Cathédrales, abbayes, châteaux, ponts…

Notre-Dame de Paris face à ses neuf siècles d’Histoire. Et après ?

Jamais plus grand malheur ne s’est abattu sur Notre-Dame de Paris. Nous sommes le 15 avril 2019. La cathédrale Notre-Dame de Paris est en feu. D’avoir assisté de loin à l’embrasement et à l’effondrement de la flèche vers 21 h et de la toiture, est une vision qu’il est impossible d’oublier. Ce que ni l’histoire mouvementée de la capitale, ni les Révolutions, ni la Commune, ni les deux guerres mondiales n’ont osé toucher, un incendie, une simple imprudence met entre parenthèse l’un des plus beaux symboles du monde occidental. Elle était une exception. Toutes les cathédrales eurent dans leur histoire à subir le destin que Notre-Dame de Paris ne connut qu’en 2019. C’était en général la foudre qui les abattait, des accidents de chantier (fourneau servant à la fonte du plomb mal éteint, renversé) ou même des incendies criminels (pour reconstruire en plus beau) qui les détruisaient…

Le défi (et les polémiques) est de taille. Cette cathédrale qui fut élevée en deux siècles devra être reconstruite en 5 ans. A l’identique ou en utilisant des techniques et des matériaux contemporains, that’s the question ? Un concours international d’architecture a été lancé pour reconstruire la flèche (celle de Viollet-le-Duc) et ainsi : “permettre de trancher la question de savoir s’il faut reconstruire une flèche à l’identique, ou s’il faut une nouvelle flèche adaptée aux techniques et aux enjeux de notre époque” a précisé le gouvernement. Rendez-vous donc dans 5 ans !

Il est 21 h 30, ce lundi 15 avril 2019, premier jour de la Semaine saint. Il sera sous contrôle 6 heures plus tard. L'émotion est planétaire. (Photo FC)
Il est 21 h 30, ce lundi 15 avril 2019, premier jour de la Semaine saint. La cathédrale Notre-Dame de Paris est en feu. L’incendie sera sous contrôle 6 heures plus tard. L’émotion est planétaire. (Photo FC)
Le sanglots long du violon pleurant cette cathédrale meurtrie (Photo FC)
Le sanglots long d’un violon pleurant cette cathédrale meurtrie (Photo FC)

Silhouette symbole arc-boutée à son île au cœur de la cité

Ainsi la voici, cette cathédrale mythique si légère, si harmonieuse et combien robuste, qui fêtait en 2013 son 850e anniversaire. Elle est là bien à quai, immense vaisseau qui a jeté sa flèche à plus de 90 mètres de haut. Existe-t-il au monde un monument plus regardé, plus admiré et qui, pourtant, étonne encore le plus blasé des visiteurs ? Sa toiture à la charpente inchangée depuis sa construction, son chevet flanqué d’une des plus aériennes couronnes d’arcs-boutants de 15 mètres de volée, sa nef, ses tribunes, ses trois roses, ses douze portails, rien ne déçoit, tout est chef-d’œuvre. Y a-t-il à Notre-Dame la moindre parcelle de pierre, le moindre recoin, qui n’ait été peint, décrit, enluminé, légendé, hanté par l’Histoire sous le regard inquiétant de quelques gargouilles monstrueuses, ou sur leur perchoir à démons de ces diaboliques chimères dont l’effrayante et pensive Stryge si chères à Viollet-le-Duc ?

Nul ne pouvait imaginer qu'un jour, si lié à l'occident chrétien et à l'histoire de France pourrait un jour subir un tel désastre (Photo FC)
Nul ne pouvait imaginer qu’un jour, cette cathédrale si liée à l’occident chrétien et à l’histoire de France pourrait un jour subir un tel désastre (Photo FC)

La paroisse de la France

« Si ce monument est un jour achevé – notait Robert de Thorigny en 1177 – aucun autre ne pourra lui être comparé », Depuis plus de huit siècles, elle est le rendez-vous de l’Histoire, la paroisse de la France, le cadre
de toutes ses solennités. Écoutez encore ses pierres résonner du fameux procès en réhabilitation de Jeanne d’ Arc; de couronnements, de mariages royaux, celui de Marguerite de Valois notamment, en 1572. Elle, seule dans le chœur et lui, Henri de Navarre, futur Henri IV, encore huguenot, qui se tient à la porte de la cathé­drale. C’est là, en 1687, que Bossuet prononce l’oraison funèbre du Grand Condé. Et que, le 2 décembre 1804 Napoléon se fait sacrer empereur par le pape Pie VII, sous l’œil attentif du peintre David. Depuis, combien de requiem, de magnificat, de Te Deum furent célébrés, par une République aux racines si peu laïques.

