Cette cathédrale Sainte-Cécile d’Albi rouge brique n’a-t-elle pas tout d’une forteresse ! Voici donc la plus grande cathédrale de briques au monde (113 m de long, 35 m de large, 78 m de haut) classée sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco.


Cathédrale d’Albi, sur le registre de la magnificence !
Hissée sur son rocher, la cathédrale d’Albi est visible de partout. Elle est le cœur de la plus extraordinaire cité épiscopale du Midi (comparable à celle de Poreč en Croatie). A ses pieds coule la rivière Tarn. Un pont l’enjambe, l’un des plus vieux ponts de France (toujours en activité, il vient d’être restauré). Il date du XIIIe siècle. Une fois franchi le baldaquin (entrée méridionale de la cathédrale), porche grandiose, unique élément de pierre du bâtiment, c’est un spectacle hallucinant qui attend le visiteur : 18 500 m² de fresques et de décorations.
Sous un ciel bleu, des épisodes de la bible
Elles illustrent sous un ciel bleu nuit, des épisodes de la Bible faisant d’Albi, la plus grande cathédrale peinte en Europe. Toujours sur le registre de la magnificence, à la tribune, les grandes orgues (œuvre de Christophe Moucherel de 1734 à 1736), parmi les plus belles de France, aux dimensions hors du commun. Mais, le croiriez-vous ! Une église a été élevée à l’intérieur de la cathédrale. Elle est au milieu de la nef. C’est l’incomparable jubé, une « magnifique folie » a-t-on dit pour abriter le chœur des chanoines. Enfin, un trésor (dont on expose le facsimilé), la Mappa Mundi conservée depuis 1300 ans par les Albigeois, témoin inestimable de l’histoire de l’Humanité.


Cathédrale Sainte-Cécile d’Albi, ses sept siècles et demi d’histoire
ÉGLISE-FORTERESSE, ÉGLISE GUERRIÈRE, immense, grandiose, farouche citadelle aux fenêtres étroites comme des meurtrières, voici Albi la Rouge, la cathédrale érigée pour se protéger autant de la colère des hommes que du courroux de Dieu. Car en ces terres languedociennes, foyer de l’hérésie cathare, l’Église dut lutter pour sa sauvegarde. Mais gardons nous de voir dans les briques rouges tirées de la molasse argileuse des bords du Tarn une allusion quelconque au sang séché des cathares albigeois !

L’hérésie albigeoise
L’hérésie albigeoise, dite aussi catharisme, est l’une des hérésies qui ont mis périodiquement l’Église en danger. Celle-ci s’est développée aux XIIe et XIIIe siècles, dans un contexte difficile du point de vue tant religieux que politique. Le roi de France cherche à reprendre en main un pouvoir que les Comtes de Toulouse ne sont pas disposés à lui rendre. Chez les cathares, l’idéal de pauvreté et l’adhésion aux principes du manichéisme oriental- lutte permanente entre le Bien et le Mal- s’accompagnent du refus de l’autorité de l’Église. Cette hérésie connaît alors un développement considérable. Des diocèses se constituent ; des évêques sont nommés, entraînant derrière eux une foule de fidèles. Albi, centre du monde cathare – d’où le nom d’Albigeois donné aux hérétiques – appartient alors au comte de Toulouse Raymond VI (1156-1222), connu pour sa grande tolérance.
Un tribunal spécial
Mais lorsqu’un légat du pape, Pierre de Castelnau, est assassiné sur ses terres le 14 janvier 1208, s’en est trop. Le pape Innocent III réagit en prêchant la croisade contre les Albigeois. Celle-ci est conduite par Simon de Montfort, qui, avec son armée de seigneurs du nord de la France, se livre à des massacres et des pillages : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !» D’où un bain de sang dans tout le sud de la France.
Un évêque dominicain qui outrepasse sa mission
Bien qu’étant au cœur de l’hérésie cathare (elle fut prise en 1215), Albi ne souffre pas de la croisade. C’est ensuite que la vieille cathédrale est sérieusement mise à mal par une série d’émeutes dues à des conflits avec les habitants qui luttent pour leurs libertés municipales. L’évêque Durand, connu pour avoir participé à la prise de la forteresse cathare de Montségur, entreprend un semblant de restauration. Le constructeur arrive en 1277, en la personne du redoutable dominicain Bernard de Castanet, qui cumule les fonctions d’évêque et celles d’inquisiteur de la foi.
Une église forteresse pour la sécurité de l’évêque
Sa première décision sera de construire, à côté de la vieille cathédrale et près du nouveau palais épiscopal, une nouvelle église. Mais pas n’importe laquelle ! Une église forteresse dans laquelle il se sent en sécurité. Lui et le chapitre de la cathédrale acceptent d’abandonner le vingtième de leurs revenus lors des premières années, en même temps qu’il est demandé aux Albigeois un impôt spécial correspondant au dixième du produit de la vente du blé, et ce jusqu’à l’achèvement de l’édifice. Jusque-là rien que d’habituel, mais les choses se gâtent très vite. Castanet combat l’hérésie avec tant de vigueur qu’il provoque de vives réactions d’hostilité dans son diocèse. Le pape Clément V ordonne une enquête. Parallèlement, le roi Philippe le Bel met ses biens sous séquestre. Castanet ne fait plus que de brèves apparitions à Albi, avant d’être muté au Puy en 1308.

