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Albi, à l’ombre de la cathédrale Sainte-Cécile, un peintre à scandale, Toulouse-Lautrec

Cette cathédrale d’Albi rouge brique n’a-t-elle pas tout d’une forteresse ! Voici donc la plus grande cathédrale de briques au monde (113 m de long, 35 m de large, 78 m de haut) classée sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Hissée sur son rocher, elle est visible de partout. Elle est le coeur de la plus extraordinaire cité épiscopale du Midi (comparable à celle de Poreč en Croatie). A ses pieds coule la rivière Tarn. Un pont l’enjambe, l’un des plus vieux ponts de France (toujours en activité). Il date du XIIIe siècle. Une fois franchi le baldaquin (entrée méridionale de la cathédrale), porche grandiose, unique élément de pierre du bâtiment, c’est un spectacle hallucinant qui attend le visiteur : 18 500 m² de fresques et de décorations. Elles illustrent sous un ciel bleu nuit, des épisodes de la Bible faisant d’Albi, la plus grande cathédrale peinte en Europe. Toujours sur le registre de la magnificence, à la tribune, les grandes orgues (œuvre de Christophe Moucherel de 1734 à 1736), parmi les plus belles de France, aux dimensions hors du commun. Mais, le croirez-vous ! Une église a été élevée à l’intérieur de la cathédrale. Elle est au milieu de la nef. C’est l’incomparable jubé, une « magnifique folie » a-t-on dit pour abriter le chœur des chanoines. Enfin, un trésor (dont on expose le facsimilé), la Mappa Mundi conservée depuis 1300 ans par les Albigeois, témoin inestimable de l’histoire de l’Humanité. 

Cathédrale Sainte-Cécile d’Albi (depuis la cité épiscopale). Édifiée au XIIIe siècle dans le style gothique méridional, c’est la plus grande cathédrale de briques au monde : 113 m de long, 35 m de large. Elle fut classée par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité en 2010 (Photo FC)
Cathédrale Sainte-Cécile d’Albi et son impressionnant chevet, avec ses contreforts cylindriques faisant office de tourelles de défense. Elle faisait partie du système défensif intégrant le Palais de la Berbie et pouvait accueillir 6000 albigeois en cas de danger (Photo FC)

A l’ombre de la cathédrale, un autre monde, la débauche !

Mais en contre-bas de la cathédrale, au palais de la Berbie, c’est un autre monde qui s’expose, celui de la débauche, de la prostitution, des courses, celui de Paris et de Montmartre à la fin du XIXe siècle avec les filles de joie, les danseuses, les chanteuses… ; le monde des maisons closes, des cabarets, des théâtres, des café-concert, des bals… C’est l’œuvre d’un enfant d’Albi, Toulouse-Lautrec, peintre expressionniste, dessinateur affichiste et lithographe, celui qui sut outrepasser toutes les conventions pour vivre un attachement charnel à son art. S’il défia la morale, il garda toute sa très courte vie un regard profondément humain pour celles (et ceux) qui furent ses modèles.

Au palais de la Berbie (ancien palais épiscopal), le musée Toulouse-Lautrec, enfant d’Albi. Ses peintures, ses dessins, ses affiches, ses lithographies s’exposent aujourd’hui en toute majesté, à l’ombre de la cathédrale Sainte-Cécile (Photo FC)