Le 26 août 1944, le général de Gaulle est à Notre-Dame où il fait célébrer un « Te Deum » au lendemain de la Libération de Paris (Photo DR)
Le 26 août 1944, le général de Gaulle est à Notre-Dame où il fait célébrer un « Te Deum » au lendemain de la Libération de Paris (Photo DR)

Un redoutable administrateur

En cette seconde moitié du XIIe siècle, Maurice de Sully est celui par qui tout fut possible. Énergique évêque de Paris, il a rêvé sa cathédrale. Elle deviendra le modèle des grandes églises gothiques. Quel chemin parcouru par ce fils de paysan originaire de Sully-sur-Loire! II s’était assez distingué à l’école du monastère bénédictin de Fleury-sur Loire (aujourd’hui Saint-Benoît-sur-Loire) pour qu’on l’envoyât à Paris. Plus tard, brillant orateur, il est remarqué par l’Université, qui lui offre un poste de professeur en théologie. En 1159, il devient chanoine de la cathédrale de Paris et, l’année suivante, évêque. II le restera trente-six ans. Quand le pape Alexandre III pose la première pierre de la cathédrale en 1163, celle de Sens s’achève. Étrange préséance ! II faut savoir que l’évêque de Paris dépendait alors de l’archevêque de Sens, et cela jusqu’en 1622. Passionné d’architecture, Maurice de Sully sélectionne ses maîtres d’œuvre. Pourtant, aucun nom ne nous est parvenu. Mais c’est surtout un redoutable administrateur qui collecte des sommes monumentales. Il met à contribution les princes, les rois, son chapitre et tous les fidèles du diocèse. Ne dit-on pas qu’il aurait fait financer une partie des travaux par d’anciennes “pécheresses” et par des usuriers repentis ! Lui-même, à sa mort, lègue la quasi totalité de ses biens à l’œuvre de la cathédrale.

Une audace folle

Le site choisi était alors occupé par deux églises dépendant de l’enclos épiscopal, l’une consacrée à Notre-Dame, l’autre à saint Étienne. Elles sont abattues au fur et à mesure de l’avancée des travaux. Cette île au milieu de la Seine est un lieu sacré depuis des millénaires, point de jonction des routes nord-sud et est­-ouest, aujourd’hui symbolisé par une étoile gravée sur le parvis de la cathédrale: le kilomètre zéro depuis Paris. La découverte d’un pilier sculpté de divinités gauloises et romaines y atteste la présence d’un temple. Mais quelle extraordinaire perméabi­lité des croyances ! Ne retrouve-t-on pas dans les motifs figura­tifs et décoratifs de Notre-Dame certains thèmes d’inspiration païenne! Voir notamment un autel gallo-romain du dieu celte Erec dans les stalles du chœur.

La cathédrale qui s’élève n’a pas d’équivalent, avec ses 35 mètres de haut, une fois et demie plus haute que les plus hautes. Presque plus rien de roman ; un parti pris de la verticalité aussi bien dans la hauteur que dans l’élancement des piles et des arcs. Sa longueur atteint 130 mètres, sa largeur 50 mètres. Viollet-le-Duc a fait le calcul : avec ses vastes tribunes – Notre-Dame est la dernière cathédrale à tribunes -, neuf mille fidèles peuvent s’y entasser. Les travaux avancent à une vitesse stupéfiante. Quarante ans seule­ment sont nécessaires pour élever la nef et ses doubles bas-côtés. La voûte qui la couvre est une voûte d’ogives « sexpartite » sur deux travées, divisée en six voûtains et portée par six piliers. L’important était alors de maîtriser la pression et le poids des arcs. Dans ce but, les piliers se renforcent de chapiteaux sculptés en pleine pierre.

