Cathédrales, Abbayes, Châteaux, Ponts…

Ici, à Milly-la-Forêt, Jean Cocteau a sa maison* et sa dernière demeure.

*la Maison Cocteau à Milly-la-Forêt est labellisée « Maisons des Illustres ». Située au cœur de l’Essonne, Milly-la-Forêt est un lieu où tout proche, Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle y ont bâti un gigantesque Cyclop, spectaculaire géant de métal et de verre de vingt mètres de haut.

Chapelle Saint‑Blaise des simples décorée par Cocteau et où il repose

C’est pour rendre hommage à Saint Blaise, ce saint guérisseur et aux précieux végétaux qui font la renommée de Milly que Jean Cocteau a décidé de transformer les murs de la petite église en herbier géant. Dans le clos de la chapelle, la tradition de la culture des plantes médicinales perdure. Ces plantes, appelées les simples, étaient à l’époque utilisées pour soulager les souffrances des lépreux. On peut voir selon la saison, des plantes médicinales dont Milly-la-Forêt est un centre de culture, notamment pour la menthe poivrée. Photo © François Collombet

Une chapelle du XIIe siècle, ancienne maladrerie

Saint‑Blaise des Simples est une chapelle du XIIe siècle, dernier témoin de l’existence d’une maladrerie. Il s’agissait d’un endroit où l’on isolait et soignait les lépreux qui venaient prier en invoquant Saint-Blaise le Guérisseur (avec l’aide surtout des plantes médicinales, appelées “simples”). Abandonnée au XVIIIe siècle, la chapelle eut de nombreux usages comme tour à tour, prison, hangar ou encore séchoir. En 1959, les élus de la ville décidèrent de réhabiliter la chapelle et de confier la restauration artistique à Jean Cocteau sur le thème des simples et de la résurrection. Il y mit tout son talent comme il l’avait fait pour la Chapelle des Pêcheurs de Villefranche-sur-Mer. Mais c’est ici, à Milly-la-Forêt qu’il repose au centre de la chapelle, où une grande dalle avec son nom reprend ses simples mots : « Je reste avec vous ». Son fils adoptif Edouard Dermit*, décédé le 15 mai 1995, repose à ses côtés.

*En fait, Edouard Dermit (19251995) surnommé « Doudou » qui joua le rôle de Paul dans le film de Cocteau Les Enfants Terribles (1950) devint après le départ de Jean Marais, son compagnon.


Ouvrez la porte de la chapelle, humilité et simplicité vous y attendent

En 1959, l’Association de la Chapelle Saint-Blaise l’a fait décorer par Jean Cocteau. Ses dessins, sur le thème des simples, sont effectués à la gouache sur une mince pellicule de peinture à la chaux. Photo © François Collombet

Sur la parois du fond de la chapelle, ce simple autel d’un Christ souffrant surmonté d’une Résurrection. Ici une atmosphère à la fois mystique et bucolique. Seriez-vous capable de reconnaître dans les fresques : guimauve, menthe de Milly, jusquiame, gentiane, belladone, valériane, arnica, colchique, aconit, renoncule ? Photo © François Collombet

Sous le bénitier à droite, j’ai placé le chat comme dessiné par un enfant. Peut-être ajouterai- je une pelle, dans le style des farces des églises médiévales : Chat-pelle. J’ai beaucoup hésité à mettre le chat comique à droite du bénitier, mais jamais on ira assez loin contre la révolte contre le faux sérieux et le faux sublime. Ce chat semble dire : “je guette l’ange. C’est un oiseau”.

La signature de Jean Cocteau apparaît entre les pattes d’un chat (Cocteau adorait les chats) tout près du bénitier. Il symbolise le diable et les sorcières. Il défie de son regard l’ange aux ailes d’oiseau libérant le Christ. Photo © François Collombet

Du Palais Royal à la Maison du bailli

Oui, Jean Cocteau eut un vrai coup de cœur pour cette belle demeure de village : « c’est la maison qui m’attendait. J’en habite le refuge, loin des sonnettes du Palais Royal. Elle me donne l’exemple de l’absurde entêtement magnifique des végétaux. J’y retrouve les souvenirs de campagnes anciennes où je rêvais de Paris comme je rêvais plus tard, à Paris, de prendre la fuite. L’eau des douves et le soleil peignent sur les parois de ma chambre leurs faux marbres mobiles. Le printemps jubile partout”. La difficulté d’être. 1947