L’impératrice du Japon Michiko à Albi face à l’œuvre de Toulouse-Lautrec

Aujourd’hui, Toulouse-Lautrec est l’un des artistes français les plus populaires au monde (et l’un des plus chers). Albi eut la chance d’hériter des oeuvres restées dans son atelier à sa mort en 1901*. La comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec désirait ainsi perpétuer la mémoire de son fils. Pour la petite histoire, le musée du Luxembourg déclina ce legs sans doute trop considérable ! Dès 1922 étaient inaugurées les galeries consacrées à Toulouse-Lautrec dans cette forteresse de briques médiévale qu’était le palais de la Berbie. Faut-il rappeler qu’en 1994, Albi recevait la visite du couple impérial japonais. L’impératrice Michiko (issue d’un milieu catholique), influencée par son frère (il avait une passion pour Toulouse-Lautrec) demanda à visiter seule l’exposition. Toulouse-Lautrec ne compte-t-il pas parmi les japonistes les plus célèbres avec Van Gogh ou Monet (l’art de l’estampe). En 2012 et après 11 ans de travaux, s’ouvrait un lieu unique dans ce palais épiscopal entièrement restauré offrant enfin une muséographie digne de la plus grande collection publique, en France comme à l’étranger, dédiée à l’enfant du pays.

* En fait, il n’avait pas besoin, financièrement de les vendre, même s’il voyait dans la vente la reconnaissance de son art.

Sainte-Cécile versus Henri de Toulouse-Lautrec

Aujourd’hui, Toulouse-Lautrec est l’un des artistes français les plus populaires au monde (et l’un des plus chers). Albi eut la chance d’hériter des oeuvres restées dans son atelier à sa mort en 1901 (Photo FC)

Quel paradoxe pour Sainte-Cécile, grandiose cathédrale d’Albi élevée telle une forteresse rouge face à l’hérésie ! Elle abrite en son palais épiscopal (Le palais de la Berbie), le musée Toulouse-Lautrec. Il réunit la plus importante collection publique au monde de ses œuvres. Mais Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec Monfa né à Albi à l’hôtel du Bosc, grand aristocrate descendant des comtes de Toulouse incarne en cette fin du XIXe siècle le scandale. Ses modèles : des putains, des chanteuses, des danseuses, des actrices, des écuyères de cirque. Affecté d’une maladie des os qui l’a rendue presque nain*, il est aussi ce nabot syphilitique et alcoolique qui s’exhibe nu devant ses amis photographes, en enfant de chœur barbu sur la plage de Trouville.

* Encore adolescent, Henri est victime d’une fracture du fémur gauche puis de la jambe droite. Atteint de la pycnose, une maladie des os héréditaire, sa croissance est stoppée. Il ne dépasse pas 1,52 m. Jamais il ne put réaliser son rêve : monter à cheval et accompagner son père à la chasse.

Toulouse-Lautrec, ce gnome génial !

Pourtant, Toulouse-Lautrec, gnome génial est un géant de la peinture expressionniste. S’il eut comme modèle, les bordels de Montmartre, ses théâtres, cabarets et autres café-concert, son œuvre est percluse d’humanité montrant les conditions inhumaines dans lesquelles ces femmes travaillent ! Pas de moralisme, rien de scabreux. Aux autres, le clin d’œil graveleux. D’ailleurs, la beauté n’est presque jamais de mise. Voir les portraits de ces femmes aux visages vieillies, ces expressions d’effort, de lassitude, de fatigue : c’est un corps souffrant at-on dit qui dessine des corps souffrants. Jamais, il n’a été ce peintre maudit rejeté par sa famille même si son père le somma de ne plus signer par son nom de famille. Mais il est à ses côtés à sa mort par une nuit d’orage, le 9 septembre 1901 au château Malromé en Gironde. Il a 36 ans. Ses peintures, ses dessins, ses affiches, ses lithographies s’exposent aujourd’hui en toute majesté, à l’ombre de la cathédrale. Il y est assurément à sa place. Jésus n’a-t-il pas pardonné à la femme pécheresse, cette prostituée, venue répandre du parfum sur ses pieds (Luc 7,36-50) ?