Nef de huit travées de Notre-Dame de Paris. Elle est haute de 35 m et longue de 130 m. Cette élévation à trois étages est caractéristique du premier âge gothique avec ses grandes arcades, ses tribunes et ses fenêtres hautes (Photo DR)
Nef de huit travées de Notre-Dame de Paris. Elle est haute de 35 m et longue de 130 m. Cette élévation à trois étages est caractéristique du premier âge gothique avec de  grandes arcades, des tribunes et des fenêtres hautes (Photo DR)
Notre-Dame de Paris compte 3 orgues dont le principal, le Grand orgue de François-Henri Clicquot (le plus grand de France) suspendu sous la rosace du couchant (façade ouest) qui date du XVe siècle. Il a été perfectionné jusqu'au XVIIIe siècle et restauré en 1992. Il comprend cinq claviers, 109 jeux et près de 8000 tuyaux (il existe encore quelques tuyaux de l'époque médiévale). D'après l'un des 3 organistes titulaires*, l'incendie par miracle ne l'a recouvert que de gravats, de suie et de poussières. Il sera nettoyé, restauré pour que de nouveau on puisse entendre "l'âme de la cathédrale" *Vincent Dubois, Olivier Latry et Philippe Lefebvre). Photo DR
Notre-Dame de Paris compte 3 orgues dont le principal, le Grand orgue de François-Henri Clicquot (le plus grand de France avec celui de l’église Saint-Eustache à Paris) suspendu sous la rosace du couchant (façade ouest) qui date du XVe siècle. Il a été perfectionné jusqu’au XVIIIe siècle et restauré en 1992. Il comprend cinq claviers, 109 jeux et près de 8000 tuyaux (il existe encore quelques tuyaux de l’époque médiévale). D’après l’un des 3 organistes titulaires*, l’incendie par miracle ne l’a recouvert que de gravats, de suie et de poussières. Il sera nettoyé, restauré pour que de nouveau on puisse entendre “l’âme de la cathédrale”
*Vincent Dubois, Olivier Latry et Philippe Lefebvre). Photo DR

Naissance de l’arc-boutant

Les hautes fenêtres que l’on voit aujourd’hui dans la nef et le chœur ont été agrandies entre 1235 et 1267, en remplacement des baies étroites des tribunes, inca­pables d’éclairer l’immense nef. Mais, pour oser ces ouvertures et consolider les voûtes, il fallut inventer une technique révolutionnaire : l’arc-boutant, né sans doute d’une béquille provisoire placée par des maçons pour mieux raccorder l’arc et son pilier. Si Paris est la première cathédrale à maîtriser la technique de l’arc-boutant, elle est aussi la première à créer de grandes verrières et de grandes roses gothiques. Les trois superbes roses de Notre-Dame de Paris datent toutes du XIIIe siècle. Lorsque Maurice de Sully s’éteint en 1196, le chœur est achevé. II ne reste que les dernières travées occidentales et surtout la façade. Paris est alors le centre intellectuel de l’Europe. Et cette nouvelle Athènes attire un si grand nombre d’étudiants – les clercs – que s’ouvre, à l’ombre de sa cathédrale, dès avant 1257, sur la rive gauche, l’une des premières universités de la chrétienté, la Sorbonne. En 1225, on aménage, entre les piliers, les chapelles laté­rales, ce qui oblige à revoir le plan d’ensemble de l’édifice en allongeant d’une travée les croisillons du transept. En 1239, la façade dépasse largement la galerie des Rois ; elle arrive à l’étage de la rosace quand Louis IX pénètre à l’in­térieur de la cathédrale pieds nus pour déposer sur l’au­tel la couronne d’épines du Christ, don de l’empereur de Constantinople. Peut-on encore imaginer l’extraordinaire apparat des cérémonies qui s’y déroulaient au XIIIe siècle, cérémonies amplifiées par la musique polyphonique. Celle-ci est interprétée ici grâce à Léonin, chef de chœur de Notre-Dame de Paris, dès la fin du XIIe siècle et à son successeur Pérotin, surnommé « le grand ». En admirant les voûtes tournantes du déambulatoire portées par des piles puissantes aux chapiteaux magnifiquement sculptés de feuillage, on comprend mieux pourquoi des sculpteurs ont abandonné le chapiteau historié. Ils sont placé haut pour être utilisés à des fins de récit. Désormais, les chapiteaux ne sont plus que végétation luxuriante.

