A Sorèze (Tarn) le musée Dom Robert expose son œuvre, elle est magistrale !

Sommaire
I / Le musée Dom Robert et de la tapisserie du XXe siècle au sein de l’Abbaye-école de Sorèze
II/ La vie de Dom Robert, moine bénédictin, génial artiste du XXe siècle
III/ Le vade-mecum de la tapisserie
IV/ Genèse d’un chef d’œuvre né d’un coup de foudre : L’Eté
V/ Des œuvres très inattendues de Dom Robert : la figure humaine
VI/ Dom Robert exposé pour la réouverture de Notre-Dame de Paris
A quelques kilomètres de son abbaye bénédictine d’En Calcat dans le Tarn, le maître de la tapisserie contemporaine possède depuis 2015, le plus beau musée qu’on puisse imaginer : l’Abbaye-école de Sorèze dont les immenses espaces et ses larges murs protègent cette collection unique de la lumière pour mieux l’exposer au regard des visiteurs. Une scénographie toute en limpidité conçue par l’architecte italienne Suzanna Ferrini pour découvrir deux cents œuvres et documents de cet incroyable artiste que fut Dom Robert (dont des dizaines de carnets de croquis et des dessins libres destinés à la préparation des cartons de tapisseries). Ici, on part des dessins jusqu’aux tapisseries (dont trente-cinq tapisseries de Dom Robert) en passant par les cartons et le savoir-faire des lissiers d’ateliers prestigieux à Aubusson. Ce peintre cartonnier a puisé ses sources d’inspiration en arpentant cahier de croquis à la main, son environnement le plus proche, la Montagne Noire. Ainsi, a-t-il dessiné Mille-fleurs*, cette thématique de la prairie fleurie peuplée d’animaux qui signe son œuvre.
*Il reprend la tradition du mille-fleurs qui constituait le fond de la tapisserie médiévale.

I / Le musée Dom Robert et de la tapisserie du XXe siècle au sein de l’Abbaye-école de Sorèze
Le Musée Dom Robert* et de la tapisserie du XXe siècle, ouvert depuis 2015, est installé au sein de l’Abbaye-école de Sorèze, monument historique situé en Montagne Noire au sud du Tarn. Il rend compte de l’œuvre originale et foisonnante du peintre-cartonnier Dom Robert (Guy de Chaunac Lanzac 1907-1997), confrontée à d’autres œuvres d’artistes qui ont participé au renouveau de la tapisserie d’Aubusson, parmi lesquels Lurçat, Prassinos ou Tourlière.
* La collection a été constituée dès 1997 par la communauté Saint-Benoît d’En Calcat. En 2014, elle la donnait au Syndicat mixte de l’Abbaye école de Sorèze. Ce fut le premier fond du musée comportant les trente-cinq tapisseries d’artistes contemporains de Dom Robert et les archives de l’atelier Goubely.


Une scénographie conçue par l’architecte italienne Suzanna Ferrini
À ce jour, les collections du musée sont constituées 1/ d’un ensemble de tapisseries comprenant 66 tapisseries de Dom Robert (la majeure partie de son œuvre tissée) et 56 tapisseries d’autres artistes. 2/ d’un ensemble d’art graphique constitué d’une centaine de cartons de tapisserie et de plus de 2000 dessins, aquarelles et lithographies. 3/ d’un fonds d’art décoratif lié à l’œuvre tissée de certains artistes (sculptures et céramiques).


Chefs d’œuvre absolus ces tapisseries à la portée universelle !
Elles sont la création de Guy de Chanac Lanzac dit Dom Robert, moine bénédictin de l’abbaye Saint-Benoît d’En Calcat à Dourgne dans le Tarn. Il fut l’un des plus grands artistes du XXe siècle qui trouva dans le cadre de son abbaye (où il vécut jusqu’en 1997), sa source d’inspiration. Et quel environnement ! la faune, la flore de la Montagne Noire ! Une illumination qui lui a révélé son univers pictural !