En 2012 et après 11 ans de travaux, s’ouvrait un lieu unique dans ce palais épiscopal entièrement restauré offrant enfin une muséographie digne de la plus grande collection publique, en France comme à l’étranger, dédiée à Toulouse-Lautrec (Photos FC)

Galerie Renaissance située dans l’aile d’Amboise du Palais de la Berbie et le décor de son plafond en carène de bateau inversé avec des peintures de la fin du XVe siècle (Restauration datant du 2012, conduite par Christian Karoutzos (Photo FC)

Cette éclatante Cité épiscopale au Patrimoine mondial de l’Unesco 

Il faut imaginer cette Cité épiscopale comme un ensemble exceptionnel de bâtiments classés et remarquablement préservés. Elle est structurée autour d’abord de sa cathédrale monumentale exprimant un style gothique méridional unique, complété aux XVe et XVIe siècles par un décor intérieur exceptionnel (peintures, chœur et statuaire). Ensuite, le palais forteresse épiscopal (Palais de la Berbie). Il a été érigé au XIIIe siècle. Il accueille aujourd’hui le Musée Toulouse-Lautrec. Le tout se présente dans une parfaite cohérence visuelle due à l’usage de la brique foraine (brique de tradition romaine, grandes et plates). Vient ensuite l’église Saint-Salvi* et son cloître, le Pont-vieux et enfin les berges du Tarn comprises entre le Pont-vieux et le pont ferroviaire. Quel spectacle !

*L’église Saint-Salvi, l’un des plus anciens bâtiments d’Albi. Elle hébergeait la collégiale des chanoines et leur abbé.

Le palais forteresse épiscopal (Palais de la Berbie) au sein de la cité épiscopale. Il a été érigé au XIIIe siècle. Il accueille aujourd’hui le Musée Toulouse-Lautrec. Le tout se présente dans une parfaite cohérence visuelle due à l’usage de la brique foraine (Photo FC).
Albi, cité épiscopale, les jardin du palais de la Berbie. Ils donnent sur les rives du Tarn. Ils furent créés à la fin du XVIIe siècle en lieu et place de l’ancienne basse-cour du palais (ici au sud, le jardin de broderies, véritable travail d’orfèvre). Le “tout à la main” (arrosage, taille, nettoyage, harmonie des volumes et des couleurs) est imposé par la configuration du site (Photo FC)

Le palais de la Berbie, un musée qui réunit la plus importante collection des œuvres de Toulouse-Lautrec : 31 affiches du peintre lithographe, 219 peintures, 563 dessins, 183 lithographies. Les premières salles sont consacrées aux œuvres de jeunesse autour de sa famille, ses amis et son thème de prédilection, les animaux. Puis vient l’univers parisien du peintre, les maisons closes et surtout le monde du spectacle, le cirque. Au deuxième étage, une collection d’art moderne pour évoquer les amitiés artistiques et les contemporains d’Henri de Toulouse-Lautrec : Emile Bernard (1868-1941), Maurice Denis (1870-1943), Pierre Bonnard (1867-1947), ainsi qu’un ensemble de peintres dits de la “Réalité poétique”.

Cathédrale Sainte-Cécile d’Albi, près de sept siècles d’histoire

Une cathédrale née dans les affres de l’hérésie cathare. Eglise-forteresse, église guerrière, monumentale cathédrale ! Elle est grandiose, farouche, elle paraît inexpugnable. Voyez ses fenêtres étroites percées comme des meurtrières ! Albi la Rouge a été érigée pour se protéger autant de la colère des hommes que du courroux de Dieu. Car en ces terres languedociennes, foyer de l’hérésie cathare, l’Église dut lutter pour sa sauvegarde. Mais gardons-nous de voir dans les briques rouges tirées de la molasse argileuse des bords du Tarn une allusion quelconque au sang séché des cathares albigeois ! Et pourtant, n’est-elle pas avec 18 500 m² de fresques et décorations, la plus grande cathédrale peinte en Europe ?

