Cathédrales, Abbayes, Châteaux, Ponts…

Histoire, architecture, nécropole royale : Saint-Denis sous un nouveau regard !

Cathédrale de Saint-Denis façade
Située au cœur de la ville, la basilique cathédrale Saint-Denis, à l’origine abbatiale est le tout premier chef-d’œuvre de l’art gothique. Son incroyable luminosité apportée par ses nombreux vitraux et son architecture novatrice lui donna le nom (jusqu’au XVIIIe siècle) de “Lucerna” (la lanterne). Voir le décor de trois portails (très restaurés), véritable acte de naissance de la sculpture gothique. La façade comporte pour la première fois une rose au-dessus du portail central. A droite, les anciens bâtiments monastiques, aujourd’hui Maison d’éducation de la légion d’honneur. Photo © François Collombet
Le chœur de la basilique cathédrale Saint-Denis. Il a été restauré et réaménagé et accueille un mobilier liturgique de pierre et de lumière réalisé par l’artiste Vladimir Zbynovsky. Voir le nouvel autel, bloc de pierre couvert d’une épaisse dalle de verre parfaitement translucide qui laisse passer la lumière naturelle en son centre jusqu’au plus profond de la crypte. Cette alliance de la pierre et du verre, fondement même de l’église historique, est à l’origine de la réflexion de Vladimir Zbynovsky. Photo © François Collombet

Petit rappel de l’histoire de Saint-Denis

En quelques mots, une première église fut construite vers 475 transformée et agrandie vers 630. Elle fut entièrement rebâtie par le 14e abbé de Saint-Denis, Fulrad en 775 pendant le Haut Moyen Âge (lors du règne de Pépin le Bref). Mais c’est Suger le plus illustre abbé de Saint-Denis que connut l’abbaye qui ajoute vers 1130-1140, un chœur, un puissant narthex et un clocher à la nef et à la crypte romane.

Saint Louis fait agrandir le chœur et la nef

Pendant le règne de Louis IX (Saint Louis)*, le chœur est agrandi et la nef rebâtie sous les ordres Pierre de Montreuil, le plus grand architecte du Moyen Âge. Il en fait un admirable chef-d’œuvre de l’art gothique.

*Saint Louis, ce roi qui fit tant pour l’abbatiale et qui fut le promoteur de la nécropole royale, ne figure pas parmi les gisants alors que ses filles et fils sont bien là. Couvert d’or, son tombeau a été volé et pillé pendant la guerre de Cent Ans.

Nef de la basilique cathédrale Saint-Denis avec son orgue dessiné en 1836 par l’architecte François Debret et réalisé par un tout jeune facteur d’orgue alors âgé de 24 ans, Aristide Cavaillé-Coll. Photo © François Collombet
Nef de la basilique cathédrale Saint-Denis. Après les deux travées du narthex construites par Suger, aux ogives massives, la nef comporte sept travées. Les trois travées orientales recevaient le chœur des moines. Elles étaient jadis séparées du reste de la nef par un jubé. Saint-Denis inaugure l’art gothique marqué par la place centrale de la lumière, symbole du divin, dans l’architecture religieuse. Cette vision contemporaine de Saint-Denis est dans l’esprit de l’abbé Suger. Le soleil filtré par les vitraux irradie de ses rayons les pierres de la nef, symbolisant le passage de la lumière naturelle à la lumière immatérielle, «divine». Photo © François Collombet

Dès le milieu du XIXe siècle, polémique sur la reconstruction de la tour nord et de sa flèche

L’abbatiale fut plutôt épargnée par les Guerres de Religion, comme par la Révolution. À la suite des travaux commandés par Napoléon 1er pour remettre en état la basilique, elle ne fut restaurée que bien plus tard par l’architecte François Debret en 1837-1838. En 1837, la flèche nord était endommagée par la foudre puis fragilisée par de violentes tornades (1845). Pour consolider l’ensemble de l’édifice sérieusement ébranlé, l’architecte dût démonter la flèche en entreposant les pierres numérotées à proximité avec l’intention de les remonter.

Une démission au profit de Viollet-le-Duc

Mais sa démission à la suite d’une violente polémique au profit de Viollet-le-Duc, remit tout en cause. Ce dernier acheva le démontage de la tour nord et se consacra à la restauration du reste de l’édifice. En 1966, la basilique devient cathédrale à la création du diocèse de Seine-Saint-Denis. Mais le projet de remonter la tour manquante et sa flèche resta toujours d’actualité. Aujourd’hui, après 170 ans, sa reconstruction est en cours avec le soutien des collectivités territoriales et de grands mécènes*. Les travaux doivent durer 5 ans. La première pierre a été posée le vendredi 14 mars 2025. 

