Saint-Denis : église abbatiale, basilique ou cathédrale ?
L’histoire de Saint-Denis commence par l’ancienne abbaye royale. Elle était célèbre pour son immense bibliothèque. Elle marqua pendant des siècles, l’histoire artistique, politique et spirituelle du monde franc. Son église abbatiale dénommée basilique et conçue par l’abbé Suger devint dès le XIIe siècle, nécropole des rois et des reines de France. Tout a donc commencé ici au XIIe siècle, par l’édification de l’actuelle basilique cathédrale Saint-Denis. Elle marquait le début de la grande épopée des cathédrales gothiques illustrée en France, quand entre le XIIe et XVe siècle s’élevèrent plus de 80 cathédrales. Saint-Denis peut être considérée comme la mère de toutes les cathédrales de cette époque.

Petit sommaire :
I/ Au tout début, une abbaye sur les lieux du martyre de saint Denis
II/ Le passage de la lumière naturelle à la lumière divine
III/ Saint-Denis, histoire de la nécropole royale
IV/ De la lumière aux heures les plus sombres
V/ En 1816, Saint-Denis redevient basilique royale
VI/ Quand, au XXIe siècle, Saint-Denis retrouve sa lumière et sa flèche
VII/ 2025, nouveau parcours pour redécouvrir Saint-Denis
I/ Au tout début, une abbaye sur les lieux du martyre de saint Denis
L’abbaye, proche de Paris (à 10 km de Notre-Dame) est dédiée à son premier évêque qui souffrit le martyre vers 250. Il fut confondu avec Denys l’Aréopagite, lui-même converti par saint Paul et détenteur selon la légende de visions racontées dans un texte transmis à l’abbaye par l’empereur Louis le Pieux. Il fut traduit, à Saint-Denis au IXe siècle, par l’Irlandais Jean Scot Erigène. Lorsque Suger entreprit de rebâtir l’église de Saint-Denis, il s’appuya sur cette traduction pour élaborer son projet architectural. Fidèle aux visions de saint Paul retranscrites par Denys, il fit de la maison de Dieu un lieu où tout est légèreté et lumière. II ne pouvait en outre oublier les nombreux morts et blessés que l’on relevait à chaque fête, lorsqu’une foule immense venait en une incroyable cohue s’écraser devant les reliques, celles de saint Denis et de ses deux compagnons martyrs, Rustique et Éleuthère. Ils eurent ensemble la tête tranchée ici même, au lieu-dit Vicus Catulliacus.
La crypte, témoin de l’histoire la plus ancienne de Saint-Denis
La crypte est le témoin de l’histoire la plus ancienne de l’église. L’existence de cette nécropole dans le sous-sol de la basilique est reconnue dès le XIXe siècle avec Viollet-le-Duc qui entreprit les premières fouilles d’importance sous le maître-autel. A l’origine, la crypte revêtait un caractère particulier pour les fidèles qui venaient en pèlerinage à Saint-Denis. La dépouille mortelle du martyr saint Denis était supposée se trouver à cet emplacement. Saint Denis avait alors la réputation de protéger les vivants et permettre aux défunts d’accéder au paradis. L’afflux des pèlerins incita les bâtisseurs de la nouvelle basilique carolingienne à doter son abside, encore visible de nos jours, d’une crypte permettant aux fidèles de descendre dans un oratoire situé sous le maître-autel, pour prier devant les reliques.