Les peintures des voûtes ont été réalisées en un temps record (1509-1514) par des peintres italiens. Elles n’ont jamais été retouchées : près de 100 m de long et 20 m de large. C’est une véritable encyclopédie biblique sur fond bleu et or, évocation du ciel autour du Christ en Gloire. Elles sont les plus anciennes de France (DR)

Puissance et profonde harmonie

Eglise-forteresse, église guerrière, monumentale cathédrale ! Elle est grandiose, farouche, elle paraît inexpugnable. L’exception serait cette façade méridionale dont on a plaqué un sublime « baldaquin » prenant place de l’ancienne porte fortifiée (Photo FC)

La masse puissante de la cathédrale d’Albi a donc conservé, à travers les siècles, son unité initiale et sa profonde originalité. Expression emblématique d’une architecture militante et d’un style particulier, dépouillé mais coloré, elle représente la synthèse grandiose de la rigueur structurelle du gothique et d’une rigueur formelle qui lui est propre. Elle touche l’esprit et la sensibilité à la fois par sa puissance et sa profonde harmonie.

Le pape prêche la croisade contre les albigeois

L’hérésie albigeoise, dite aussi catharisme, est l’une des hérésies qui ont mis périodiquement l’Église en danger. Celle-ci s’est développée aux XIIe et XIIIe siècles, dans un contexte difficile du point de vue tant religieux que politique. Le roi de France cherche à reprendre en main un pouvoir que les Comtes de Toulouse ne sont pas disposés à lui rendre. Chez les cathares, l’idéal de pauvreté et l’adhésion aux principes du manichéisme oriental (lutte permanente entre le Bien et le Mal) s’accompagnent du refus de l’autorité de l’Église. Cette hérésie connaît alors un développement considérable. Des diocèses se constituent ; des évêques sont nommés, entraînant derrière eux une foule de fidèles. Albi, centre du monde cathare (d’où le nom d’Albigeois donné aux hérétiques) appartient alors au comte de Toulouse Raymond VI (1156-1222), connu pour sa grande tolérance. Mais lorsqu’un légat du pape, Pierre de Castelnau, est assassiné sur ses terres le 14 janvier 1208, c’en est trop. Le pape Innocent III réagit en prêchant la croisade contre les Albigeois. Celle-ci est conduite par Simon de Montfort, qui, avec son armée de seigneurs du nord de la France, se livre à des massacres et des pillages ; « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » D’où un bain de sang dans tout le sud de la France.

Cette cathédrale-forteresse sensée protéger l’évêque

Bien qu’étant au cœur de l’hérésie cathare (elle fut prise en 1215), Albi ne souffre pas de la croisade. C’est ensuite que la vieille cathédrale est sérieusement mise à mal par une série d’émeutes dues à des conflits avec les habitants qui luttent pour leurs libertés municipales. L’évêque Durand, connu pour avoir participé à la prise de la forteresse cathare de Montségur, entreprend un semblant de restauration. Mais son véritable constructeur arrive en 1277, en la personne du redoutable dominicain Bernard de Castanet. Il cumule les fonctions d’évêque et celles d’inquisiteur de la foi. Sa première décision sera de construire, à côté de la vieille cathédrale et près du nouveau palais épiscopal, une nouvelle église. Pas n’importe laquelle ! Une église-forteresse dans laquelle il se sent en sécurité. Il en confia la réalisation à Pons Descoyl, grand architecte catalan à qui l’on doit le Palais des rois de Majorque, à Perpignan. Une cathédrale ! Plutôt un auditorium vide où des prédicateurs venaient marteler la vraie doctrine aux hérétiques. Lui et le chapitre de la cathédrale acceptent d’abandonner le vingtième de leurs revenus lors des premières années, en même temps qu’il est demandé aux Albigeois un impôt spécial correspondant au dixième du produit de la vente du blé, et ce jusqu’à l’achèvement de l’édifice. Mais rien que d’habituel, pourtant les choses se gâtent très vite. Castanet combat l’hérésie avec tant de vigueur qu’il provoque de vives réactions d’hostilité dans son diocèse. Le pape Clément V ordonne une enquête. Parallèlement, le roi Philippe le Bel met ses biens sous séquestre. Castanet ne fait plus que de brèves apparitions à Albi, avant d’être muté au Puy en 1308.

