Cathédrales, Abbayes, Châteaux, Ponts…

Dans ce musée, vont défiler des portraits de femmes, d’hommes, d’enfants tracés au burin sur fond ocre par des artistes du Magdalénien, vivant ici et occupant les grottes de la Marche et des Fadets. Photo © François Collombet

Nous sommes à La Sabline, au Musée de la préhistoire de Lussac-le-Châteaux (dans la Vienne). Ici, iI y a environ 14 000 ans*, les peuples de Lussac étaient des maîtres dans le domaine de la gravure. Des milliers de pierres gravées de motifs géométriques, d’animaux et, ce qui est exceptionnel, d’humains traités de façon réaliste, ont été découverts dans la seule et célèbre grotte de La Marche à quelques minutes de là.

*Les plus anciens sites fouillés dans la région sont du Paléolithique moyen (80 000 ans). Les autres, ceux qui nous intéressent sont du paléolithique supérieur. Ils sont fréquentés par l‘Homo sapiens, notre ancêtre direct, entre 35 000 et 10 000 ans avant nos jours.

La transcription de cette tête gravée dans la pierre il y a près de 15 000 ans avant notre ère, marque-t-elle pour la première fois, une attention particulière pour un individu dans le groupe ? Dirait-on une caricature ?Photo © François Collombet
Le réalisme des figures invite à voir une véritable volonté de représenter l’individu par portrait ou caricature. (Relevés et dessins d’après la roche gravée). Photo © François Collombet
Ce musée de Lussac-les-Châteaux dans la Vienne est un voyage au coeur de la préhistoire. Il retrace la vie des peuples du Lussacois au Paléolithique à travers leur environnement, leur mode de vie, leurs savoir-faire technique et artistique. Ici, cinq espaces : découvreurs et découvertes archéologiques, l’environnement de l’Homme au Paléolithique, les traces de l’Homme dans le Lussacois, la vie des Hommes du Bois-Ragot et enfin, l’Homme et l’Art. Photo © François Collombet
François Debrabant, responsable du musée de Préhistoire (musée de France) à Lussac-les-Châteaux. François de Brabant est docteur en Archéologie, spécialiste de l’âge du Bronze au Proche-Orient. Photo © François Collombet

Les représentations humaines sont une spécificité du Magdalénien moyen régional. Hommes, femmes et parfois enfants ont été gravés sur les pierres. Le réalisme des figures invite à voir une véritable volonté de représenter l’individu par portrait ou caricature même s’il est parfois délicat, en l’absence de barbe ou d’attribut sexuel, de déterminer leur sexe. Seules les figurations de femmes enceintes semblent désigner un état physiologique particulier. Individualisés et parfois groupés, ces humains sont traités en pied (assis ou debout) ou en portrait et à une exception près, de face. Des détails vestimentaires, de coiffure ou de parure les caractérisent.

A gauche, la pierre calcaire gravée, à droite, ce qu’elle laisse apparaître, un buste humain de profil. Photo © François Collombet
Surtout des gravures sur pierres calcaires

Galets et surtout pierres calcaires de dimensions variables ont été privilégiés comme supports de gravure par les hommes de Lussac. Les Magdaléniens de La Marche et des Fadets (les deux grottes à proximité de Lussac) ont été particulièrement riches en découvertes. Le déchiffrage et la lecture des gravures sont difficiles car la plupart sont fines, superposées et enchevêtrées. Certaines restent indéchiffrées, mais d’autres révèlent des motifs non figuratifs,figures géométriques, des animaux et, ce qui est exceptionnel, des représentations humaines traitées façon réaliste. Pour l’instant, c’est unique en Europe et peut-être même au monde.

Cette pierre gravée de femmes a été trouvé dans la grotte de la Marche. Elle est à proximité du ruisseau du Petit-Moulin à dix minutes du Musée de Préhistoire de Lussac-les-Châteaux. Une grotte constituée d’une vaste salle semi-circulaire d’environ 20,5 m de large sur 9 m de profondeur avec un plafond haut, permettant de se tenir debout. Avant que la falaise ne s’effondre, elle était largement ouverte sur l’extérieur et baignée de lumière. Elle fut découverte en 1937 et fouillée jusqu’en 1993. Ce site a été occupé il y a environ 14 000 ans, au Magdalénien moyen, par Homo sapiens.

