe et XVIIIe siècles.

Réalisée en plusieurs phases depuis 2022, l’opération de restauration a d’abord concerné “la Porte des vivants”, côté est, puis “la Porte des morts”, côté ouest, inaugurée ce 18 avril 2025. Ces interventions ont permis de consolider les voûtes, restaurer les parements, traiter la végétation invasive et sécuriser les accès. Ici “la Porte des Morts” expliquée par l’architecte qui en a supervisé la restauration. Photo © François Collombet

Mediolanum comptait 15 000 habitants. Bien sûr il était possible de compter sur le fleuve. Mais pour l’eau potable, non ! Comme toute cité gallo-romaine, Saintes possédait des thermes qu’il fallait alimenter en eau. Ceux de Saint-Saloine ont été construits vers la fin du 1er siècle. Ils s’étendaient sur 8 000 m2 dont on ne connaît aujourd’hui que le tiers sud-est. Les vestiges dégagés permettent de reconnaître en partie le secteur du bain chaud (caldarium), bordé par un mur de soutènement. L’eau propre provenait de sources très éloignés de la cité (jusqu’à 12 km). Ces aqueducs démontrent l’extraordinaire talent des Romains pour le contrôle de l’eau.

Fontaines de Vénérand à 10 km de Saintes. La rivière souterraine de Vénérand détectée par une faille ouverte, fut atteinte à une dizaine de mètres de profondeur. Son débit était plus que nécessaire pour alimenter l’aqueduc. Les Romains dévièrent son cours par une dalle de barrage. On pense aussi qu’il y installèrent un moulin hydraulique.  Photos © François Collombet

Chef d’œuvre ce Pont des Arcs : 160 m de long, 27 arcades, 16 m de haut

L’aqueduc le plus ancien, construit vers l’an 20 après J.-C., alimentait la ville avec les eaux de la Font-Morillon. Sa conception surprend par son audace. Depuis la source, l’eau était canalisée pour l’essentiel dans un conduit souterrain jusqu’au Vallon des Arcs (actuelle route du Golf), et à partir de ce point, de grands ouvrages d’art furent édifiés. Par exemple, le Pont des Arcs, long de 160 mètres et pourvu de 27 arcades, dont la plus haute s’élève à 16 mètres !

Pour améliorer le débit : les eaux abondantes des sources de Vénérand et du Douhet

Malgré l’ingéniosité de la construction, le débit de ce canal resta modeste avec 3000 m3 d’eau par jour. Vers la moitié du 1er siècle, un nouvel aqueduc permit d’acheminer jusqu’à Saintes les eaux abondantes des sources de Vénérand et du Douhet, situées à une quinzaine de kilomètres et d’assurer un débit de 120 000 m3 par jour. Depuis quelques années, les recherches concernant l’aqueduc ont repris sous l’impulsion de la Société d’archéologie et d’histoire de la Charente-Maritime. Ainsi, en 2010, c’est un troisième aqueduc, datant du IVe siècle qui a été mis au jour.

Vénérand et ses fontaines romaines des XVIIe et XIXe siècles

Ces deux fontaines lavoirs aménagées par les habitants profitaient de la source de captage de l’aqueduc édifié par les Romains au 1er siècle de notre ère.

Vénérand, la fontaine romaine : un lavoir et un moulin restauré devenue aujourd’hui la Maison des Aqueducs. Ici, l’eau sort de la faille déjà aménagée plus en amont. Elle remplit un petit bassin de rétention avant de se déverser dans le lavoir qu’elle ne fait que traverser. Ensuite, une rigole à l’air libre la conduit vers le déversoir, produisant une chute d’eau de plusieurs mètres. Puis l’eau est canalisée dans l’ancienne galerie romaine de l’aqueduc. Photo © François Collombet
La fontaine de la roche et son lavoir qui fut construit au XIXe siècle. Photo © François Collombet

La source du Douhet dite “de la Grand Font” et son sanctuaire

La première source exploitée plus au sud à la Font Morillon se révéla insuffisante pour alimenter Mediolanum. La source souterraine du Douhet dites “de la Grand Font” (à 12 km de Saintes) localisée par une faille et atteinte par un puits de 13 m de profondeur se révéla très abondante. Elle fut alors captée et reliée à l’aqueduc.