Une cathédrale honnie par la population

Albi, cathédrale Sainte-Cécile, ce clocher-donjon lancé comme un défi à 78 mètres au-dessus de la ville, ne se comprend que dans un cadre conflictuel (Photo FC)

L’église-forteresse d’Albi et son clocher-donjon lancé comme un défi à 78 mètres au-dessus de la ville, ne se comprend que dans ce cadre conflictuel.  Depuis qu’Albi a une église cathédrale, il ne se trouverait pas que les habitants aient eu la paix avec leur seigneur écrira au XVe siècle un avocat. Elle est honnie par la population, qui plus d’une fois tente de forcer ses portes. Comme cela se produit souvent dans le Midi ou en Espagne à cette époque, les chanoines doivent affronter nombre de révoltes, et il arrive que l’évêque soit assiégé dans sa propre cathédrale qui devient alors un véritable camp retranché bourré d’armes et de munitions. La première pierre est posée le 15 août 1282, mais en 1301 la construction n’en est qu’au tiers et les voûtes ne sont pas encore lancées. II faut attendre 1392 pour que l’édifice soit entièrement voûté. Pour ne laisser aucune prise à l’assaillant, le nouveau bâtiment est un édifice lisse. Ici, point de ces arcs-boutants en usage dans les cathédrales du Nord : c’est à l’intérieur que les contreforts s’épaississent pour supporter les voûtes. Le plan est d’une grande simplicité avec son immense nef sans collatéraux ni transept. Les murs sont renforcés de tours et de tourelles entre lesquelles ont été percées fenêtres longues et étroites. Les murs sont tellement épais que les chapelles sont coincées dans leur épaisseur. Pour finir, en avant de la façade occidentale, un donjon de plan carré dont la hauteur ne dépasse pas celle de la nef, flanqué de deux tours rondes, apporte à cet édifice totalement aveugle une touche de forteresse inexpugnable. Le matériau est la brique, employée dans un souci de simplicité toute dominicaine, souci d’économie également. Les carrières d’argile sont nombreuses dans la région et cette brique limite l’usage des échafaudages. Elle impose des murs très épais sur lesquels on travaille directement.

Un défi : partir d’une cathédrale forteresse pour en faire un palais

Mais Sainte-Cécile ne devait pas rester l’austère édifice voulu par Bernard de Castanet. Au XVe siècle, elle a pour évêque Louis 1er d’Amboise (1473-1502), venu du Nord. Pour ce frère du cardinal Georges d’Amboise, le tout-puissant ministre de Louis XII, la cathédrale ne peut être qu’un palais. C’est lui qui fait bâtir au milieu de la nef l’incomparable jubé, une « magnifique folie », pour reprendre les termes employés par Prosper Mérimée au XIXe siècle (il y a laissé de nombreuses armoiries). Magnifique et vaste jubé où, jusqu’à la Révolution, quelque soixante-dix statues se côtoyèrent dans un extraordinaire décor flamboyant fait d’arcs festonnés, de niches, de dais et de pinacles ouvragés. Ce chœur est l’un des rares de cette époque, demeuré intact. La fortune de l’évêque et son goût parfait lui ont permis de réunir une pléiade d’artistes capables de travailler vite à la réalisation de cet ouvrage. Ce foisonnement parfaitement maîtrisé apparaît en particulier aux voûtes du jubé et au dais surmontant la chaire épiscopale.

Porche en baldaquin de la cathédrale d’Albi réalisé en pierre blanche. La tradition locale appelle baldaquin, le porche grandiose signalant l’entrée méridionale de la cathédrale (la seule ouverte aux fidèles jusqu’au XIXe siècle). Initialement à ciel ouvert, il donne accès à un portail luxueusement orné et à un vestibule couvert d’une voûte somptueuse, réalisée entre 1510 et 1515 à l’initiative de Charles de Robertet, dont il porte les armes. Sa décoration de style gothique flamboyant est exubérante mais d’une extrême finesse (Photos FC)