Ce portail sud en baldaquin, quelle extravagance !
Plaqué sur la façade méridionale, un sublime « baldaquin » semble vouloir gommer la première porte fortifiée. Cette dentelle de pierre surmonte l’entrée principale de la cathédrale. Elle porte les blasons des quatre évêques qui se sont succédé de 1519 à 1550.


Une église honnie par la population
L’église forteresse d’Albi et son clocher-donjon lancé comme un défi à 78 mètres au-dessus de la ville, ne se comprend que dans ce cadre conflictuel. « Depuis qu’Albi a une église cathédrale, il ne se trouverait pas que les habitants aient eu la paix avec leur seigneur », écrira au XVe siècle un avocat. Elle est honnie par la population, qui plus d’une fois tente de forcer ses portes. Comme cela se produit souvent dans le Midi ou en Espagne à cette époque, les chanoines doivent affronter nombre de révoltes, et il arrive que l’évêque soit assiégé dans sa propre cathédrale qui devient alors un véritable camp retranché bourré d’armes et de munitions.

Un édifice lisse pour ne laisser aucune prise
La première pierre est posée le 15 août 1282, mais en 1301 la construction n’en est qu’au tiers et les voûtes ne sont pas encore lancées. II faut attendre 1392 pour que l’édifice soit entièrement voûté. Pour ne laisser aucune prise à l’assaillant, le nouveau bâtiment est un édifice lisse. Ici, point de ces arcs-boutants en usage dans les cathédrales du Nord : c’est à l’intérieur que les contreforts s’épaississent pour supporter les voûtes. Le plan est d’une grande simplicité avec son immense nef sans collatéraux ni transept. Les murs sont renforcés de tours et de tourelles entre lesquelles ont été percées des fenêtres longues et étroites. Les murs sont tellement épais que les chapelles sont coincées dans leur épaisseur. Pour finir, en avant de la façade occidentale, un donjon de plan carré dont la hauteur ne dépasse pas celle de la nef, flanqué de deux tours rondes, apporte à cet édifice totalement aveugle une touche de forteresse inexpugnable. Le matériau est la brique*, employée dans un souci de simplicité toute dominicaine, souci d’économie également. Les carrières d’argile sont nombreuses dans la région et cette brique limite l’usage des échafaudages. Elle impose des murs très épais sur lesquels on travaille directement.
*On estime qu’il fallut 25 millions de briques pour élever la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi.
Au milieu de la nef, un incomparable jubé

L’un des rares jubés demeuré intact
Mais Sainte-Cécile ne devait pas rester l’austère édifice voulu par Bernard de Castanet. Au XVe siècle, elle a pour évêque Louis Ier d’Amboise (1473-1502), venu du Nord. Pour ce frère du cardinal Georges d’Amboise, le tout-puissant ministre de Louis XII, la cathédrale ne peut être qu’un palais. C’est lui qui fait bâtir au milieu de la nef l’incomparable jubé, une « magnifique folie », pour reprendre les termes employés par Prosper Mérimée au XIXe siècle. Magnifique et vaste jubé où, jusqu’à la Révolution, quelque soixante-dix statues se côtoyèrent dans un extraordinaire décor flamboyant fait d’arcs festonnés, de niches, de dais et de pinacles ouvragés. Ce chœur est l’un des rares de cette époque demeuré intact. La fortune de l’évêque et son goût parfait lui ont permis de réunir une pléiade d’artistes capables de travailler vite à la réalisation de cet ouvrage. Ce foisonnement parfaitement maîtrisé apparaît en particulier aux voûtes du jubé et au dais surmontant la chaire épiscopale.