*La Fondation du Patrimoine a lancé une cagnotte participative reposant sur le parrainage des pierres de la future flèche. Il en faut 15 228 pour la rebâtir.

L’objectif des ateliers de la flèche installés bas-côté nord de Saint-Denis proche du portail du XIIe siècle, dit “Porte des Valois” est de remonter la tour surmontée de sa flèche, telle que l’architecte François Debret l’avait prévue en 1837-1838. Photo © François Collombet
La basilique cathédrale Saint-Denis telle qu’elle apparaitra en 2030 avec sa tour nord et sa flèche reconstruites.

Le nouveau parcours pour redécouvrir Saint-Denis

Pour cette façade nouvellement restaurée, pour son chevet, sa magnifique nef du XIIIe siècle et pour l’éclat retrouvé de ses vitraux parmi les plus anciens de style gothique, la basilique cathédrale Saint-Denis se devait de révolutionner son parcours de visite. Comment mieux comprendre par le regard cette nécropole royale abritant une collection unique de 70 gisants restés pour la plupart à leur emplacement d’origine* ?

*Saint-Denis est le plus important ensemble en Europe de sculptures funéraires réalisées à partir du XIIe siècle. L’abbatiale fut surnommée par un chroniqueur du XIIIe siècle le « cimetière aux Rois ».

Une visite autour de 3 thématiques

Tout cela s’est organisé autour de trois thématiques : nécropole, architecture et histoire avec : 1/ une quinzaine de cartels numériques ponctuant la visite de la nécropole. 2/ un film d’animation dans la nef pour aider à mieux comprendre les grandes étapes de la construction. 3/ dans le transept sud deux tables multimédia sont là pour orienter les visiteurs et les enfants avec notamment des films d’animations. Certaines stations sont accessibles aux mal et non voyant.

Le transept sud et ses chérubins

 A l'angle du transept sud, au pied du premier pilier, deux des trois chérubins ornant Le Monument du cœur de François II, sculpture en marbre du Primatice de 1572. Ce transept gothique rayonnant excessivement large (double bas-côtés), œuvre vers 1260 de l'abbé Eudes Clément répondait au besoin de la nécropole royale depuis le XIIe siècle. Très visible, La rose du transept nord et la galerie supérieure qui la borde (Vitrail du XIXe siècle).
 A l’angle du transept sud, au pied du premier pilier, deux des trois chérubins ornant “Le Monument du cœur de François II”, sculpture en marbre du Primatice de 1572. Ce transept gothique rayonnant excessivement large (double bas-côtés), œuvre vers 1260 de l’abbé Eudes Clément répondait au besoin de la nécropole royale depuis le XIIe siècle. Voir La rose du transept nord et la galerie supérieure qui la borde (Vitrail du XIXe siècle). Photo © François Collombet

Le soutien de trois grands mécènes

Le défi fut de concevoir une médiation adaptée à chaque public. Ce renouvellement du parcours de visite a été grandement soutenu par des mécènes comme Dassault Histoire et Patrimoine, par la Caisse des Dépôts, et la Fondation Visio pour l’aide aux enfants et aux adultes déficients visuels. Alors, en parcourant la basilique cathédrale Saint-Denis et sa crypte, attendez-vous à croiser aussi bien, la longue histoire de France que la plupart de ses rois et de ses reines. Au plus près des gisants, vous trouverez ces cartels offrant une approche à la fois stylistique et historique du tombeau tout en proposant un focus sur chaque défunt.

Devant la plaque posée en hommage aux mécènes : de gauche à droite, Pascale Humbert, responsable mécénat de la fondation Visio, Marie Lavandier présidente du Centre des Monuments Nationaux, Marie-Hélène Habert-Dassault directrice de la communication et du mécénat du groupe Dassault et Claire Visentini directrice du mécénat de la Caisse des Dépôts. Photo © François Collombet

15 cartels numériques disposés dans toute la nécropole royale

Gisants de Charles VI et Isabeau de Bavière, marbre, XIVe siècle avec son cartel numérique qui permet d’approfondir la connaissance des gisants et des tombeaux, donnant des informations détaillées sur chaque personnage, leur époque et leur place dans l’histoire de France. Ces cartels sont positionnés au plus près des tombeaux pour permettre une interaction directe et un accès facile aux détails. Photo © François Collombet

Le chevet et sa table multimédia

C’est un chevet extraordinairement lumineux que conçut Suger pour présenter les reliques des saints vénérées par les pèlerins. L’exiguïté de la crypte carolingienne, où elles se trouvaient entraînait de graves difficultés lors des pèlerinages. La foule était si dense que, selon Suger, des femmes oppressées s’évanouissaient ou mourraient en poussant des cris épouvantables.