Le Chœur des chanoines, chef d’œuvre absolu restauré en 2015

Entrée du jubé gothique Sainte-Cécile d’Albi, joyaux de la cathédrale. Il est considéré comme le plus beau de France. Chaque détail sculpté avec finesse rappelle de la dentelle de pierre (Photo FC)

Sainte-Cécile d’Albi est la seule cathédrale de France à conserver intégralement son chœur. Imaginez une fastueuse nef dont le chœur constitue le joyau, véritable église à l’intérieur même de la cathédrale. Le jubé et la clôture du chœur sont tels que projetés par Louis d’Amboise à la fin du XVe siècle. Vieux de plus de cinq siècles, le chœur des chanoines date en effet de l’épiscopat de Louis 1er d’Amboise (1474-1503). Il n’avait jamais fait l’objet d’aucune restauration importante. Outre la clôture, somptueuse châsse de pierre, le chœur est agrémenté d’un ensemble de statuaire qui comptait à l’origine 280 statues, dont 150 restent aujourd’hui en place. Les statues de l’extérieur représentant des personnages de l’Ancien Testament et, à l’intérieur, du Nouveau Testament. C’est la partie ouest de ce grand chœur qui a été restaurée en 2015. Les travaux réalisés ont porté sur des décors peints* et sculptés, des stalles en bois et le dallage en marbre. La mise en lumière du choeur des chanoines, ainsi qu’une nouvelle sonorisation. Le tout a été financé par le mécénat privé du World Monuments Fund Europe (branche européenne de la principale organisation internationale privée active dans le monde pour la sauvegarde et la restauration du patrimoine).

*“Ils avaient été recouverts de gomme arabique jaune, ainsi que les anges pour donner une patine façon antiquaire. Les bleus étaient devenus verts. Nous avons eu du mal à ôter cette couche” devait préciser Pierre-Yves Caillaut, l’architecte en chef des monuments historiques.

Jubé et grand choeur gothique de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi (Photo FC)

 

 

Les stalles du Choeur des chanoines de la cathédrale d’Albi (Photo FC)

Quand les élus sont réveillés par la trompette du jugement dernier

À Louis 1er d’Amboise on doit également un autre trésor, une peinture sur enduit traitant du Jugement dernier, dont il manque malheureusement la partie centrale, figure du Christ rayonnant, détruite en 1695 lors du percement de la façade. On y voit les élus réveillés brusquement par la trompette du Jugement, sortant de terre l’un derrière l’autre entièrement nus, en un immense cortège. Chacun tient serré sur sa poitrine le livre de sa vie. Puis vient la foule des damnés qui se lamentent alors qu’on les sépare selon les sept péchés capitaux … Louis d’Amboise rehausse également le donjon de 1365 d’un clocher à trois niveaux montant jusqu’à 78 mètres. Il consacre sa précieuse cathédrale en 1480.

En dessous du grand orgue monumental construit entre 1734 et 1736, le jugement dernier peint à la fin du XVe siècle (Photo FC)

Le jugement dernier d’Albi, l’une des plus grandes compositions picturales au monde

L’enfer dans la peinture du Jugement dernier, cathédrale d’Albi (Photo FC)