Trois églises avant celle de Suger
Trois églises ont précédé celle de Suger : une première, construite vers 475 à l’instigation de sainte Geneviève, une deuxième sous les Mérovingiens et embellie par l’exceptionnel orfèvre qu’était saint Éloi, et une troisième sous le règne de Pépin le Bref, rebâtie en 775 par l’abbé Fulrad. Suger choisit d’ajouter à la nef et à la crypte romane, formée d’un couloir annulaire facilitant la circulation autour des reliques, un chœur, un puissant narthex et un clocher. Et dans ce chœur, il voulut exposer les reliques, jusqu’alors confinées dans la crypte.
Qui était Suger : architecte, ambassadeur, gestionnaire, diplomate, théologien ?
Un personnage est à l’origine de ce miracle architectural : Suger. Né vers 1081 dans une famille dont on ignore tout, celui-ci entre très jeune comme moine à Saint-Denis. Mais, lié par une amitié née sur les bancs de l’école avec Louis VI le Gros, roi sous le règne duquel apparaissent pour la première fois la bannière des rois de France ornée de flammes rouge et or aux couleurs de l’abbaye de Saint-Denis et le cri de guerre: «Montjoie Saint-Denis », il devient son ambassadeur auprès de la papauté, où il acquiert une réputation d’excellent gestionnaire et d’habile diplomate. II sera également théologien, économiste, juriste, architecte … Nommé abbé de Saint-Denis en 1122, il devient en quelque sorte tout en restant le conseiller du roi, le détenteur de la légitimité des Capétiens, son abbaye abritant la sépulture des rois de trois dynasties.
“Ces cloître remplis du bruit des affaires”
Mais peut-être est-ce à lui que s’adressent les reproches de Bernard de Clairvaux, réformateur de l’ordre cistercien dénonçant «les cloîtres remplis du bruit des affaires» et le luxe éhonté de certains abbés vivant entourés d’une véritable Cour … Alors, il comprend : il mettra autant de vigueur à réformer son abbaye que l’autorité et le prestige de la monarchie. En guise d’approbation, Bernard lui enverra, en 1127, une lettre accompagnée d’un rameau d’olivier. Après la mort de Louis VI, Suger reste le conseiller de son successeur, Louis VII le Pieux. Mais, pour se faire pardonner le massacre de Vitry, celui-ci décide, contre l’avis de Suger qu’il nomme régent du royaume, de partir en croisade, répondant à l’appel lancé en 1146 par Bernard de Clairvaux à Vézelay. À son retour, en 1152, il répudie sa femme, soupçonnée d’une liaison amoureuse avec Raymond de Poitiers. On connaît la suite : quelques mois plus tard, Éléonore se marie avec le roi d’ Angleterre Henri II faisant passer I’Aquitaine sous contrôle anglais ce qui déclenche une guerre appelée à durer trois cents ans …
L’abbaye de Saint-Denis, première puissance financière du royaume
Les travaux commencent en 1137, financés en partie par les recettes de la célèbre foire du Lendit et par les dons des pèlerins. Car la générosité royale et les immenses revenus de l’abbaye, qui possède la quasi-totalité des vignobles autour de Paris et dont le vin s’exporte jusqu’en Angleterre et en Flandre, suffisent à peine à combler les besoins en or, argent, pierres précieuses, cristal, émaux, qui sont énormes et cela, en totale opposition
avec l’esprit cistercien exigeant le dépouillement jusqu’à la nudité. Suger est en effet un précurseur. II révolutionne tout ce qu’il entreprend : l’architecture, la sculpture, l’art du vitrail, la décoration. Rien n’est trop beau pour honorer Dieu, dit-il.
A Saint-Denis nait une révolution architecturale, le gothique
La première phase des travaux s’ouvre par la façade ouest, très largement inspirée de l’architecture normande. Au-dessus du porche, Suger innove : il fait percer une grande rosace. Après la façade est, il passe à la construction du chœur qui durera quatre ans, de 1140 à 1144. Elle permit à Suger et à l’architecte qu’il vient d’engager (mais dont le nom ne nous est pas parvenu) d’exprimer la plénitude de leur art.
Ici toute est symbole
Ici, tout est symbole : dans la crypte élargie, douze colonnes figurent les douze apôtres que surmonte la clé de voûte, symbole du Christ ; dans le déambulatoire bâti au dessus pour faire cercle autour du chœur, douze autres colonnes les douze prophètes qui annoncent la venue du Christ. Et neuf chapelles de l’abside ne peuvent être, dans l’esprit de Suger, que les neuf rangs de la hiérarchie angélique. Mais le plus audacieux, ce sont les hautes fenêtres qui baignent le déambulatoire dans ces bleus si particuliers émanant des vitraux.