Cette maison qu’acheta Jean Cocteau avec Jean Marais est une ancienne dépendance du Château de la Bonde, ancienne propriété de l’amiral de Graville au XVe siècle. C’est là qu’il passera les dix-sept dernières années de sa vie avec son compagnon Edouard Dermit. Mais plus rien ne subsiste de l’aménagement de la chambre de Jean Marais à Milly-la-Forêt. Rappelons que c’est lui qui avait déniché la maison où s’installa Jean Cocteau en 1947. Photo © François Collombet

Le charme d’une maison donnant sur un vieux château entouré de douves

En 1947, Jean Cocteau et Jean Marais achètent la maison du bailli. Tous les deux recherchaient calme et silence loin de cet appartement du Port-Royal à Paris assailli de groupies, de demandeurs après le succès du film « La Belle et la bête ». Un an de travaux pour moderniser les lieux. Cocteau y restera jusqu’à sa mort en 1963. Après leur rupture, Cocteau rachète sa part à Jean Marais. Édouard Dermit (1925-1995)* viendra vivre à ses côtés à Milly. C’est lui qui prendra soin du poète vieillissant. Mais cette maison est surtout hantée par deux grandes figures qui marquèrent la vie de Cocteau (ses « deux maîtres » disait-il) : Erik Satie et Raymond Radiguet. La mort de Radiguet à l’âge de 20 ans, devait anéantir Cocteau. Elle encouragera sa dépendance à l’opium (jusqu’à sa mort) et cela, malgré plusieurs tentatives de désintoxication.

*Édouard Dermit (1925-1995) rencontre Jean Cocteau à Paris, en juillet 1947. Cocteau l’embaucha comme chauffeur et jardinier pour sa maison de Milly-la-Forêt. Il fut son pygmalion. Edouard Dermit devint acteur et peintre. Il va occuper une place centrale dans la vie du poète. Considéré comme son « fils adoptif », il hérite de la maison à la mort de Jean Cocteau, et conserve soigneusement le salon, le bureau et la chambre avec leurs meubles et objets, préservant ainsi l’univers du poète. Il est décédé en 1995. Il lègue la maison à ses deux fils, avec l’obligation de garder intact l’héritage de Jean Cocteau.

Tout le charme de le maison est aussi la présence de ce vieux château entouré de douves. Photo © François Collombet
Depuis 2021, la Maison Jean Cocteau est administrée par un Groupement d’intérêt Public (GIP) constitué avec la Région Ile-de-France, le Conseil départemental de l’Essonne, la Ville de Milly-la-Forêt, le Centre Pompidou et le Comité Régional du Tourisme. Elle a pour vocation de conserver et mettre en valeur la maison, le jardin, le mobilier et les œuvres qu’elle contient. L’été, la maison se transforme en un carrefour culturel, en particulier avec les Samedis musicaux (concerts dans les jardins de fin juin à mi-septembre). Rappelons qu’en 1913, la création par Diaghilev du Sacre du Printemps de Stravinsky fut pour lui une véritable révélation, qui devait influencer l’ensemble de son œuvre. Il eut aussi pour ami, Claude Debussy, Gabriel Fauré ou Reynaldo Hahn. Photo © François Collombet
Sur trois côtés de la maison, s’étendent les jardins, séparés par les bras de la rivière l’École, qui enserraient jadis le château. Arbres fruitiers, massifs fleuris, rosiers, composent un ensemble très varié, traversé de petits ponts. Photo © François Collombet

Cette maison qui connut ses 17 dernières années

De cette maison si chère à Cocteau et où il vécut les 17 dernières années de sa vie, il reste le rez-de-chaussée et le
premier étage. On y trouve les pièces principales dans l’état où Cocteau les a connues : le salon, la chambre et le bureau. Des pièces conservées telles qu’elles ont été décorés par jean Cocteau et madeleine Castaing. L’univers de la maison permet de se replonger dans l’effervescence artistique de la première moitié du XXe siècle, à travers les objets, les souvenirs, les photos des amis et connaissances qui sont venus rendre visite à Cocteau à Milly la Forêt : Pablo Picasso, Christian Bérard, Edith Piaf, Marlène Dietrich. Il y vivra jusqu’à sa mort en 1963, laissant son empreinte partout dans les pièces de cette demeure, qui en 2002, devient un musée dédié à sa mémoire et à son œuvre, grâce aux efforts de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent.

Jean Cocteau portrait peint par Marie Laurencin 1921. Photo © François Collombet

Le salon, un cabinet de curiosité

Dans ce salon aux fenêtres ouvertes sur les douves, s’y trouvent deux grands palmiers métalliques de Madeleine Castaing* qui contribua à décorer une partie de la maison. Plusieurs objets hétéroclites se côtoient: tête de bouc servant de chandelier, paravent, animaux, photomontages, un cheval de manège, une dent de narval, les moulage des mains de Cocteau, le dessin monumental d’Œdipe et le Sphinx (1932) de Christian Bérard, souvenirs divers et variés. On apprend que Jean Marais qui était cleptomane, rapportait très souvent le fruit de ses larcins à la suite de ses dîners en ville ! Alors, sont-ils encore présents à Milly ?