Ce jugement dernier peint à la fin du XVe siècle et situé en dessous du grand orgue de la cathédrale Sainte-Cécile est l’une des plus grandes compositions picturales qui existe au monde. Elle est longue de 18 m, sur 10 de large. Exécutée avec une épaisse peinture à base de jaune d’oeuf, de graisse, de poudre broyée et de colle, cette oeuvre monumentale au réalisme très cru demeure en excellent état. La partie centrale fut détruite au XVIIe siècle. Elle représentait le Christ-juge et l’archange Saint Michel, peseur d’âmes. Au registre médian, des anges sonnent de la trompette annonçant la Résurrection et le Jugement. Les morts surgissent de leur tombeau. Ils sortent de terre et comparaissent, nus attendant leur destin. Ouverts sur leur poitrine, leurs livres de vie sur lesquels sont inscrites leurs bonnes et leurs mauvaises actions. À la droite du Christ, les élus s’avancent en cortège pour se rendre au paradis. À sa gauche, sur un fond de ciel tourmenté, la foule des damnés destinés à l’enfer. Il occupe la totalité du registre inférieur organisé en sept compartiments, autant que de péchés capitaux. Ainsi sont regroupé les péchés commis par les damnés : les orgueilleux, les paresseux, les avaricieux, les envieux, les coléreux, les gourmands et les luxurieux. Et à chaque péché, un châtiment : les orgueilleux sont attachés à des roues, les envieux plongés dans des fleuves gelés, ou encore les gloutons invités à un éternel banquet, au cours duquel ils sont sans répit gavés de crapauds et abreuvés d’eau de fleuve puante. Un spectacle effrayant ! Il est lié à l’omniprésence de la mort qui dominent cette fin du Moyen Âge occupée par les guerres, les famines et les épidémies.

En attente du jugement dernier, nus et livre de leur vie ouvert (Photo FC)

Des fresques jamais retouchées 

Louis 1er, est relayé par son neveu Louis II, qui arrive à Albi en 1503, puis par Charles de Robertet. On leur doit les fresques des voûtes de la nef et des tribunes entièrement peintes dans des tons de vert et de bleu cendré. Les chapelles inférieures sont décorées entre 1509 et 1520. C’est une œuvre gigantesque effectuée par des artistes italiens* lors de leur venue en France à la suite des guerres d’Italie. On connaît le nom du chef de l’atelier des peintres d’Albi : Joa Franciscus Donela, originaire de la principauté de Carpi, qui avait adopté le parti français. Ils étaient installés dans des nacelles suspendues par des cordes passant à travers les voûtains par des trous qui existent encore. Ce décor est venu recouvrir d’anciennes fresques. Plaqué sur la façade méridionale, un sublime « baldaquin » semble vouloir gommer la première porte fortifiée. Cette dentelle de pierre surmonte l’entrée principale de la cathédrale. Elle porte les blasons des quatre évêques qui se sont succédé de 1519 à 1550.

*Ces peintures de la voûte et des murs sont l’œuvre de peintres de la région de Bologne (Italie du nord).

La voûte de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi que l’on voit ici au-dessus du Grand Orgue, est la plus vaste surface peinte au monde. Jamais restaurée, on n’en admire que plus le coloris éclatant. Sur commande de Louis II d’Amboise par des peintres italiens entre 1509 et 1512 (Photo FC)

Le XIXe siècle surélève sa toiture

Le XIXe siècle ne fut pas tendre pour Sainte-Cécile. L’architecte César Daly, à qui elle fut confiée en 1848 pour trente ans, suréleva la toiture de 7 bons mètres pour protéger les peintures des voûtes, modifiant ainsi l’aspect de l’édifice, qu’il couronna d’un chemin de ronde à créneaux, surhaussant du même coup les contreforts en forme de tourelles, pour en atténuer la dureté et briser la monotonie. La restauration des fresques se fit en quatre campagnes par des artistes italiens, puis parisiens, et enfin toulousains.

Séjour à Albi dans la ville rouge, vin et gastronomie

L’hôtel Mercure monument historique tout en briques possède une vue exceptionnelle sur le Tarn, la cathédrale Sainte-Cécile et le Palais de la Berbie renfermant le musée Toulouse-Lautrec. Il a été aménagé dans un ancien moulin à eau datant de 1770 ayant servi de fabrique de pâtes pour la marque Soleil (Photo FC)
Une invitation à découvrir les vins de Gaillac (Photo FC)
Albi marché couvert à deux pas de la cathédrale Sainte-Cécile (Photo FC)
Albi couché de soleil sur le Tarn et la cathédrale Sainte-Cécile (Photo FC)

Bibliographie de l’auteur de cet article 

(sur les cathédrales)

Journaliste, il est membre de l’AJP (Association des journalistes du patrimoine).

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