Histoire, architecture, nécropole royale : Saint-Denis sous un nouveau regard !

La lumière de Saint-Denis
A Saint-Denis, c’est l’art gothique qui entre pour la première fois dans l’architecture religieuse. Un art marqué par la lumière, symbole du divin. Tout a commencé ici, au XIIe siècle, à l’emplacement de l’actuelle basilique cathédrale Saint-Denis, à 10 km de Notre-Dame de Paris. Date qui marquait le début de la grande épopée des cathédrales gothiques illustrée en France, quand entre le XIIe et XVe siècle s’élevèrent plus de 80 cathédrales. Ainsi, l’acte de naissance de cette révolution architecturale est bien l’édification de Saint-Denis, nécropole des rois et des reines de France.
La nef, œuvre de Pierre de Montreuil l’architecte du gothique rayonnant
L’édifice, tel qu’il est aujourd’hui mesure 108 m de long, 29 m de hauteur. Le transept est large de 39 m. Sous les tours de la façade, le narthex. Il date de Suger. Il a conservé ses voûtes sur croisée d’ogives et ses admirables chapiteaux. La nef, est l’œuvre de Pierre de Montreuil (XIIIe siècle), l’un des plus grands créateurs du style gothique rayonnant. Son immense transept est illuminé par deux roses somptueuses de plus de 12 m de diamètre qui servirent de modèle pour Notre-Dame de Paris. Chaque année au mois de juin, la basilique cathédrale accueille les plus grands répertoires de la musique classique. Les plus grands chefs et orchestres internationaux sont présents pour des concerts symphoniques et chorales dans le cadre du Festival de Saint-Denis.

Petit rappel de l’histoire de Saint-Denis
En quelques mots, une première église fut construite vers 475 transformée et agrandie vers 630. Elle fut entièrement rebâtie par le 14e abbé de Saint-Denis, Fulrad en 775 pendant le Haut Moyen Âge (lors du règne de Pépin le Bref). Mais c’est Suger le plus illustre abbé de Saint-Denis que connut l’abbaye qui ajoute vers 1130-1140, un chœur, un puissant narthex et un clocher à la nef et à la crypte romane.
Saint Louis fait agrandir le chœur et la nef
Pendant le règne de Louis IX (Saint Louis)*, le chœur est agrandi et la nef rebâtie sous les ordres Pierre de Montreuil, le plus grand architecte du Moyen Âge. Il en fait un admirable chef-d’œuvre de l’art gothique.
*Saint Louis, ce roi qui fit tant pour l’abbatiale et qui fut le promoteur de la nécropole royale, ne figure pas parmi les gisants alors que ses filles et fils sont bien là. Couvert d’or, son tombeau a été volé et pillé pendant la guerre de Cent Ans.

Une nef qui marque la naissance de l’art gothique
Cet nef marque la naissance de l’art gothique flamboyant. On passe d’une élévation de trois à deux niveaux. Résultat une nef baignée d’une lumière intense grâce à ses hautes verrières et à ses roses. Ce chef d’œuvre voulu par l’abbé Suger est l’œuvre de Pierre de Montreuil. Il fit d’abord construire une nef à trois vaisseaux. Le chœur fut ceint d’un double déambulatoire à sept chapelles rayonnantes. Le transept se voit percer de grandes roses. Il sera considérablement élargi pour répondre à la volonté de Saint Louis de faire de l’église la nécropole des rois de France. De cette architecture imposée par Suger, Saint-Denis n’a conservé que le déambulatoire et ses chapelles rayonnantes, avec voûtes en ogives, colonnades minces et parois percées de larges vitraux.