Le chœur des chanoines
Au départ, on compte trente-et-un chanoines, chacun assisté d’un vicaire. Leur nombre passera à vingt-et-un au début du XVe siècle. Ils se réunissent sept fois par jour pour chanter les offices dans le chœur. On voit aujourd’hui leurs stalles (leurs sièges), qui sont sur deux niveaux : en bas pour les vicaires et en haut pour les chanoines.


la plus importante statuaire de France


La plus grande surface peinte de toutes les cathédrales
18.500 m2 de peintures couvrent la voûte de la cathédrale et ses 30 chapelles. Les peintures de la voûte, des tribunes et des chapelles ont été réalisées à la demande de Louis II d’Amboise, entre 1509 et 1514, par un atelier de peintres italiens de Carpi en Émilie-Romagne (Italie du Nord). Les fresques des voûtes s’étendent sur les douze travées du vaisseau. Les tons bleus (lapis lazuli) et or dominent. Elles relatent la vie de Sainte Cécile et des épisodes bibliques : les éléments pédagogiques destinés aux fidèles, que l’on trouve généralement à l’extérieur, sont donc ici à l’intérieur.

Le Jugement Dernier, fresque maîtresse de la cathédrale
La pièce maîtresse de ces fresques est le Jugement dernier (18 x 15 mètres), situé à l’extrémité occidentale. L’auteur de cette fresque s’est inspiré Jugement dernier de Roger Van der Weyden, qu’on peut voir aux hospices de Beaune. A l’époque, le mur de fond n’était pas percé d’une porte. A l’emplacement de la porte actuelle se trouvait sans doute un Christ en majesté, accompagné de la Vierge et de St Jean. St Michel, en dessous de lui, jugeait les âmes. A droite de l’emplacement ou devait se trouver le Christ, on distingue Saint Louis, Charlemagne et les apôtres.


De cette immense fresque, manque la partie centrale
À Louis Ier d’Amboise on doit également un autre trésor, une peinture sur enduit traitant du Jugement dernier, dont il manque malheureusement la partie centrale, figure du Christ rayonnant, détruite en 1695 lors du percement de la façade. On y voit les élus réveillés brusquement par la trompette du Jugement, sortant de terre l’un derrière l’autre, entièrement nus, en un immense cortège. Chacun tient serré sur sa poitrine le livre de sa vie. Puis vient la foule des damnés qui se lamentent alors qu’on les sépare selon les sept péchés capitaux.
Une œuvre gigantesque effectuée par des artistes italiens
Louis d’Amboise fait aussi rehausser le donjon de 1365 d’un clocher à trois niveaux montant jusqu’à 78 mètres. Enfin, il consacre sa précieuse cathédrale en 1480. Louis Ier, est relayé par son neveu Louis II, qui arrive à Albi en 1503, puis par Charles de Robertet. On leur doit les fresques des voûtes de la nef et des tribunes entièrement peintes dans des tons de vert et de bleu cendré. Les chapelles inférieures sont décorées entre 1509 et 1520. C’est une œuvre gigantesque effectuée par des artistes italiens lors de leur venue en France à la suite des guerres d’Italie. On connaît le nom du chef de l’atelier des peintres d’Albi : Joa Franciscus Donela, originaire de la principauté de Carpi, qui avait adopté le parti français. Ils étaient installés dans des nacelles suspendues par des cordes passant à travers les voûtains par des trous qui existent encore. Ce décor est venu recouvrir d’anciennes fresques.
Le XIXe siècle ne fut pas tendre pour la cathédrale d’Albi
Le XIXe siècle ne fut pas tendre pour Sainte-Cécile. L’architecte César Daly, à qui elle fut confiée en 1848 pour trente ans, suréleva la toiture de 7 bons mètres pour protéger les peintures des voûtes, modifiant ainsi l’aspect de l’édifice. Il la couronna d’un chemin de ronde à créneaux, surhaussant du même coup les contreforts en forme de tourelles, pour en atténuer la dureté et briser la monotonie. La restauration des fresques se fit en quatre campagnes par des artistes italiens, puis parisiens, et enfin toulousains.
Le plus grand orgue baroque français