Les grands arc-boutants du chevet de Notre-Dame heureusement peu endommagés par l'incendie d'avril 2019. Paris fut la première cathédrale à maîtriser la technique de l'arc-boutant ce qui permit de créer ces grandes verrières (Photo FC)
Les grands arcs-boutants du chevet de Notre-Dame heureusement peu endommagés par l’incendie d’avril 2019. Paris fut la première cathédrale à maîtriser la technique de l’arc-boutant ce qui permit de créer ces grandes verrières (Photo DR)

Une façade dissymétrique

La façade achevée en 1250 est un chef-d’œuvre de sobriété d’équilibre et de majesté. Admirez son strict ordonnancement nullement porteur de rigidité : d’abord, quatre puis­sants contreforts reliés à l’horizontale par la galerie des Rois, et plus haut par une galerie ajourée courant à la base des deux tours. Au cœur de cette somptueuse composi­tion, la grande rose, de 10 mètres de diamètre, longtemps la plus vaste qui fût jamais percée. Tout fut si bien travaillé si bien pensé, si parfaitement exécuté, que rien n’a bougé depuis sept siècles. Pouvait-on imaginer plus belle auréole à la statue de la Vierge à l’Enfant flanquée de deux anges ! Mais regardez bien, les maîtres d’œuvre du Moyen Âge ont joué admirablement la dissymétrie pour éviter toute mono­tonie : les trois portails sont inégaux, le portail central du Jugement dernier est plus grand que les deux autres. Et surtout, l’une des deux tours, hautes chacune de 69 mètres, est plus large que l’autre. La tour sud loge « Emmanuel », le fameux bourdon de 13 tonnes. Ne dit-on pas à son sujet que la grande pureté de son timbre viendrait, lorsqu’il fut fondu, au XVIIe siècle, de ce que les femmes de Paris jetèrent leurs bijoux d’or et d’argent dans le bronze en fusion !

Impossible d'imaginer que derrière la magnifique façade ouest de Notre-Dame de Paris et devant le parvis, c'est une cathédrale qui a subi le pire incendie de son histoire, celui du 15 avril 2019 (Photo FC)
Impossible d’imaginer que derrière la magnifique façade ouest de Notre-Dame de Paris et devant le parvis, c’est une cathédrale qui a subi le pire incendie de son histoire, celui du 15 avril 2019 (Photo FC)

Un hymne à la Vierge

Parmi les douze portes – chiffre symbolique – qui donnent accès à l’intérieur de la cathédrale, la porte sud commen­cée en 1257 est particulièrement émouvante. L’histoire nous laisse deux noms: Jean de Chelles, qui y travailla au tout début, et Pierre de Montreuil, qui l’acheva. Au tym­pan, le martyre de saint Étienne et à ses côtés, six statues d’apôtres ; en huit médaillons, d’étonnantes scènes qui représentent la vie quotidienne des étudiants de la Sor­bonne au XIIIe siècle. À l’intérieur, les rosaces éclatent à chaque extrémité des croisillons comme des soleils en feu. La plus belle, la plus ancienne, est celle du transept nord, inchangée depuis le XIIIe siècle: donnerait-elle cette impression de tourner avec ses seize rayons autour de l’oculus central représentant la Vierge et l’Enfant ? Ils sont occupés par quatre-vingts figures de l’Ancien Testament. Mais qu’est-ce que Notre­-Dame de Paris sinon un hymne à sa gloire ? Elle est partout présente: enfance et vie d’adulte sur la façade occidentale, dans le Jugement dernier au portail central, le couronne­ment à la porte Rouge ; au tympan du portail nord, c’est elle encore qui intervient pour le moine Théophile perclus de regrets après avoir vendu son âme au diable.

Si la cathédrale compte 37 représentations différentes de la Vierge. La plus connue est sans doute cette Vierge à l'enfant qui date du XIVe siècle qui a par bonheur échappé à l'incendie sans dégâts majeurs. Elle était adossée au pilier sud-est du transept. A l'origine, elle se trouvait dans une église de l'île de la Cité. Elle n'a été mise en place à Notre-Dame qu'en 1855. C'est dit-on à ses pieds que le poète Paul Claudel se convertit au cours des vêpres du jour de noël 1886 (Photo DR)
Si la cathédrale compte 37 représentations différentes de la Vierge. La plus connue est sans doute cette Vierge à l’enfant qui date du XIVe siècle qui a par bonheur échappé à l’incendie sans dégâts majeurs. Elle était adossée au pilier sud-est du transept. A l’origine, elle se trouvait dans une église de l’île de la Cité. Elle n’a été mise en place à Notre-Dame qu’en 1855. C’est dit-on à ses pieds que le poète Paul Claudel se convertit au cours des vêpres du jour de noël 1886 (Photo DR)

