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Villers-Cotterêts ville natale de l’auteur des “Trois Mousquetaires”

A quelques centaines de mètres du château, le musée Alexandre Dumas installé depuis 1952 dans les salons d’un hôtel particulier du XIXe siècle qui entretient la mémoire de trois générations de l’illustre famille Dumas. Photo © François Collombet

Alexandre Dumas, petit fils d’une esclave noire, né à deux pas du château

Quelle incroyable cohabitation ! Alexandre Dumas est né à deux pas du château décrété depuis 2023 cité internationale de la langue française. Lui petit fils d’une esclave noire, ce quarteron (issu d’un mulâtre et d’une blanche) est un géant de la littérature française, auteur d’un chef d’oeuvre absolu “Les Trois Mousquetaires” roman connu dans le monde entier sans cesse adapté au cinéma (dernier opus, 2023) et dans de nombreuses séries.

Château de Villers-Cotterêts, cour des offices à deux pas de la maison de naissance d’Alexandre Dumas et du musée qui est consacré aux trois générations de Dumas. En pénétrant aujourd’hui dans cette cour, apparaît la façade sud du Logis royal : un joyau de la Renaissance avec les escaliers du Roi et de la Reine et la chapelle qui a retrouvé sa hauteur et ses ornements, l’un des plus beaux exemples de la sculpture architecturale du XVIe siècle. Photo © François Collombet

Trois générations de Dumas mais quelle famille !

Portrait d’Alexandre Dumas jeune (1802-1870). Photo © François Collombet

Villers-Cotterêts petite ville picarde de 10 000 habitants quelque peu malmenée par les différentes crises économiques sait honorer son enfant prodige né en 1802, Alexandre Dumas. Celui qui a quitté le caveau du cimetière municipal pour entrer au Panthéon en 2002, est l’auteur mondialement connu des Trois mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo. Mais ce petit musée au charme un peu désuet honore aussi toute la famille Dumas dont Alexandre Dumas fils, académicien et créateur de la célèbre Dame aux camélias. Le musée s’est installé en 1952, 24, rue Demoustier*, l’une des plus longues du centre-ville (à mi-chemin entre le château et la gare). Il occupe les salons d’un hôtel particulier du XIXe siècle. Serait-il presque trop petit pour accueillir la mémoire de trois générations de Dumas dont l’histoire serait digne d’un très long roman de Balzac. “Petite ville du département de l’Aisne, située sur la route de Paris à Laon, à deux cents pas de la rue de la Noue, où mourut Demoustiers*, à deux lieues de la Ferté-Milon, où naquit Racine, à sept lieues de Château-Thierry, où naquit La Fontaine” écrivait Alexandre Dumas de sa ville natale dans Mes Mémoires.

*Charles-Albert Desmoutier né en 1760 et mort à 40 ans à Villers-Cotterêts est l’autre grand personnage de la ville. Inconnu aujourd’hui mais auteur à succès (des poèmes, du théâtre, des livrets d’opéras), il fut membre de l’Institut, l’une de ces gloires locales injustement oubliées.

Son père est général dans les armées de la République

Son père Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie (1762-1806) est né à Saint-Domingue (actuelle Haïti), d’un planteur aux origines aristocrates normandes et d’une esclave noire. Il fait une brillante carrière militaire et devient général d’armée, premier mulâtre à atteindre ce grade. Il va participer aux guerres de Vendée, à la campagne d’Italie et à celle d’Egypte de 1798 à 1801. Il avait séjourné autrefois avec son régiment à Villers-Cotterêts où il rencontra Marie-Louise-Élisabeth Labouret, fille de l’aubergiste de l’Ecu d’or place du Docteur Mouflier. Démobilisé (!) il y retourne et en 1802 va naître Alexandre Dumas. Mais le général Dumas devait mourir en 1806 alors que le petit Alexandre n’a pas encore quatre ans. Les conditions financières deviennent alors difficiles ; Napoléon ayant refusé le paiement des arriérés de solde et de la retraite du général. Sa mère, Marie-Louise Labouret, doit revenir chez ses parents dans l’ancien hôtel de l’Épée à Villers-Cotterêts. Ce sont donc les grands-parents maternels qui élèveront Alexandre et sa sœur.

