Ici, à Milly-la-Forêt, Jean Cocteau a sa maison* et sa dernière demeure.
Jean Cocteau fut tout à la fois romancier et poète, homme de théâtre et de cinéma, peintre et dessinateur. Depuis 1964, il repose dans la chapelle Saint‑Blaise des simples à Milly-la-Forêt. Il y a dessiné vitraux et fresques murales. Elles représentent la résurrection du Christ mais aussi des simples et des plantes médicinales. Il est au pied d’un herbier géant aux magnifiques hampes fleuries montant comme une prière vers le ciel. Il a fait inscrire sur sa dalle tombale : “Je reste avec vous”. Et à Milly-la-Forêt, on est partout en sa présence.
*la Maison Cocteau à Milly-la-Forêt est labellisée « Maisons des Illustres ». Située au cœur de l’Essonne, Milly-la-Forêt est un lieu où tout proche, Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle y ont bâti un gigantesque Cyclop, spectaculaire géant de métal et de verre de vingt mètres de haut.
Chapelle Saint‑Blaise des simples décorée par Cocteau et où il repose

Une chapelle du XIIe siècle, ancienne maladrerie
Saint‑Blaise des Simples est une chapelle du XIIe siècle, dernier témoin de l’existence d’une maladrerie. Il s’agissait d’un endroit où l’on isolait et soignait les lépreux qui venaient prier en invoquant Saint-Blaise le Guérisseur (avec l’aide surtout des plantes médicinales, appelées “simples”). Abandonnée au XVIIIe siècle, la chapelle eut de nombreux usages comme tour à tour, prison, hangar ou encore séchoir. En 1959, les élus de la ville décidèrent de réhabiliter la chapelle et de confier la restauration artistique à Jean Cocteau sur le thème des simples et de la résurrection. Il y mit tout son talent comme il l’avait fait pour la Chapelle des Pêcheurs de Villefranche-sur-Mer. Mais c’est ici, à Milly-la-Forêt qu’il repose au centre de la chapelle, où une grande dalle avec son nom reprend ses simples mots : « Je reste avec vous ». Son fils adoptif Edouard Dermit*, décédé le 15 mai 1995, repose à ses côtés.
*En fait, Edouard Dermit (19251995) surnommé « Doudou » qui joua le rôle de Paul dans le film de Cocteau Les Enfants Terribles (1950) devint après le départ de Jean Marais, son compagnon.
Ouvrez la porte de la chapelle, humilité et simplicité vous y attendent


“Je guette l’ange. C’est un oiseau”
Sous le bénitier à droite, j’ai placé le chat comme dessiné par un enfant. Peut-être ajouterai- je une pelle, dans le style des farces des églises médiévales : Chat-pelle. J’ai beaucoup hésité à mettre le chat comique à droite du bénitier, mais jamais on ira assez loin contre la révolte contre le faux sérieux et le faux sublime. Ce chat semble dire : “je guette l’ange. C’est un oiseau”.

Du Palais Royal à la Maison du bailli
Oui, Jean Cocteau eut un vrai coup de cœur pour cette belle demeure de village : « c’est la maison qui m’attendait. J’en habite le refuge, loin des sonnettes du Palais Royal. Elle me donne l’exemple de l’absurde entêtement magnifique des végétaux. J’y retrouve les souvenirs de campagnes anciennes où je rêvais de Paris comme je rêvais plus tard, à Paris, de prendre la fuite. L’eau des douves et le soleil peignent sur les parois de ma chambre leurs faux marbres mobiles. Le printemps jubile partout”. La difficulté d’être. 1947