Au Dieu de l’eau bouillonnante !

Les Romains, impressionnés par le bouillonnement de la source prirent la décision de créer à cet endroit un sanctuaire dédié à la divinité Domona, elle-même associée à Borvo dénommé “Dieu de l’eau bouillonnante” . La roche fut alors taillée en forme de voûte. Un “sanctuaire” des eaux fut érigé au-dessus du bassin de décantation pour accueillir les fidèles. Servit-il également aux premiers chrétiens comme le laisserait penser la forme d’un poisson* tracé dans la roche ?

*Le poisson étant alors le signe de ralliement des chrétiens.

 Photos © François Collombet

Passons le temps. Les siècles défilent si vite à Saintes mais le roman reste. Une seconde vie fut donnée à Saintes par le Moyen Âge. En témoignent trois magnifiques clochers. Le premier, en pomme de pin (1170), couronne l’Abbaye-aux­-Dames qui possède aussi un très beau portail ouest aux quatre voussures sculptées, sans doute le plus riche de Saintonge par le foisonnement de ses motifs. Au centre de la ville, la cathédrale Saint-Pierre. Elle fut ravagée par les protestants. Il ne subsiste que la tour du clocher haute de 72 m, aux arcs-boutants superposés terminés par une forêt de pinacles. Beau portail ogival du XVe siècle. Enfin, l’église dédiée par les clunisiens à Saint Eutrope comportait deux nefs superposées. Sa crypte, la plus vaste de France après Chartres, comprend un chœur aux curieuses voûtes rayonnantes, et de beaux chapiteaux. Le clocher flamboyant de 58 m de haut, fut élevé par Louis XI.

Tout en haut de l’abbatiale de l’Abbaye aux Dames de Saintes, il est possible d’apercevoir les deux autres clochers, celui de la cathédrale Saint-Pierre et au loin, le clocher de la basilique Saint-Eutrope. Photo © François Collombet

Arrêt à l’Abbaye aux Dames pour une nuit en cellule !

L’Abbaye aux Dames compta parmi ses pensionnaires, la marquise de Rochechouart, future marquise de Montespan. Le château de ses parents était à côté, sur la commune de Tonnay-Charente. Son portrait est exposé au musée Dupuy-Mestreau à Saintes. Photo © François Collombet

Ancienne abbaye bénédictine créée en 1047, l’Abbaye aux Dames fut le premier monastère de femmes en Saintonge. De puissantes et indépendantes abbesses y ont porté haut des valeurs de spiritualité et d’entreprise. Avec son église en pierre blanche, son portail peuplé d’images, ses bâtiments conventuels et son clocher en pomme de pin, l’Abbaye aux Dames est un joyau d’architecture romane.

L’abbaye compta jusqu’à une centaine de moniales

L’abbaye fut placée sous la protection du roi de France dès1378. Comptant à son apogée jusqu’à cent moniales, elle se vit confier la mission d’instruire les jeunes filles de la noblesse française. Elle compta notamment parmi ses pensionnaires la future marquise de Montespan. Ces femmes de pouvoir étaient des moniales vivant cloîtrées et ayant fait vœu de piété. Elles occupaient leur vie à la contemplation. Les abbesses portaient la crosse, autrement dit le bâton pastoral d’un évêque. Elles frappaient la monnaie et avaient le goût de l’entreprise. Convertie en prison durant la période révolutionnaire, puis en caserne militaire jusqu’au début du XXe siècle, l’abbaye fut restaurée au cours de la décennie 1970-1980 à la faveur de la création du festival de musique ancienne de Saintes.

L’abbaye aux Dames, cité musicale, cité hôtelière

L’Abbaye aux Dames est l’un des monuments emblématiques incontournables du patrimoine Saintongeais. Elle accueille aujourd’hui le conservatoire de musique et est le cadre du prestigieux Festival de Saintes, mettant à l’honneur la musique baroque. Y passer une nuit est un “must”. Dormir dans les anciennes cellules des nonnes, voici une expérience unique et insolite dans un cadre historique exceptionnel. Mais d’abord éblouissons nos yeux. Visitons ce joyau roman haut lieu de culture et de patrimoine qui accueille depuis les années 1970, le Festival de musique ancienne et baroque de Saintes*.