*Madeleine Castaing (1894-1992), esthète et mécène est surtout connue pour son œuvre de décoratrice. On dit qu’elle “faisait des maisons comme d’autres font des poèmes”. Elle accueillait dans sa boutique, rue Jacob à Paris, André Malraux, Brigitte Bardot, Françoise Sagan ou Coco Chanel. Elle donna son nom au bleu Castaing. Elle est aussi connue pour avoir aménagé la maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt.

Ici, restitution parfaite du grand salon, tel que l’a connu Jean Cocteau. Son amie Gabrielle Chanel lui avait offert un soleil et un miroir dorés qui ornent encore les murs. Dans ce salon, se côtoie un véritable bestiaire, issu d’objets chinés : cheval en bois de manège, bouc encrier, hibou, magnifiques antilopes en bronze, coqs ou encore petits volatiles. Photo © François Collombet
Entre les murs de la maison de Milly est sans doute née, peut être à cette table l’œuvre phare de Jean Cocteau, son dernier film (1959), 4 ans avant sa disparition : Le Testament d’Orphée. Testament oui puisqu’on y voit le peintre/cinéaste/écrivain dire adieu à son public et mettre en scène sa mort. Photo © François Collombet
Dans La Machine infernale, pièce en quatre actes jouée le 10 avril 1934, Cocteau reprend le mythe antique d’Œdipe, hérité de l’auteur grec Sophocle. La pièce fut jouée à la Comédie des Champs-Elysées à Paris ; théâtre dirigé alors par Louis Jouvet, dans les décors de Christian Bérard. Ici, “Œdipe et le Sphinx jouant aux cartes” de Christian Bérard, mine graphite, fusain et sanguine sur papier marouflé sur toile de 1932. Photo © François Collombet
Dans le salon, un ensemble hétéroclite de meubles rococo, de disques de jazz et autres curiosités. Photo © François Collombet

Bureau de Jean Cocteau à Milly-La-Forêt

Au premier étage, le bureau et la chambre de Cocteau restitués à l’identique. La conservation du moindre cadre accroché au mur, de la moindre photo punaisée au tableau noir et celle des boîtes de crayons à dessin peut faire croire que Cocteau vient à peine de quitter la pièce.

À l’étage, le bureau et la chambre, les espaces les plus intimes

Au 1er étage, un motif léopard tapisse les murs et le plafond de l’antichambre. Le bureau est rempli d’objets personnels : encriers, porte-plume, fauteuils baroques… Photo © François Collombet
L’univers créatif et intime de Cocteau s’expose dans ce bureau chargé de bibelots : pendulette Art nouveau, buste antique, photos sépia punaisées sur un large tableau noir…Un grand nombre de jeux de collage mettant notamment en scène Edouard Dermit, ici en skieur, là en danseur tribal. Photo © François Collombet

De son lit, il voyait le château : “un œil sur la réalité et sur l’imaginaire”.

Chambre de Cocteau avec son lit à baldaquin, sorte de bonbonnière en léopard et disposé de manière singulière, en biais. Ainsi pouvait-il apercevoir le château :“un œil sur la réalité et sur l’imaginaire”. A droite du lit, une fresque “sans doute réalisée par Jean Marais” avec un jeune homme et un château. C’est dans cette chambre où il était comme dans une cellule, qu’il rêvait, imaginait, écrivait et il fumait de l’opium. Photo © François Collombet

Requiem pour un poète

Lorsqu’il apprend le décès de son amie Édith Piaf, Cocteau est pris d’une crise d’étouffement. Il succombera quelques heures plus tard d’une crise cardiaque chez lui à Milly-la-Forêt le 11 octobre 1963 à 74 ans. Il est enterré dans la Chapelle Saint-Blaise-des-Simples à Milly-la-Forêt. Sur sa tombe, il demanda qu’on y grave l’épitaphe suivante : « Je reste avec vous ». A la mort de Jean Cocteau, Édouard Dermit, son légataire universel, ferma soigneusement le salon, le bureau et la chambre de Cocteau, permettant à ces lieux de traverser le temps. Un ensemble exceptionnel de 500 œuvres grâce à la récente dation reçue par l’État, font désormais partie des collections du Centre Pompidou, et sont conservées dans la Maison de Milly-la-Forêt.

Jean Cocteau dans la chapelle Saint-Blaise des Simples qu’il contribua à décorer. Photo DR