La Création de l’homme, une des rares tapisseries de Dom Robert à thème religieux
La Création de l’homme fut le premier élément d’une suite (jamais aboutie) destinée au chœur de l’abbatiale d’En Calcat. Le carton a été tissé en un seul exemplaire en 1946 puis la tapisserie fut acquise par l’Etat français. Elle fut offerte en 1954 par le Président Coty à la reine des Pays-Bas. Dom Robert instille la symbolique traditionnelle du Paradis terrestre. La forme ovoïde renvoie à la terre primordiale d’où surgit l’arbre de vie. Sous les pieds du Dieu créateur, sourd la rivière de jouvence dont la forme serpentine suggère aussi la chute à venir. Le Père créateur en pantoufles et tunique de brocard, façonne dans l’argile le premier homme, Adam, dont le nom signifie littéralement le glaiseux. Il porte le tablier bleu des moines d’En Calcat au travail.

La Vierge de l’Alumnat
la Vierge de l’Alumnat. Cette peinture unique dans l’œuvre de Dom Robert était installée dans l’Alumnat, l’école de l’abbaye d’En Calcat qui regroupa jusqu’en 1964, une trentaine de garçons. La Vierge est représentée au centre de la création où se déploie un jardin extraordinaire animé d’une basse-cour en liberté et inspiré de la première tapisserie de Dom Robert : L’Eté.

Farfadet le cheval blanc d’après Dom Robert
C’est sans doute la tapisserie la plus connue de Dom Robert. Elle représente un cheval blanc pommelé, cabré au cœur d’un semis de coquelicots. Il est déjà intégré dans la tapisserie Western en 1965. Il se retrouve dans plusieurs croquis de l’artiste annotés “Cirque Bouglione”.

II/ La vie de Dom Robert, moine bénédictin, génial artiste du XXe siècle
Voici une présentation de sa vie toute en aquarelles. Mais d’abord Guy de Chaunac Lanzac nait en 1907 dans la Vienne. Durant les années 1920, jeune dessinateur, il s’inscrit à l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris. Service militaire au Maroc dans l’Atlas. A son retour, il dessine des modèles de tissus pour la Maison Ducharme. En 1930, il devient moine bénédictin à l’abbaye d’En Calcat à Dourgne dans le Tarn et sera ordonné prêtre en 1937 prenant le nom de Dom Robert.
Moine bénédictin à l’abbaye d’En Calcat
Cette aquarelle (1934) de frère Robert (devenu Dom Robert après son ordination en 1937), représente l’abbaye Saint-Benoît d’En Calcat au pied de la Montagne Noire, sur la commune de Dourgne dans le Tarn (diocèse d’Albi). C’est une abbaye bénédictine fondée en 1890 qui fait partie de la congrégation de Subiaco Mont-Cassin. Elle rassemble aujourd’hui une quarantaine de moines sous la conduite du père Maximilien Pietrak élu abbé le 7 février 2025.



1940, la révélation de son univers pictural
En 1940, démobilisé, il a la révélation de son univers pictural en contemplant le spectacle d’une cour de ferme. En 1941, il rencontre Jean Lurçat impressionné par ses enluminures et aquarelles. Cette rencontre le décide à devenir peintre cartonnier. Ses œuvres seront alors tissées à Aubusson chez Tabard puis chez Suzanne Goubely.

L’intermède anglais de 1947 à 1958
De 1947 à 1958, intermède anglais au sein de l’abbaye bénédictine de Buckfast dans le Devon où il continue son œuvre qui commence à être diffusée par de grandes galeries. Cette période coïncide à tout un pan de son œuvre peint et dessiné dédié à la vie monastique et aux “récréations” qu’elle pouvait leur procurer. A Buckfast, les moines anglais jouent au cricket dans la prairie jouxtant le monastère en bordure d’une forêt.




1958, retour à En Calcat et à la Montagne noire
1958, retour à En Calcat où il trouve dans la nature de la Montagne noire, une source d’inspiration inépuisable. Elle se concrétise par un rythme soutenu de création de tapisseries. En 1994, il fait une chute qui l’oblige à cesser toute activité. Il devait mourir à En Calcat le 10 mai 1997, entouré de ses frères moines.