Des reliques en pleine lumière et visible de toutes les parties de l’église
Le jour de la consécration du chevet, le 11 juin 1144, les reliquaires contenant les ossements des saints ont été transportés de la crypte vers le nouvel espace supérieur, au cours d’une grande procession conduite par le roi Louis VI, en présence d’Aliénor d’Aquitaine, d’une vingtaine d’évêques, de nombreux abbés et d’un légat du pape. Disposées dans le somptueux autel décoré d’or et d’argent, les reliques étaient alors en pleine lumière et visibles de toutes les parties de l’église.
Que reste il de l’œuvre de Suger ?
De l’œuvre de Suger ne subsistent, et seulement en partie, que la façade ouest, le narthex, le déambulatoire et la crypte. Sur le grand portail de bronze de son église, Suger avait fait graver ces vers : « Qui que tu sois, si tu veux rendre honneur à ces portes, n’admire ni l’or ni la dépense, mais le travail et l’art. .. Qu’il éclaire les esprits et les guide, par de vraies lumières, à la vraie lumière, dont le Christ est la vraie porte.»
Pierre de Montreuil l’architecte du gothique
À la mort de l’abbé, en 1151, les travaux s’arrêtent ; ils ne reprendront qu’au siècle suivant. À partir de 1231, Louis IX étend le chœur, rebâtit la nef, le transept et les murs latéraux de l’église. Sous les ordres du plus célèbre architecte du Moyen Âge, Pierre de Montreuil, Saint Louis fait de Saint-Denis un admirable chef d’œuvre de l’art gothique, digne de son statut de nécropole de la monarchie française. Pour cela, il fait rechercher tous les cercueils royaux depuis Clovis, qu’il place de part et d’autre du maître-autel.

II/ Le passage de la lumière naturelle à la lumière divine

Saint-Denis inaugure l’art gothique
Après les deux travées du narthex construites par Suger, aux ogives massives, la nef comporte sept travées. Les trois travées orientales recevaient le chœur des moines. Elles étaient jadis séparées du reste de la nef par un jubé. Saint-Denis inaugure l’art gothique marqué par la place centrale de la lumière, symbole du divin, dans l’architecture religieuse. Cette vision contemporaine de Saint-Denis est dans l’esprit de l’abbé Suger. Le soleil filtré par les vitraux irradie de ses rayons les pierres de la nef, symbolisant le passage de la lumière naturelle à la lumière immatérielle, «divine».
11 juin 1144, c’est l’éblouissement !
Lorsque le roi Louis VII et la reine Éléonore d’Aquitaine, accompagnés des grands dignitaires du royaume, des hauts barons, de dix-neuf archevêques et évêques et suivis d’une foule innombrable pénètrent dans la nouvelle église dédiée à saint Denis, c’est l’éblouissement. Jamais on n’avait vu chose pareille : tant de lumière inondant un tel édifice ! Un chœur grandiose où tout est légèreté, une alternance de colonnes de lumière et de pierre et puis, suprême ravissement, des rangées de hautes fenêtres dont certaines sont en vitraux colorés. Combien sont-ils à comprendre ce jour-là qu’ils assistent, dans ce lieu hautement symbolique servant de nécropole aux rois de France et situé au cœur d’une monarchie qui commence à affirmer sa puissance et son autorité, à la naissance d’un style qui va bouleverser l’architecture : l’art que l’on qualifiera plus tard de gothique ? Les bâtisseurs de Saint-Denis ont en effet utilisé ici, pour la première fois et de façon systématique, la croisée d’ogives, une technique mise au point par les maçons, maîtres bâtisseurs venus des vallées de l’Oise et de I’Aisne.
Rien ne fait plus obstacle à la lumière
Le «cortège de grands pontifes revêtus d’habits blancs, superbement coiffés de leur mitre pontificale et de riches parements embellis de médaillons, tenant leur crosse dans la main» comme l’écrira Suger plus tard, n’a en tout cas d’yeux que pour les colonnes de ce chœur qui, en lieu et place des lourds piliers de l’architecture romane, offrent grâce et légèreté. Rien ne fait plus obstacle à la lumière, cette lumière colorée qui circule librement dans le sanctuaire*. Alors, de retour dans leurs diocèses et leurs monastères, évêques et abbés n’auront plus qu’une idée en tête : remettre en chantier leur église sur le modèle de Saint-Denis.*
*D’après certaines sources historiques, le coût de fabrication des vitraux de Saint-Denis aurait été plus élevé que celui de la construction en pierre, ce qui montre le rôle fondamental de la lumière dans l’architecture gothique. Les vitraux du XIIe siècle vont être déposés en 1997, puis restaurés, mais trop fragiles pour être reposé dans la basilique. En avril 2023, des copies en verre redonnent aujourd’hui magnifiquement toute sa splendeur au chevet de la basilique cathédrale.