Magnifique chevet voulu par Suger devant servir d’écrin au reliquaire de Saint Denis. On peut voir aujourd’hui sous le ciborium, son immense châsse-reliquaire. Au premier plan, accessible à tout public, une table multimédia pour orienter les visiteurs à travers des plans, des généalogies royales et des réponses aux questions fréquemment posées. Difficile de se faire une idée complète de l’aspect primitif du chevet, puisqu’il ne reste que le double déambulatoire et les chapelles rayonnantes. L’absence de murs entre les chapelles et le doublement de la surface vitrée dans chacun de ces espaces de prière, crée un mur exceptionnel de lumière. Photo © François Collombet

Cette cathédrale en attente de son dernier chef-d’œuvre, la tour nord et sa flèche

Mais l’innovation est aussi ailleurs en cette année 2025. Elle a débuté par un immense chantier, celui de relever la tour et la flèche nord * de la façade (démontée en 1846) pour lui redonner enfin sa symétrie perdue. Un chantier qui doit durer 5 ans afin de remplacer la flèche qui culminait alors à 90 m de haut et visible à 18 km à la ronde.

Une flèche foudroyée puis prise dans une tornade

Elle avait été foudroyée puis prise dans une tornade ce qui fragilisa l’ensemble de l’édifice. Pour les promoteurs de cette tour dont la première pierre de la construction fut posée en mars 2025, le chantier doit être visitable. Ainsi, à partir de septembre 2025, ouverture au public et aux enfants de “La Fabrique de la Flèche” ; une plongée au cœur de l’histoire et des savoir-faire qui ont bâti la basilique cathédrale Saint-Denis pour découvrir les coulisses du chantier des bâtisseurs.

*Un budget de 37 millions d’€ et 2400 tonnes de pierres

Parvis de la basilique cathédrale Saint-Denis. Aujourd’hui, population et religions diverses se retrouvent à portée de ses trois portails conçus au XIIe siècle par l’abbé Suger. Saint-Denis est la nécropole des rois et reines de France. Construite sur la tombe de saint Denis, évêque missionnaire mort vers 250, l’abbaye royale de Saint-Denis accueille dès la mort du roi Dagobert en 639 et jusqu’au XIXe siècle, les sépultures de 43 rois, 32 reines et 10 serviteurs de la monarchie. En 1966, la basilique fut élevée au rang de cathédrale. Photo © François Collombet

Nécropole royale : ici reposent 43 rois et 32 reines

Les premiers tombeaux sculptés sont mis en place dès le XIIIe siècle. La présentation actuelle réunit non seulement les tombes royales qui étaient historiquement à Saint-Denis mais aussi celles qui revinrent en 1816 du Musée de Lenoir et qui provenaient de Saint Germain des Près, de Royaumont, etc. Voici sans doute le plus grand ensemble au monde de monuments funéraires.

 Monument funéraire de Louis XII et d’Anne de Bretagne en marbre blanc et bronze. C’est l’un des plus imposants monuments funéraires de la nécropole et sans doute le plus émouvant. Dans la partie basse, les cadavres marqués par les convulsions et les derniers spasmes de l’agonie ; une scène macabre que vient rehausser un trait de lumière venu des vitraux. Au-dessus, le couple en prière, serein et en pleine gloire semble être promis à l’éternité. Photo © François Collombet
Le mausolée de Louis XII et d’Anne de Bretagne, sculpté en marbre de Carrare, réalisé par des artistes italiens. Il est le témoin des contacts établis entre artistes pendant les guerres d’Italie. Ce petit temple à l’antique est entouré des douze Apôtres et des quatre vertus cardinales, Prudence, Force, Justice et Tempérance. Approchez vous, la reine a la tête renversée, les cheveux répandus, un genou relevé soulevant le linceul. Réalisme ou romantisme ? Photo © François Collombet
Soubassement du monument funéraire de Louis XII et d’Anne de Bretagne. Il est orné de bas-reliefs qui illustrent plusieurs épisodes victorieux des guerres d’Italie. Photo © François Collombet
Gisant dans le transept droit de Saint-Denis de Jean 1er dit le Posthume. Il vécut 5 jours en 1316. Photo © François Collombet