Heurs et malheurs

 En 1638, Louis XIII vouait la France à la Vierge Marie. Louis XIV mit le chœur au goût du jour sous la direction de Mansart et Robert de Cotte avec force marbre et métal doré. Pour cela, ils démantelèrent le jubé, les stalles, les bas-reliefs et le maître-autel du XIIIe siècle. Au XVIIIe siècle, les vitraux sont démontés et remplacés par du verre blanc. En 1771, Soufflot, l’architecte du Panthéon, abat le Beau Dieu du trumeau central et le tympan du portail central pour mieux faire passer la chaise à porteurs du roi. La Révolution mutile, pille et jette à bas les statues du portail ; notamment vingt-huit statues royales de la galerie des Rois datant de la restauration. Vingt et une têtes, les originales, ont été retrouvées en 1977. Les statues que les révolutionnaires prirent pour les rois de France furent découronnées et descendues. Elles servirent longtemps de latrines. Exposées au musée de Cluny, elles montrent encore quelques traces de polychromie.

Notre-Dame de Paris, ange musicien du pignon occidental de la nef et les chimères hantant les toitures de la cathédrale, une vision hugolienne et oeuvre de Viollet-le-Duc au XIXe siècle (Photo DR)
Notre-Dame de Paris, ange musicien du pignon occidental de la nef et les chimères hantant les toitures de la cathédrale, une vision hugolienne et oeuvre de Viollet-le-Duc au XIXe siècle (Photo DR)

En 1844, le gothique, lancé par Victor Hugo est à la mode : Notre­-Dame de Paris date de 1831. Le gouvernement de Louis-Philippe confie à Viollet-le-Duc et à Lassus les travaux de restauration de l’édifice, dont il ne reste alors qu’un squelette sans flèche et sans clochetons, aux fenêtres béantes, au point que les oiseaux y volent librement. Les travaux durent vingt ans. Lorsque la nouvelle consécration a lieu, en 1864, beaucoup considèrent que Notre-Dame a retrouvé son éclat du Moyen Âge. Sans doute faut-il en dénoncer les excès, comme l’abus de gargouilles et de chimères occupant les toits. L’ancienne flèche, détruite à la Révolution, est reconstruite. Parmi les douze apôtres qui, par groupes de quatre, occupent ses côtés, on distingue saint Thomas, patron des architectes, qui « porte des instruments de mesure». Son visage est celui de Viollet-le-Duc. Mais regardez bien : il se retourne pour admirer une fois encore la plus belle des cathédrales que les Parisiens des XIIe et XIIIe siècles laissent en legs à l’humanité …

Enfin et à titre de péroraison sonore, le 23 mars 2013 résonnait pour la première fois depuis la fin du XVIIIe siècle, l’ensemble des huit nouvelles cloches de la tour nord et du nouveau bourdon « Marie » à côté du grand bourdon « Emma­nuel » de la tour sud.* Une parfaite harmonie qui submergeait ce soir­ là ces pierres presque millénaires pour rejoindre le ciel parisien et la lumière de l’éternel !

*Six ans plus tard, on est un peu avant minuit, ce 15 avril 2019. Ce qui fut craint, ne se produisit pas. Les tours restèrent debout. Pour les deux beffrois, diagnostique différent ! La tour nord voit sa structure susciter quelques inquiétudes. Quant à la tour sud, elle semble moins affectée malgré le poids du bourdons (la plus grosse cloche de Notre-Dame). D’après les pompiers, si les 8 cloches étaient tombées, elles emportaient toute la voûte et la cathédrale se serait effondrée comme un château de cartes.

Notre-Dame de Paris (prise après l'incendie), façade ouest donnant sur le parvis. Elle est dominée par deux tours de 69 m de haut. Son édification dura un demi-siècle, de 1200 à 1250. A vingt mètres du sol, la galerie des vingt-huit rois de Juda et d'Israël reconstituée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle (Photo FC)
La contempler telle qu’elle est aujourd’hui est hallucinant ! Après le terrible incendie du 15 avril 2019, sa façade ouest ne laisse presque rien paraître. Elle est dominée par les deux tours de 69 m de haut. Son édification dura un demi-siècle, de 1200 à 1250. A vingt mètres du sol, la galerie des vingt-huit rois de Juda et d’Israël reconstituée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle. Sa structure aura besoin d’être consolidée (Photo FC)