III/ Saint-Denis, histoire de la nécropole royale

Tous les cercueils royaux depuis Clovis
Visiter Saint-Denis, c’est ainsi parcourir l’histoire de France et celle de la sculpture funéraire : plus de 70 tombeaux, 42 rois, 32 reines et 63 princes et princesses reposent ici. Les plus grands artistes sont, à chaque époque, mis à contribution : les artistes italiens pour le tombeau de Louis d’Orléans et de Valentine de Milan, Philibert de l’Orme pour celui de François le, et de Claude de France, Pierre Lescot et Germain Pilon pour celui d’Henri II et de Catherine de Médicis. Henri IV (dont la tête a été récemment retrouvée et authentifiée), qui abjura le protestantisme dans ces lieux le 25 juillet 1593, est quant à lui privé de monument funéraire: aucun projet n’étant suffisamment grandiose, sa veuve y a renoncé! Pas de statue non plus pour le Roi Soleil, qui fut transporté à Saint-Denis de nuit, pour éviter la colère du peuple. Mais le monument le plus surprenant en raison de son impitoyable réalisme, c’est sans doute celui de Louis XII et d’Anne de Bretagne : exécuté à Tours par Jean Juste. On y voit jusqu’aux détails des incisions qui furent pratiquées avant l’embaumement.



Le caveau des bourbons et ses six dalles en marbre noir
Au XIXe siècle, la crypte est nettoyée, restaurée et aménagée. Aujourd’hui, deux cryptes distinctes : la crypte archéologique qui abrite les vestiges des basiliques primitives et les premières tombes de la nécropole. L’autre crypte est reconstruite au XIIe siècle par Suger sous la forme de trois nefs parallèles dont les parois intérieures sont ornées d’arcatures retombant sur les chapiteaux historiés (de rares témoignages de la sculpture romane en Île-de-France). En 1952, des travaux sont entrepris dans la partie centrale de la crypte (à la place du caveau des Bourbons) pour y déposer six tombeaux en marbre noir de Tournai. Il s’agit des restes de Louis VII, rapportés de l’abbaye de Barbeau, de Louise de Lorraine, épouse d’Henri III, de Louis XVI et de Marie-Antoinette et de Louis XVIII. Un dernier tombeaux est sans inscription. Il était destiné à recevoir le corps de Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, mort en exil en 1836 et enterré dans un monastère de l’actuelle Slovénie, proche de Gorizia.