Dès le milieu du XIXe siècle, polémique sur la reconstruction de la tour nord et de sa flèche
L’abbatiale fut plutôt épargnée par les Guerres de Religion, comme par la Révolution. À la suite des travaux commandés par Napoléon 1er pour remettre en état la basilique, elle ne fut restaurée que bien plus tard par l’architecte François Debret en 1837-1838. En 1837, la flèche nord était endommagée par la foudre puis fragilisée par de violentes tornades (1845). Pour consolider l’ensemble de l’édifice sérieusement ébranlé, l’architecte dût démonter la flèche en entreposant les pierres numérotées à proximité avec l’intention de les remonter.
Une démission au profit de Viollet-le-Duc
Mais sa démission à la suite d’une violente polémique au profit de Viollet-le-Duc, remit tout en cause. Ce dernier acheva le démontage de la tour nord et se consacra à la restauration du reste de l’édifice. En 1966, la basilique devient cathédrale à la création du diocèse de Seine-Saint-Denis. Mais le projet de remonter la tour manquante et sa flèche resta toujours d’actualité. Aujourd’hui, après 170 ans, sa reconstruction est en cours avec le soutien des collectivités territoriales et de grands mécènes*. Les travaux doivent durer 5 ans. La première pierre a été posée le vendredi 14 mars 2025.
*La Fondation du Patrimoine a lancé une cagnotte participative reposant sur le parrainage des pierres de la future flèche. Il en faut 15 228 pour la rebâtir.


Le nouveau parcours pour redécouvrir Saint-Denis
Pour cette façade nouvellement restaurée, pour son chevet, sa magnifique nef du XIIIe siècle et pour l’éclat retrouvé de ses vitraux parmi les plus anciens de style gothique, la basilique cathédrale Saint-Denis se devait de révolutionner son parcours de visite. Comment mieux comprendre par le regard cette nécropole royale abritant une collection unique de 70 gisants restés pour la plupart à leur emplacement d’origine* ?
*Saint-Denis est le plus important ensemble en Europe de sculptures funéraires réalisées à partir du XIIe siècle. L’abbatiale fut surnommée par un chroniqueur du XIIIe siècle le « cimetière aux Rois ».
Une visite autour de 3 thématiques
Tout cela s’est organisé autour de trois thématiques : nécropole, architecture et histoire avec : 1/ une quinzaine de cartels numériques ponctuant la visite de la nécropole. 2/ un film d’animation dans la nef pour aider à mieux comprendre les grandes étapes de la construction. 3/ dans le transept sud deux tables multimédia sont là pour orienter les visiteurs et les enfants avec notamment des films d’animations. Certaines stations sont accessibles aux mal et non voyant.
Le transept sud et ses chérubins

Le soutien de trois grands mécènes
Le défi fut de concevoir une médiation adaptée à chaque public. Ce renouvellement du parcours de visite a été grandement soutenu par des mécènes comme Dassault Histoire et Patrimoine, par la Caisse des Dépôts, et la Fondation Visio pour l’aide aux enfants et aux adultes déficients visuels. Alors, en parcourant la basilique cathédrale Saint-Denis et sa crypte, attendez-vous à croiser aussi bien, la longue histoire de France que la plupart de ses rois et de ses reines. Au plus près des gisants, vous trouverez ces cartels offrant une approche à la fois stylistique et historique du tombeau tout en proposant un focus sur chaque défunt.

15 cartels numériques disposés dans toute la nécropole royale

Le chevet et sa table multimédia
C’est un chevet extraordinairement lumineux que conçut Suger pour présenter les reliques des saints vénérées par les pèlerins. L’exiguïté de la crypte carolingienne, où elles se trouvaient entraînait de graves difficultés lors des pèlerinages. La foule était si dense que, selon Suger, des femmes oppressées s’évanouissaient ou mourraient en poussant des cris épouvantables.

Cette cathédrale en attente de son dernier chef-d’œuvre, la tour nord et sa flèche
Mais l’innovation est aussi ailleurs en cette année 2025. Elle a débuté par un immense chantier, celui de relever la tour et la flèche nord * de la façade (démontée en 1846) pour lui redonner enfin sa symétrie perdue. Un chantier qui doit durer 5 ans afin de remplacer la flèche qui culminait alors à 90 m de haut et visible à 18 km à la ronde.
Une flèche foudroyée puis prise dans une tornade
Elle avait été foudroyée puis prise dans une tornade ce qui fragilisa l’ensemble de l’édifice. Pour les promoteurs de cette tour dont la première pierre de la construction fut posée en mars 2025, le chantier doit être visitable. Ainsi, à partir de septembre 2025, ouverture au public et aux enfants de “La Fabrique de la Flèche” ; une plongée au cœur de l’histoire et des savoir-faire qui ont bâti la basilique cathédrale Saint-Denis pour découvrir les coulisses du chantier des bâtisseurs.
*Un budget de 37 millions d’€ et 2400 tonnes de pierres