On ne peut pas parler de La cathédrale d’Albi sans évoquer son orgue. Albi se choisit Christophe Moucherel (1686-1761), facteur d’orgue originaire de Toul, en Lorraine, pour construire cet instrument monumental, doté d’un des plus beaux buffets de France. Sa commande fut passée par Mgr Armand-Pierre de la Croix de Castries, archevêque d’Albi (1722-1747). Ayant participé au financement de l’instrument, c’est en toute logique qu’il fit graver ses armoiries sur le tuyau central de l’instrument.
Il est transformé en orgue symphonique
Plus tard, l’orgue fut complété par les facteurs François Lépine (1747), Joseph Isnard (1778) et Antoine Peyroulous (1825). Au XIXe siècle, il est profondément remanié par Thiébaut Maucourt (1865), et surtout par Théodore Puget (1903-1904), qui le transforme en orgue symphonique. Dans le seconde moitié du XXe siècle, il subit une restauration d’envergure (1971-1981) par Barthélémy Formentelli (né en 1939). On lui doit d’avoir restitué ses timbres d’origine. Il en a fait le plus grand orgue baroque français.
Troisième orgue le plus important de France
“Le Grand Orgue d’Albi est le 3ème orgue le plus important de France par son nombre de jeux (74 jeux), après ceux de Notre-Dame (90 jeux) et de Saint-Sulpice (110 jeux) à Paris (les deux construits par Cavaillé-Col) par suite aux travaux de Puget en 1904 ” écrit Frédéric Deschamps, l’organiste titulaire des grandes orgues historiques Christophe Moucherel (1736) de la cathédrale Sainte-Cécile et également du grand orgue symphonique Maurice Puget (1930) de la collégiale Saint-Salvi à Albi.
La représentation de Sainte Cécile dans la cathédrale d’Albi
Pourquoi le culte de Sainte Cécile à Albi ?
Le culte à sainte Cécile semble avoir été introduit dans cette région au haut Moyen Âge par les Wisigoths ayant fait de Toulouse la capitale de leur royaume dès 418. Il semblerait que la liturgie wisigothique accorda une place notable au culte de sainte Cécile. Pour preuve, dans ces régions acquises par les Wisigoths comme le Minervois, les Corbières, le Roussillon, la Catalogne…, en plus du Toulousain et de l’Albigeois, la densité d’églises dédiées à sainte Cécile est beaucoup plus importante qu’ailleurs. Ainsi, la Cité albigeoise déjà siège d’un évêché depuis au moins 405 plaça très tôt son église sous la protection de Sainte Cécile*.
*Si la première mention de la dédicace de la cathédrale d’Albi à sainte Cécile ne date que des années 920, les historiens s’accordent à penser que ce vocable pourrait remonter aux origines.

Où trouve-t-on Sainte Cécile ?
La plus ancienne représentation de sainte Cécile conservée dans la cathédrale date de la première moitié du XIVe siècle (sur l’une des clés de voûte du chœur, neuvième travée). Sa deuxième représentation correspond à la construction de la clôture du chœur des chanoines sous l’épiscopat de Louis Ier d’Amboise (1474-1503). C’est une remarquable statue polychrome en pied dans un calcaire tendre qui vient d’être restaurée. Cette même clôture de chœur comporte une seconde figuration en pied de Sainte Cécile sous la forme d’une statuette de 38 cm, sculptée dans le bois. On la trouve porte nord. La main gauche ayant été brisée, sa palme du martyre a disparu. Quant à sa main droite, elle ne conserve que la partie inférieure d’un probable petit orgue. Une autre statue de Cécile, patronne des musiciens (dotée d’un orgue comme attribut), a parfaitement sa place sur l’orgue de Christophe Moucherel. Elle a été sculptée en 1736.

Autour de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi
I/ Le musée Toulouse-Lautrec, une collection unique au monde

Un musée à l’ombre de la cathédrale
Il est situés au cœur du centre historique de la ville, au palais de la Berbie. C’est avec la cathédrale Sainte-Cécile, l’un des ensembles épiscopaux les mieux conservés de France. Symbole de la puissance des évêques d’Albi qui le firent construire dans le courant du XIIIe siècle, le palais, propriété du département, domine les rives du Tarn de sa silhouette massive. Et cette forteresse est devenue depuis 1922, le musée Toulouse-Lautrec grâce à une donation consentie à la Ville par la famille Toulouse-Lautrec.

II / Le cloître Saint-Salvi, un havre de paix et de silence
Ce cloître Saint-Salvi, du nom du 1er évêque de la ville d’Albi au VIème siècle, est attenant à la collégiale Saint-Salvi du XIème siècle. Elle est située à l’angle de la place Sainte-Cécile. Son cloître construit en 1270, est havre de paix et de silence. Les portes que l’on repère sous les galeries donnaient directement sur les cellules des chanoines, elles sont transformées en lieux d’habitation. L’aile restante du cloître et les arcades romanes sont associées à des chapiteaux gothiques sculptés de personnages, d’animaux ou de végétation.

3 / Où que l’on soit, elle apparaît de partout