Marie-Antoinette avec une robe d’inspiration Empire

Statues funéraires de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Elles sont commandées par Louis XVIII lors du rapatriement des cendres des souverains du cimetière des innocents à Paris, en 1815. Il voulait célébrer le retour des Bourbons sur le trône de France. Leurs restes se trouvent dans la crypte. Il est à noter que ces priants (ou orants) achevés vers 1830 ont de quoi surprendre : Marie-Antoinette porte une robe d’inspiration Empire. Le roi, lui, porte le costume du sacre. Photo © François Collombet

La crypte, témoin de l’histoire la plus ancienne de Saint-Denis

La crypte est le témoin de l’histoire la plus ancienne de l’église. L’existence de cette nécropole dans le sous-sol de la basilique est reconnue dès le XIXe siècle avec Viollet-le-Duc qui entreprit les premières fouilles d’importance sous le maître-autel. A l’origine, la crypte revêtait un caractère particulier pour les fidèles qui venaient en pèlerinage à Saint-Denis.

Là où se trouvait la dépouille de Saint Denis

La dépouille mortelle du martyr saint Denis était supposée se trouver à cet emplacement. Saint Denis avait alors la réputation de protéger les vivants et permettre aux défunts d’accéder au paradis. L’afflux des pèlerins incita les bâtisseurs de la nouvelle basilique carolingienne à doter son abside, encore visible de nos jours, d’une crypte permettant aux fidèles de descendre dans un oratoire situé sous le maître-autel, pour prier devant les reliques.

La crypte archéologique

Crypte archéologique de la basilique qui côtoie la fosse creusée à l'emplacement de la tombe et des reliques de Saint Denis et de ses deux compagnons de martyr, Rustique et Eleuthère installés à cet endroit jusqu'au XIIe siècle. On observe la présence de nombreux sarcophages retrouvés lors de fouilles. Ils témoignent de la volonté précoce de la part de membres de la haute société mérovingienne de bénéficier d’inhumations auprès du saint pour bénéficier de son intercession.
Crypte archéologique de la basilique qui côtoie la fosse creusée à l’emplacement de la tombe et des reliques de Saint Denis et de ses deux compagnons de martyr, Rustique et Eleuthère installés à cet endroit jusqu’au XIIe siècle. On observe la présence de nombreux sarcophages retrouvés lors de fouilles. Ils témoignent de la volonté précoce de la part de membres de la haute société mérovingienne de bénéficier d’inhumations auprès du saint pour bénéficier de son intercession. Photo © François Collombet
Dalles funéraires dans le caveau des Bourbon (ou chapelle d'Hilduin). Les murs et les chapiteaux de cette chapelle remontent au plus tard au XIIe siècle. Les six dalles de la crypte en marbre noir ont été réalisées en 1975. L'une d'entre elles, sans inscription, était destinée à recevoir le corps de Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, mort en exil en 1836. Louis XVIII sera le dernier roi de France mort au pouvoir à être embaumé et inhumé, le 25 octobre 1824 dans la basilique Saint-Denis.
Dalles funéraires dans le caveau des Bourbon (ou chapelle d’Hilduin). Les murs et les chapiteaux de cette chapelle remontent au plus tard au XIIe siècle. Les six dalles de la crypte en marbre noir ont été réalisées en 1975. L’une d’entre elles, sans inscription, était destinée à recevoir le corps de Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, mort en exil en 1836. Louis XVIII sera le dernier roi de France mort au pouvoir à être embaumé et inhumé, le 25 octobre 1824 dans la basilique Saint-Denis. Photo © François Collombet

Bâtiments de l’abbaye royale de Saint-Denis et son cloître

La célèbre abbaye de Saint-Denis est fondée au XIIe siècle. Elle accueillait plus de 150 moines. Sous Louis XV, tous les bâtiments médiévaux ont été reconstruits sous la direction de Robert de Cotte, constituant un bel exemple de l’architecture du XVIIIe siècle. Après la Révolution, Ils ont été affectés par Napoléon, à une “Maison d’éducation de la Légion d’honneur”. C’est encore le cas aujourd’hui. Ils abritent une école pour 400 jeunes filles dont les parents ou grands-parents ont reçu la légion d’honneur ou l’ordre national du mérite.

Au sud de l’abbatiale, la Maison d’éducation de la Légion d’honneur qui accueille 400 jeunes filles. Ici les jardins du cloître ayant fait l’objet d’une récente restauration. Photo © François Collombet