Nécropole royale : ici reposent 43 rois et 32 reines
Les premiers tombeaux sculptés sont mis en place dès le XIIIe siècle. La présentation actuelle réunit non seulement les tombes royales qui étaient historiquement à Saint-Denis mais aussi celles qui revinrent en 1816 du Musée de Lenoir et qui provenaient de Saint Germain des Près, de Royaumont, etc. Voici sans doute le plus grand ensemble au monde de monuments funéraires.




L’enfant roi en habit royal.
Ce gisant enfant dans le transept droit de Saint-Denis est Jean 1er dit le Posthume. Il fut roi 4 jours en 1316 après sa naissance durant la régence de son oncle, Philippe de Poitiers (le futur roi Philippe V). Il est donc le seul roi de France à avoir régné de sa naissance à sa mort. Ses parents (Il est fils unique) sont le roi Louis X le Hutin et Clémence de Hongrie. Le père de l’enfant roi se tient tout proche (gisants en marbre blanc sur dalle en marbre noir). Jean I° et Jeanne de Navarre (sa demi-sœur) sont en effet aux pieds du tombeau de Louis X, leur père. Le gisant de sa mère est installée plus loin dans la partie capétienne. Jean naquit après la mort du roi en 1316 à 25 ans. Pour la première fois, un souverain capétien ne laissait pas d’héritier. Le corps de Jean le Posthume fut déposé dans la crypte de la basilique Saint-Denis. Son gisant magnifique et pathétique est vêtu comme un fils de France et non de l’habit royal puisqu’il n’eut pas le temps d’être sacré. En 1793, lors de la Révolution, son cercueil fut profané et son corps jeté dans une fosse commune au nord de la basilique.
Marie-Antoinette avec une robe d’inspiration Empire

La crypte, témoin de l’histoire la plus ancienne de Saint-Denis
La crypte est le témoin de l’histoire la plus ancienne de l’église. L’existence de cette nécropole dans le sous-sol de la basilique est reconnue dès le XIXe siècle avec Viollet-le-Duc qui entreprit les premières fouilles d’importance sous le maître-autel. A l’origine, la crypte revêtait un caractère particulier pour les fidèles qui venaient en pèlerinage à Saint-Denis.
Là où se trouvait la dépouille de Saint Denis
La dépouille mortelle du martyr saint Denis était supposée se trouver à cet emplacement. Saint Denis avait alors la réputation de protéger les vivants et permettre aux défunts d’accéder au paradis. L’afflux des pèlerins incita les bâtisseurs de la nouvelle basilique carolingienne à doter son abside, encore visible de nos jours, d’une crypte permettant aux fidèles de descendre dans un oratoire situé sous le maître-autel, pour prier devant les reliques.
La crypte aujourd’hui se compose de deux parties distinctes. On trouve à l’ouest, la crypte archéologique située sous la croisée du transept et à l’est, sous le chevet, la crypte du XIIe siècle édifiée par Suger. Pour établir l’assise de sa cathédrale, Suger fit construire une crypte bordée de sept chapelles rayonnantes, exactement situées sous les chapelles rayonnantes du déambulatoire au-dessus.
La crypte archéologique


Bâtiments de l’abbaye royale de Saint-Denis et son cloître
La célèbre abbaye de Saint-Denis est fondée au XIIe siècle. Elle accueillait plus de 150 moines. Sous Louis XV, tous les bâtiments médiévaux ont été reconstruits sous la direction de Robert de Cotte, constituant un bel exemple de l’architecture du XVIIIe siècle. Après la Révolution, Ils ont été affectés par Napoléon, à une “Maison d’éducation de la Légion d’honneur”. C’est encore le cas aujourd’hui. Ils abritent une école pour 400 jeunes filles dont les parents ou grands-parents ont reçu la légion d’honneur ou l’ordre national du mérite.