*Festival de Saintes : au programme 2025, du 12 au 19 juillet, 8 journées intenses de musique, 4 siècles de répertoire, et des artistes de légende !

Abbaye aux Dames et son abbatiale en pierre blanche, son portail peuplé d’images, ses bâtiments conventuels et son clocher en pomme de pin. L’Abbaye aux Dames est un joyau d’architecture romane. Elle est l’un des monuments emblématiques du patrimoine Saintongeais. Photo © François Collombet
L’Abbaye-aux­-Dames possède un très beau portail ouest aux quatre voussures sculptées, sans doute le plus riche de Saintonge par le foisonnement de ses motifs. Photo © François Collombet
Abbaye aux Dames : cette église abbatiale Sainte-Marie, de style roman saintongeais, abrite les 13 tapisseries de la Genèse de Jean-François Favre lesquelles sont parfois dissimulées suivant le temps liturgique, l’abbaye étant en premier, un lieu de culte. Photo © François Collombet
Clocher abbatial de l,Abbaye aux Dames; Les ouvertures du beffroi carré dans le clocher sont peuplées d’ornements sculptés et de chapiteaux. Photo © François Collombet
Structure intérieure du clocher de l’abbatiale. Plus aucune cloche. Elles continuent à sonner tout à côté dans le petit clocher de l’église Saint-Pallais. Son couronnement formé d’une flèche à écaille dite « en pomme de pin » est inspiré des monuments funéraires de l’Antiquité. Enfin, d’un point de vue symbolique, le passage du plan carré au plan circulaire marque le passage de la vie terrestre à la vie spirituelle. Photo © François Collombet

L’Abbaye aux Dames à Saintes ; mur sud et clocher. Au premier plan se trouvait le cloître. La margelle du puits est toujours en place (à droite du gros contrefort. Malgré les aléas des guerres et des conflits de pouvoir, trente abbesses se succèderont pendant 742 années, marquant d’une empreinte féminine, de courage et de fermeté, l’histoire de la cité tout entière. Chassées aux temps de la Révolution française, les Filles de Saint-Benoît ne reviendront jamais. Photo © François Collombet
L’Abbaye aux Dames est un ensemble architectural où se mêlent art roman de l’abbatiale et bâtiments conventuels de style classique. Photo © François Collombet

Une nuit au cœur de l’Abbaye aux Dames

Bien des couvents et des abbayes sont redevenues hôteliers. Leur ancienne vocation d’accueillir pèlerins et nécessiteux s’est transformée en lieu d’accueil pour des retraites spirituelles. L’Abbaye aux Dames ne semble pas déroger à la règle. Tout contre l’abbatiale, joyau de l’art roman, les bâtiments conventuels (de style classique) qui abritaient les cellules des nonnes, se sont converties en chambres d’hôtel au 1er étage. Pour y accéder, il faut emprunter le magnifique escalier de pierre. Atteindre la salle capitulaire. Un long et large couloir voûté distribue la trentaine de cellules. La pierre blanche coquillière associée à la structure en briques des encoignures, les planchers anciens, la beauté des voûtes, un minimalisme revendiqué, voila de quoi endormir dans un silence quasi religieux, ce qui recherchent à leur repos un supplément d’âme.

Abbaye aux Dames salle capitulaire donnant sur le couloir des cellules. Sur la droite, ancienne porte (obstruée) ouvrant sur l’abbatiale.  Photo © François Collombet
Grand et majestueux couloir distribuant la trentaine de chambres/cellules. Photo © François Collombet
Des chambres à l’ascétisme “confortable” pour un séjour insolite. Des chambres qui s’ouvrent côté cour et côté jardin. Photo © François Collombet

Basilique Saint Eutrope, dans la pénombre d’une des plus fascinantes cryptes de l’ère chrétienne

Ici à Saint-Eutrope, on atteint au sublime. Voyez ses deux chœurs superposés et surtout cette extraordinaire crypte l’une des plus vastes d’Europe (après celle de Chartres). Pas étonnant que cette basilique, étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle est à ce titre classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Elle est dédiée à Saint Eutrope, l’un des premiers évêques de la ville et évangélisateur de la Saintonge. Sa construction se fit sur le site d’un ancien lieu de culte, l’un des premiers du christianisme.