IV/ De la lumière aux heures les plus sombres
Si l’on ajoute que l’abbaye détenait aussi les regalia – les insignes du pouvoir remis lors des sacres (sceptre, couronne, épée) -, qu’y étaient rédigées les chroniques officielles du royaume, qu’on y couronnait les reines de France jusqu’à Marie de Médicis, on ne s’étonnera pas que la Révolution s’acharnât sur elle. Les tombeaux
des «tyrans» furent vidés, la basilique pillée et les cadavres royaux jetés dans une fosse commune.
Octobre 1793, profanation et exhumation
Les corps royaux sont profanés et exhumés par les révolutionnaires, la raison en est plus pragmatique : récupérer le plomb de leur cercueil pour fabriquer des balles destinées à la guerre. Voici le procès-verbal de l’exhumation : Les ouvriers, armés de pioches et de leviers, s’attaquent aux cercueils. Un procès-verbal d’exhumation des corps est dressé par un ancien moine bénédictin de Saint-Denis, Dom Poirier, qui est un témoin scrupuleux et détaché de ces journées. La première dépouille exhumée est celle d’Henri IV. Le Vert Galant est si bien conservé, momifié naturellement, qu’on l’expose, deux jours durant, contre un pilier de la crypte. Louis XIV est noir comme de l’encre. Louis XV, soigneusement enveloppé dans des linges et des bandelettes, paraît en bon état. Mais dès qu’on le souleva, le corps tout entier tomba « en putréfaction liquide »…
Ils ouvrirent les 57 cercueils des Bourbons déposés depuis Henri IV
Et c’est ainsi que du lundi 14 octobre au 25 octobre 1793, les ouvriers ouvrirent les cinquante-sept cercueils des Bourbons déposés depuis Henri IV sur des tréteaux, dans la crypte dite : Caveau Royal ou des Bourbons. Les corps furent ensuite jetés dans deux fosses communes du cimetière, au nord de la basilique Saint-Denis (l’actuel jardin Pierre de Montreuil), au milieu de la chaux, et parfaitement séparées : celle des Capétiens et celle des Bourbons. La basilique devenue temple de la raison est fermée la même année. Un an plus tard, le plomb des dalles de la toiture est fondu, laissant la basilique livrée aux intempéries.
V/ En 1816, Saint-Denis redevient basilique royale
Après la Révolution, en 1805, Napoléon fait procéder aux premières restaurations. Mais c’est en 1816 que Louis XVIII ordonne la reconstitution de la nécropole royale lors de la Restauration. Il décide de rendre à Saint-Denis son statut de basilique royale. Il ordonne la recherche des ossements royaux dans le cimetière voisin et les installe dans un ossuaire, encore en place dans la crypte aujourd’hui. Il décide également de transférer en grande pompe les cendres de Louis XVI et de Marie-Antoinette, depuis la Chapelle Expiatoire* vers la crypte royale.
Aujourd’hui, plus aucun tombeau ne contient d’ossements. Les gisants et tombeaux retrouvèrent leurs emplacements originaux grâce à Eugène Viollet-le-Duc, architecte des monuments historiques. Les ossements des Bourbons sont remis dans la crypte Une grande phase de restauration commence ensuite en 1833. Jusqu’en 1846, les travaux sont confiés à l’architecte Debret. A cette date, des lézardes apparaissent dans la tour nord et celle-ci doit être démontée.
*La Chapelle expiatoire s’élève à l’emplacement de l’ancien cimetière de la Madeleine. Sous la Révolution, ce lieu accueillit les dépouilles de Louis XVI, de Marie-Antoinette ainsi que les corps d’environ 500 guillotinés de la place de la Révolution (actuelle Concorde).
Querelle d’architectes
L’abbatiale fut plutôt épargnée par les Guerres de Religion, comme par la Révolution. Malgré les premiers travaux commandés par Napoléon 1er pour remettre en état la basilique, elle ne fut restaurée que bien plus tard par l’architecte François Debret. En 1837, la flèche nord fut endommagée par la foudre puis fragilisée par de violentes tornades (1845). Pour consolider l’ensemble de l’édifice sérieusement ébranlé, François Debret dût démonter la flèche en entreposant les pierres numérotées à proximité avec l’intention de les remonter. Mais sa démission à la suite d’une violente polémique au profit de Viollet-le-Duc, remit tout en cause. Ce dernier acheva le démontage de la tour nord et se consacra à la restauration du reste de l’édifice.