Le charme d’une maison donnant sur un vieux château entouré de douves
En 1947, Jean Cocteau et Jean Marais achètent la maison du bailli. Tous les deux recherchaient calme et silence loin de cet appartement du Port-Royal à Paris assailli de groupies, de demandeurs après le succès du film « La Belle et la bête ». Un an de travaux pour moderniser les lieux. Cocteau y restera jusqu’à sa mort en 1963. Après leur rupture, Cocteau rachète sa part à Jean Marais. Édouard Dermit (1925-1995)* viendra vivre à ses côtés à Milly. C’est lui qui prendra soin du poète vieillissant. Mais cette maison est surtout hantée par deux grandes figures qui marquèrent la vie de Cocteau (ses « deux maîtres » disait-il) : Erik Satie et Raymond Radiguet. La mort de Radiguet à l’âge de 20 ans, devait anéantir Cocteau. Elle encouragera sa dépendance à l’opium (jusqu’à sa mort) et cela, malgré plusieurs tentatives de désintoxication.
*Édouard Dermit (1925-1995) rencontre Jean Cocteau à Paris, en juillet 1947. Cocteau l’embaucha comme chauffeur et jardinier pour sa maison de Milly-la-Forêt. Il fut son pygmalion. Edouard Dermit devint acteur et peintre. Il va occuper une place centrale dans la vie du poète. Considéré comme son « fils adoptif », il hérite de la maison à la mort de Jean Cocteau, et conserve soigneusement le salon, le bureau et la chambre avec leurs meubles et objets, préservant ainsi l’univers du poète. Il est décédé en 1995. Il lègue la maison à ses deux fils, avec l’obligation de garder intact l’héritage de Jean Cocteau.



Cette maison qui connut ses 17 dernières années
De cette maison si chère à Cocteau et où il vécut les 17 dernières années de sa vie, il reste le rez-de-chaussée et le
premier étage. On y trouve les pièces principales dans l’état où Cocteau les a connues : le salon, la chambre et le bureau. Des pièces conservées telles qu’elles ont été décorés par jean Cocteau et madeleine Castaing. L’univers de la maison permet de se replonger dans l’effervescence artistique de la première moitié du XXe siècle, à travers les objets, les souvenirs, les photos des amis et connaissances qui sont venus rendre visite à Cocteau à Milly la Forêt : Pablo Picasso, Christian Bérard, Edith Piaf, Marlène Dietrich. Il y vivra jusqu’à sa mort en 1963, laissant son empreinte partout dans les pièces de cette demeure, qui en 2002, devient un musée dédié à sa mémoire et à son œuvre, grâce aux efforts de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent.

Le salon, un cabinet de curiosité
Dans ce salon aux fenêtres ouvertes sur les douves, s’y trouvent deux grands palmiers métalliques de Madeleine Castaing* qui contribua à décorer une partie de la maison. Plusieurs objets hétéroclites se côtoient: tête de bouc servant de chandelier, paravent, animaux, photomontages, un cheval de manège, une dent de narval, les moulage des mains de Cocteau, le dessin monumental d’Œdipe et le Sphinx (1932) de Christian Bérard, souvenirs divers et variés. On apprend que Jean Marais qui était cleptomane, rapportait très souvent le fruit de ses larcins à la suite de ses dîners en ville ! Alors, sont-ils encore présents à Milly ?
*Madeleine Castaing (1894-1992), esthète et mécène est surtout connue pour son œuvre de décoratrice. On dit qu’elle “faisait des maisons comme d’autres font des poèmes”. Elle accueillait dans sa boutique, rue Jacob à Paris, André Malraux, Brigitte Bardot, Françoise Sagan ou Coco Chanel. Elle donna son nom au bleu Castaing. Elle est aussi connue pour avoir aménagé la maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt.




Bureau de Jean Cocteau à Milly-La-Forêt
Au premier étage, le bureau et la chambre de Cocteau restitués à l’identique. La conservation du moindre cadre accroché au mur, de la moindre photo punaisée au tableau noir et celle des boîtes de crayons à dessin peut faire croire que Cocteau vient à peine de quitter la pièce.
À l’étage, le bureau et la chambre, les espaces les plus intimes


De son lit, il voyait le château : “un œil sur la réalité et sur l’imaginaire”.

Requiem pour un poète
Lorsqu’il apprend le décès de son amie Édith Piaf, Cocteau est pris d’une crise d’étouffement. Il succombera quelques heures plus tard d’une crise cardiaque chez lui à Milly-la-Forêt le 11 octobre 1963 à 74 ans. Il est enterré dans la Chapelle Saint-Blaise-des-Simples à Milly-la-Forêt. Sur sa tombe, il demanda qu’on y grave l’épitaphe suivante : « Je reste avec vous ». A la mort de Jean Cocteau, Édouard Dermit, son légataire universel, ferma soigneusement le salon, le bureau et la chambre de Cocteau, permettant à ces lieux de traverser le temps. Un ensemble exceptionnel de 500 œuvres grâce à la récente dation reçue par l’État, font désormais partie des collections du Centre Pompidou, et sont conservées dans la Maison de Milly-la-Forêt.