Devant le portrait équestre du général Thomas-Alexandre Dumas (1762-1806), notre hôte qui nous accueille au musée Alexandre Dumas déploie une visite toute en emphase et en humour. Il le fallait sans doute car l’histoire de l’illustre famille Dumas ne fut pas un long fleuve tranquille ! Photo © François Collombet

Le jeune Alexandre Dumas quitte Villers-Cotterêts pour échapper à la pauvreté

Portrait d’Alexandre Dumas fils (1824-1895), auteur de La Dame aux camélias. Photo © François Collombet

Alexandre Dumas quitte Villers-Cotterêts en 1822. Il a 20 ans avec 53 francs en poche. Il veut échapper à la pauvreté et à l’humiliation. Son arrivée à Paris où il va travailler pour le duc d’Orléans transforme ce jeune homme déjà très entreprenant ! Ainsi, un an après son installation dans la capitale, le 27 juillet 1824, assiste-t-on à la naissance de son fils Alexandre dit Alexandre Dumas fils, né de sa liaison avec Laure Labay (1793-1868), couturière et sa voisine de palier place des Italiens. Devant lui, un avenir tout tracé presque à la hauteur de son père. Il sera académicien, auteur du célèbre roman La Dame aux camélias.

Prolifique auteur de 11 oeuvres principales populaires et universelles

Du château de Villers-Cotterêts construit par François 1er, Alexandre Dumas a le souvenir de ses premiers rudiments de l’épée. ” Du plus loin qu’il me souvienne, c’est à dire de l’âge de trois ans, nous habitions, mon père, ma mère et moi, un petit château nommé les Fossés…”. Sans doute s’en inspira-t-il lorsqu’il se lancera dans l’écriture de ses romans historiques. Rien qu’en 1844, Dumas publie presque simultanément ses plus grands ouvrages dont la trilogie des mousquetaires : Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, le Vicomte de Bragelonne. Il y aura aussi le célèbre Comte de Monte-Cristo, La Reine Margot, La Dame de Monsoreau, Le Collier de la reine…. On dénombre 2540 traductions et c’est 13e auteur le plus traduit en langue étrangère. Surement l’un des auteurs les plus populaires de la cité internationale de la langue française occupant le château de Villers-Cotterêts !

Alexandre Dumas fils (le “troisième Alexandre Dumas), auteur de La Dame aux camélias

Voici sans doute le romans le plus célèbre d’Alexandre Dumas fils (1824-1895), publié à Paris en 1848. Quel revanche pour ce jeune homme né enfant naturel (reconnu à l’âge de 7 ans) face à un père monstre sacré de la littérature française, un don juan qualifié d’ “homme aux mille et une maîtresses”. Pourtant, une affection mutuelle et profonde lia le père et le fils. L’auteur des Trois Mousquetaires ne disait-il pas qu’il était son seul fils légitime (il eut pourtant 3 autres enfants légitimes ou légitimés) ! A la mort de sa mère biologique, le jeune Alexandre alors âgé de 14 ans se voyait confié à une “seconde maman” qui n’était autre que George Sand ! A 24 ans, il publie La Dame aux camélias. Le succès est immédiat. Mais il faudra attendre la version théâtrale du roman, créée en 1852 pour faire passer Alexandre Dumas fils à la postérité ; un roman qu’il écrivit en trois semaines en 1847, s’inspirant de sa propre histoire avec une très jeune courtisane célèbre, Marie Duplessis, avec laquelle l’auteur (il avait 20 ans) eut, entre 1844 et 1845, une brève liaison. Ce qui marqua le lecteur à l’époque fut cette scène d’exhumation d’un cadavre décrite en détails dans le chapitre six*. On comprend qu’elle ne fut pas reprise dans la pièce ni dans le célébrissime opéra de Guiseppe Verdi, La Traviata mettant en scène une jeune courtisane poitrinaire s’éprenant d’un jeune homme peu fortuné.  

*Anne Carol concluait ainsi son étude : “Cadavre et exhumation dans La dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils” : “le récit de cette exhumation et le face à face brutal de l’amoureux avec la mort réelle, dans toute son horreur, constitue peut-être une forme annonciatrice de désenchantement du romantique“.

De La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils à La Traviata de de Guiseppe Verdi

La Traviata opéra en trois actes de Guiseppe Verdi créé le 6 mars 1853 à la Fenice de Venise d’après le roman d’Alexandre Dumas fils : La Dame aux camélias (1848) et son adaptation théâtrale (1852). C’est au cours de son séjour à Paris de décembre 1851 à mai 1852 que Verdi et son librettiste assistent à une représentation de la pièce au théâtre de Vaudeville. Il aurait alors dit-on entrepris la composition de son futur opéra dès cet instant avant même de disposer du livret. 170 ans après, cette Traviata est chantée et jouée partout dans le monde.

La Traviata (Metropolitan Opera) en 2022 produit par Michael Mayer avec la soprano Nadine Sierra jouant Violetta. Le ténor Stephen Costello est Alfredo, aux côtés du baryton Luca Salsi dans le rôle du père. (Chef d’orchestre Daniele Callegari).