VI/ Quand, au XXIe siècle, Saint-Denis retrouve sa lumière et sa flèche
La restauration de l’église, commencée vers 1813, reprit, après l’effondrement de la tour nord, sous la direction du jeune Viollet-le-Duc. Ce fut son premier chantier. Cette église abbatiale, modèle de tant de cathédrales, devint cathédrale à son tour le 9 octobre 1966, avec la création de l’évêché de Seine-Saint-Denis. En 2012 débuta la restauration de la façade et de ses trois portails. Mais quid de la flèche de la tour nord pour redonner enfin à Saint-Denis son intégrité et son harmonie ?

“Redonner sa flèche à la sœur ainée de Notre-Dame de Paris”
En fait, ce projet de remonter la tour manquante et sa flèche resta toujours d’actualité. Aujourd’hui, après 170 ans, sa reconstruction est en cours avec le soutien des collectivités territoriales et de grands mécènes*. Les travaux doivent durer 5 ans. La première pierre a été posée le vendredi 14 mars 2025.
*La Fondation du Patrimoine a lancé une cagnotte participative reposant sur le parrainage des pierres de la future flèche. Il en faut 15 228 pour la rebâtir.
On attend la générosité des New-Yorkais
Saint-Denis compte également sur la générosité des New-Yorkais. Le choix du maire de Saint-Denis de faire étape à New York récemment devrait susciter un élan de générosité des donateurs américains pour le patrimoine culturel français. Il s’est déjà manifesté lors de la restauration de Notre-Dame de Paris, après le terrible incendie qui l’a frappé en avril 2019. Alors pour la sœur ainée de Notre-Dame ?


VII/ 2025, nouveau parcours pour redécouvrir Saint-Denis
Pour cette façade nouvellement restaurée, pour son chevet, sa magnifique nef du XIIIe siècle et pour l’éclat retrouvé de ses vitraux parmi les plus anciens de style gothique, la basilique cathédrale Saint-Denis se devait de révolutionner son parcours de visite. Comment mieux comprendre par le regard cette nécropole royale abritant une collection unique de 70 gisants restés pour la plupart à leur emplacement d’origine* ?
*Saint-Denis est le plus important ensemble en Europe de sculptures funéraires réalisées à partir du XIIe siècle. L’abbatiale fut surnommée par un chroniqueur du XIIIe siècle le « cimetière aux Rois ».

Une visite autour de 3 thématiques
Tout cela s’est organisé autour de trois thématiques : nécropole, architecture et histoire avec : 1/ une quinzaine de cartels numériques ponctuant la visite de la nécropole. 2/ un film d’animation dans la nef pour aider à mieux comprendre les grandes étapes de la construction. 3/ dans le transept sud deux tables multimédia sont là pour orienter les visiteurs et les enfants avec notamment des films d’animations. Certaines stations sont accessibles aux mal et non voyant.


Bâtiments de l’abbaye royale de Saint-Denis et son cloître
La célèbre abbaye de Saint-Denis est fondée au XIIe siècle. Elle accueillait plus de 150 moines. Sous Louis XV, tous les bâtiments médiévaux ont été reconstruits sous la direction de Robert de Cotte, constituant un bel exemple de l’architecture du XVIIIe siècle*. Après la Révolution, Ils ont été affectés par Napoléon, à une “Maison d’éducation de la Légion d’honneur”. C’est encore le cas aujourd’hui. Ils abritent une école pour 400 jeunes filles dont les parents ou grands-parents ont reçu la légion d’honneur ou l’ordre national du mérite.
*Malgré leurs médiocres ressources, ses religieux, ils avaient accepté la Réforme de Saint-Maur depuis 1633, décidèrent de reconstruire leur monastère.