Si à Buckfast c’est le cricket, à En Calcat, c’est le Volley-ball

L’incroyable succès de son Chat noir
Cette tapisserie d’un format allongé. assez rare chez Dom Robert, a connu un grand succès. Elle s’est déclinée en une variante avec Le Chat perché et un extrait nommé Les Trois poule. Le chat est un animal régulier dans le bestiaire de Dom Robert, celui de cette tapisserie est le premier représenté au sein d’un motif champêtre. Une référence littéraire prend racine ici, le conte de Serge Prokofiev, Pierre et le loup, dans lequel un chat noir passe dans un pré ou des animaux de basse-cour se trouvent. Le chat, au milieu des fleurs, observe d’un œil vif les poules. La flore quant a elle très diverses présente tout autant des coquelicots. des primevères ou encore des sauges bleues.

III/ Le vade-mecum de la tapisserie
Qu’est-ce qu’un carton de tapisserie ? Dom Robert est un peintre cartonnier. Le carton tracé à l’échelle de la future tapisserie est le trait d’union entre l’artiste concepteur et le lissier exécutant l’oeuvre sur un métier à tisser. Cela peut-être une peinture, un dessin de la main d’un artiste ou d’un cartonnier, employé par une manufacture, et depuis les années 1960, un agrandissement photographique. Dom Robert a fait le choix du carton numéroté fondé sur un code de couleurs. La plupart de ses cartons sont dessinés en noir et blanc, avec des codes de couleurs reportés dans les formes et quelques rehauts d’aquarelle.
Qu’est-ce qu’une tapisserie ? La tapisserie est un ouvrage textile tissé manuellement sur un métier de haute ou de basse lisse, dont le décor est produit par les jeux d’une trame de fils coloré couvrant entièrement la chaine et le plus souvent destiné à être tendu sur un mur.
Qu’est-ce qu’une tapisserie de basse lisse ? La tapisserie est traditionnellement réalisée sur un métier à tisser au sein d’une manufacture publique ou d’un atelier privé. On parle de tapisserie de lisse en référence aux lames ou lisses qui composent le métier, monté soit verticalement (haute lisse) soit comme ici horizontalement (basse lisse). Aubusson a adopté la basse lisse, la manufacture des Gobelins, la haute lisse.

Les tapisseries devenues œuvres d’art. En 1967, le législateur a fait passer la tapisserie de statut de produit manufacturé à celui d’œuvre d’art à 8 exemplaires maximum.
IV/ Genèse d’un chef d’œuvre né d’un coup de foudre : L’Eté
C’est Jean Lurçat après avoir rencontré Dom Robert à En Calcat en septembre 1941 qui lui conseille de choisir l’aquarelle La Ferme de Palaja comme maquette de sa première tapisserie. Elle sera tissée dans les ateliers Tabard à Aubusson fin 1941. Pour bien comprendre l’oeuvre de Dom Robert, lire le cartouche situé en bas : “Or je vous dis que Salomon lui-même dans toute sa gloire n’a pas été vêtu comme l’un d’eux” (Mt6, 29). La nature dans sa magnificence, est inégalable. Ici, tous les grands thèmes que Dom Robert déclinera par la suite, les animaux de basse-cour, les arbres, les fleurs et les papillons sont présents. La forme ovoïde contenant la scène centrale va devenir une caractéristique de ses compositions.
Les quatre saisons de Dom Robert (non, trois car l’hiver reste saison morte)
Les couleurs de la nature au long des saisons, voici une source d’inspiration essentielle pour Dom Robert. Frère David d’Hamonville, ancien abbé d’En Calcat précisait que l’artiste ne reconnaissait pleinement que “la vaste saison où la nature fait sa pavane, sa parade et son carnaval, un été qui prend le temps de s’annoncer et de se prolonger, depuis le prélude printanier jusqu’aux derniers flamboiements d’automne”.
De cette aquarelle à ce fragment d’une paonne, la création de L’Eté, sa toute première tapisserie



L’Eté d’après un carton de 1941 de Dom Robert. Tapisserie basse lisse, laine et coton. Tissage Atelier Tabard à Aubusson (1947). Chef d’oeuvre absolu de Dom Robert ! Photo © François Collombet.
Elodie Gomez-Pradier commentant le coup de foudre de Dom Robert