Clocher de la basilique Saint-Eutrope de style flamboyant et de 58 m de haut fut élevé par Louis XI. Lors du chantier de restauration en 2022, plusieurs mystères ont été dévoilés … Les travaux ont également permis quelques ajouts sur la façade nord du chevet avec notamment de nouveaux modillons sculptés pour soutenir la corniche. Plusieurs d’entre eux symbolisent l’actualité des dernières années dans le monde. Photo © François Collombet

Une crypte parmi les plus belles et plus vastes d’Europe

Nichée sur les hauteurs de la ville, la basilique Saint-Eutrope est un joyau de l’art roman Saintongeais. Sa crypte compte parmi les plus vastes et les plus belles d’Europe (après celle de Chartres). Elle donne cette impression d’être une véritable église souterraine avec nef, bas-côtés et déambulatoire. Y pénétrer nous fait ressentir cette atmosphère romane si envoûtante, c’est sans doute l’un des miracles de Saint Eutrope.

Des chapiteaux refaits à la perfection

L’histoire de cette crypte fut mouvementée. Elle fut à plusieurs reprises comblée, puis déblayée. Le dernier déblaiement eut lieu en 1843. Lors des travaux, des chapiteaux romans, très détériorés, furent refaits. Ils le furent à la perfection puisque très difficiles de les distinguer des chapiteaux du XIe siècle avec ceux du XIIIe ou du XIXe siècle. Les restes de saint Eutrope reposent dans le cénotaphe depuis octobre 1843. La crypte a été classée Monument historique en 1846.

Vue d’ensemble de la crypte de Saint-Eutrope (fin du XIe siècle). Elle constituait une étape incontournable pour les pèlerins au Moyen Âge. Photo © François Collombet
Le cénotaphe de style byzantin de saint Eutrope dans le chœur de la crypte
(fin du XIe siècle). On aperçoit dans sa niche la statue de Saint Eutrope. Photo © François Collombet
Les 53 chapiteaux sont pour l’essentiel
ornés de compositions végétales (palmettes, acanthes, rinceaux … ). Photo © François Collombet

Visiter le musée Dupuy-Mestreau à Saintes, c’est un voyage à travers les arts décoratifs. Un amoncellement d’objet ou d’œuvres hétéroclites ! Sûrement mais quel charme suranné ! Voici un espace dédié aux arts décoratifs et à l’histoire de la ville. Il est installé dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle et propose une collection d’objets d’art, de meubles, de peintures et de céramiques,. Ce musée, sorte de cabinet des curiosités créé par l’industriel Louis Dupuy­ Mestreau (sa fortune vient du Cognac) met en avant des pièces allant de la Renaissance au XIXe siècle. Alors attendez-vous à découvrir le pire et le meilleur : le tableau de la Montespan, le docteur Guillotin tous les deux, des locaux par la naissance, les souliers de Louis XVI au Temple ; un Bernard Palissy plus vrai que nature (né à Saintes), à jamais figé dans sa céramique (en réalité de la terre cuite) !

Entrée du musée Dupuy-Mestreau à Saintes, 4 rue Monconseil avec Laeticia Seguin directrice de l’office de tourisme de Saintes devenu un Établissement public à caractère industriel et commercial (Epic). Photo © François Collombet

3000 objets sont à découvrir dans ce musée Dupuy-Mestreau qui a tout d’une cabinet de curiosité. Photos © François Collombet

Musée Dupuy-Mestreau : intérieur paysan saintongeais du milieu du XIXe siècle. Photo © François Collombet

Qui pourrait penser quitter Saintes sans déguster un excellent Cognac ? Chez Grosperrin, c’est sûr on vous en servira un bon ! Grosperrin est la dernière maison de négoce de Saintes et une belle histoire familiale. Grosperrin pratique la sélection et l’élevage de cognacs rares et anciens. Depuis 1999, la vocation de la maison est de témoigner du patrimoine charentais en sélectionnant des lots uniques issus d’une famille, d’un terroir, d’un millésime. Chaque cognac est ensuite élevé dans les chais au bord de la Charente avant d’être commercialisé.