En 1940, aux environs de Carcassonne (Aude). Dom Robert est encore sous les drapeaux : “C’est là vraiment, que j’ai ressenti ce vrai coup de foudre. C’était le lendemain de l’armistice, je crois, je ne sais plus, mais ce qui est clair, c’est qu’on se promenait. Il faisait réellement très, très chaud, nous étions près d’une vaste propriété, bordée de très hauts murs sur le bord de la route, et là, tout à coup, j’entends le cri d’un paon. C’était formidable. On fait un vaste tour, on trouve une grande entrée, on ouvre la grille, on entre dans cette propriété et on se trouve dans un jardin. Alors là, une fontaine, un paon, des coqs et des poules et des canards. C’était ravissant ! Là, cela a été quelque chose de foudroyant et je crois que j’ai soudainement acquis un style. J’ignorais complètement ce que cela deviendrait, mais cela est sorti. Je me suis mis à dessiner sans arrêt “.
V/ Des œuvres très inattendues de Dom Robert : la figure humaine
“la seule chose qui m’intéresse vraiment, c’est la figure humaine, en prenant figure au sens anglais ; tout le reste n’est que décor”. Dom Robert 1955.

La figure humaine dans son importante production entre les années 1930 et 1980
En 2025, à l’occasion des 10 ans de la création du musée, la Cité de Sorèze a décidé de révéler un aspect méconnu de sa production artistique : l’humain. À la fin de sa vie, l’artiste disait ne pas pouvoir le représenter en raison de son absence dans la nature. Toutefois, cette remarque s’oppose à son importante production entre les années 1930 et 1980, dans laquelle la figure humaine tient une place de choix à travers des peintures et des croquis. En 1955, ne disait-il pas « la seule chose qui m’intéresse vraiment, c’est la figure humaine, en prenant figure au sens anglais ; tout le reste n’est que décor ». Ainsi sont présentes de nombreuses pièces inédites ce qui permet de mieux appréhender les recherches plastiques de l’artiste.
Halte cavalière au camp de Souge 1939 (Gironde)
Le camp de Souge représente des paysages de pins caractéristiques de la Gironde. Les personnages sont réalisés avec un coup de pinceau, réduits à la simple silhouette, comme des ombres.

La période anglaise de Dom Robert



Période des années 1970

V/ Dom Robert exposé pour la réouverture de Notre-Dame de Paris

Dom Robert, sous l’égide de sa sénatrice et de sa conservatrice
Depuis la réouverture de Notre-Dame de Paris le 8 décembre 2024, il est possible d’admirer un ensemble de tapisseries contemporaines dans les chapelles du collatéral nord. En 2024, un projet de création de tapisseries contemporaines, pour orner ces chapelles a été lancé. La réalisation en a été confiée aux ateliers du Mobilier National. En attendant que ces nouvelles tapisseries soient tissées et installées, les chapelles sont ornées de tapisseries de grands noms de peintres du XXème siècle. C’est ainsi qu’une tapisserie de Dom Robert a été choisie : Laudes, somptueux semis d’ombelles, évoquant la prière monastique du matin. Cette pièce fait partie des collections du Musée Dom Robert, déposées par les moines d’En Calcat au musée, depuis l’ouverture du musée. Elle était actuellement en repos au moment de la demande et a donc pu faire l’objet de ce prêt exceptionnel. Dom Robert a ainsi pour voisins (entre autres), dans la chapelle de Salomon : Les Prédictions du prophète Agabus à saint Paul de Louis Chéron (1687) avec Composition à l’oiseau de Georges Braque (tissage 1972). Dans la chapelle de Moïse (la troisième en partant de l’entrée), Saint Paul rend aveugle le faux prophète de Nicolas Loir (1650) qui fait face à Composition, une tapisserie réalisée par la Manufacture des Gobelins en 1982, d’après un carton de Zao Wou-Ki.

Marie-Lise Housseau, sénatrice du Tarn et ancienne maire de Sorèze et Elodie Gomez-Pradier, conservatrice du musée Dom Robert à Sorèze. Petit déjeuner organisé au sénat pour une conférence de presse autour du musée Dom Robert de l’Abbaye-école de Sorèze : quand le musée prête à Notre-Dame de Paris pour sa réouverture, cette tapisserie contemporaine “Laudes” de Dom Robert.