Dans ce chai de taille artisanale, des fûts de chêne pour l’élevage du Cognac. La part des anges représente environ 2 à 3 % du volume total par an. Mais ici sur les bords de la Charente, l’humidité réduit encore ce pourcentage. Photo © François Collombet
Ce fût exceptionnel contient un cognac de 1945. Il attend sa mise en bouteille. A droite, les dames-jeannes contenant de rares Cognacs, spécialité de la maison Grosperrin. Photo © François Collombet
Fût de Cognac à la bonde scellée par des cachets de cire pour en certifier le millésime. Cela permet de valoriser la singularité d’une année, d’une parcelle, d’un terroir. Photo © François Collombet

L’une des cent plus belles caves de France

Chez Grosperrin, le Cognac nait de la confluence de cinq éléments : l’eau, le bois, le feu, la terre, et le métal. Chacun d’eux joue un rôle primordial dans le processus de création et d’élevage des Cognacs. Alors un conseil, rejoignez La Cale, un lieu exceptionnel où sont exposées près de 500 variétés de spiritueux, vins naturels et alcools rares. Située en bord de Charente, cette cave fait partie des 100 plus belles caves de France. La preuve : le Cognac Grosperrin a été élu “Spiritueux de l’année 2024” par la Revue du Vin de France. Avec Maxence, spécialiste des Eaux de vie c’est une plongée dans l’art et l’histoire du Cognac, à travers ces chais historiques où ils vieillissent. Une immersion dans un lieu chargé de tradition et de patrimoine ! Déguster ici un cognac est un privilège, un cognac élevé chez Grosperrin, un honneur.

Pour un Cognac, on retient l’âge de la plus jeune eau-de-vie de l’assemblage. On compte à partir du 1er avril suivant l’année de la vendange. L’âge correspond au nombre d’années de vieillissement sous bois de chêne exclusivement. Certains mentionnent un cru tels “grande Champagne” ou “Petite Champagne” ou “Borderies” ou encore “Fin bois”. Lorsque le cru est indiqué, cela signifie qu’il provient à 100 % de ce cru. Photos © François Collombet

N’a-t-il pas un aspect antique ce bâtiment à claire-voie des anciens abattoirs municipaux ? Il est tout proche de l’Arc de Germanicus. Il devint en 1931 musée archéologique de Saintes, l’un des plus riches de France. Le bâtiment aujourd’hui insalubre a été vidé de son importante collection lapidaire.  

*Il fut aussi une faïencerie.

De l’ancien musée archéologique de Saintes, il ne reste que ce bâtiment à l’allure antique qui était à l’origine les abattoirs municipaux de la ville. Photo © François Collombet

Au IIIe siècle, avec la fin de la Pax Romana, Mediolanum se protégea par un rempart. Il fut édifié avec les restes des monuments gallo-romains construits dans la ville depuis l’occupation romaine. Cette muraille fut détruite à partir du XVIIe siècle. Heureusement une partie de ces objets réapparurent lors des fouilles de l’enceinte, au début du XIXe siècle. On y trouva bas-reliefs, statues, chapiteaux, inscriptions, stèles,… Ces vestiges de l’architecture civile ou religieuse, datant des Ier et IIème siècles avaient servi de pierres de récupération lorsqu’il fallut à l’époque des invasions, construire des remparts à la ville.

Le musée lapidaire a été pour des raisons de sécurité fermé. Il ne rouvrira pas et ce sont les blocs antiques qui ont été déménagés. Ils ont été démontés pierre par pierre pour être transportés vers un lieu de stockage.

En attendant, cet extraordinaire amphithéâtre ne vaut-il pas tous les musées lapidaires de Saintes ? Photo © François Collombet