Les hommes et les femmes de la Marche
Entrée de la grotte de la Marche. Là, une centaine de pierres gravées y furent trouvées et notamment une grande série de figures humaines gravées sur ces pierres avec des portraits, visages souriants et corps habillés. Photo © François Collombet
Rien n’est oublié : cheveux, barbe, calvitie, ceintures, bonnets, bracelets…
Grotte de La Marche à Lussac dans la Vienne explorée par H. Lavergne en 1914 avec la découverte d’outils en silex. En 1937, un amateur local recommença des fouilles et mis au jour des pierres gravées, des restes de parure ainsi que des objets lithiques et osseux. Avec Stéphane Lwoff, le chantier de fouilles dura cinq années. Lors de cette période, l’abbé Breuil (considéré comme le pape de la préhistoire) s’y rendit à deux reprises (1939 et 1940) pour expertiser les trouvailles. De 1957 à 1958, on entama de nouvelles fouilles. Enfin, de 1988 à 1993, une étude plus complète de la stratigraphie et des couches sédimentaires de la Grotte fut menée par Jean Airvaux (Archéologue spécialiste de l’art paléolithique). DR
Des portraits incroyablement réels

On y voit des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards avec des visages expressifs (et même souriants) jusqu’à des traits caricaturaux qui les rendent incroyablement réels. Le réalisme est saisissant, parfois sans détours et en mouvement, contrairement à celles des autres figurations humaines du Paléolithique supérieur. Quantité de détails y figurent : cheveux, barbe, calvitie, scarifications… Sont aussi représentés des vêtements, ceintures, bandeaux dans les cheveux, bonnets, bracelets etc. La place des femmes est importante au sein de ce corpus, celles-ci sont représentées assises, jambes repliées et bras levés ainsi que des femmes enceintes.

Cette pierre calcaire gravée a de nombreux traits parmi lesquels on repère deux figures féminines superposées et affrontées. La première, assise, est tournée vers la droite. Son corps nu et généreux porte une cein­ture aux hanches. Son bras droit, levé et fléchi devant le visage, a des bracelets au poignet. Sa tête est bien traitée : cheveux ceints d’un bandeau, front bombé, nez retroussé, œil en amande … La deuxième figure est tournée vers la gauche. Elle a aussi les bras levés et des bracelets au poignet. Sa tête, aplatie, présente un front avec une petite frange, un long nez, un œil et une bouche.

Pierre gravée de femmes provenant de la grotte de La Marche, à Lussac-Les-Châteaux. Elle a été gravée au Paléolithique supérieur (Magdalénien moyen).
De cette pierre gravée, les experts repèrent deux figures féminines superposées et affrontées.

Ce fragment de pierre calcaire est gravé de deux femmes (grotte de la Marche). Elles sont superposées et symétriques. La première, dont la tête a disparu, est assise de profil, bras relevés et jambes tendues. Son corps aux formes généreuses semble indiqué qu’elle est enceinte : seins lourds, ventre, fesses et cuisses arrondis. Elle porte une ceinture aux hanches et ds bracelets aux chevilles. La deuxième femme, assise elle aussi possède les mêmes caractéristiques corporelles. Sa tête est succintement tracée.

Pierre gravée de silhouettes de femmes trouvée dans la grotte de la Marche. Photo © François Collombet
Dans cet écheveau de traits, les experts ont retrouvé le portrait de cette femme assise. Photo © François Collombet
La retranscription sur papier de l’une d’entre elles. Photo © François Collombet

On a trouvé des traces de matières colorantes (jaune, rouge, marron) sur certaines pierres. Le graveur enduisait la surface d’une couche de pigments réduits en poudre et mélangés à de l’eau ou de l’argile avant de procéder à la gravure à l’aide d’un outil en silex plus ou moins fin. Pointe, burin, denticulé, grattoir ont pu être utilisés en fonction du rendu souhaité. Obtenir un trait fin se faisait en incisant la pierre d’un seul geste ou pour un trait plus épais, en repassant l’outil à plusieurs reprises. Les pierres ont pu être utilisées plusieurs fois et par différents graveurs.

Pierre calcaire gravée : est-ce une tête humaine ou une tête de rapace ?  Photo © François Collombet

Comment déchiffrer ces pierres ?

Déchiffrer les gravures, souvent fines et entremêlées, est un travail long et complexe. Le chercheur doit s’armer de patience et user de plusieurs techniques d’observation et d’analyse (éclairage rasant, relevés direct.) pour révéler les sujets gravés. À partir des années 1960, Léon Pales passa ainsi une vingtaine d’années à étudier une centaine d’œuvres de la grotte de la Marche. Aujourd’hui encore, les gravures de Lussac ne sont pas toutes déchiffrées. Elles suscitent toujours l’intérêt des préhistoriens.

L’apport des nouvelles technologies

Le recours à des instruments issus des nouvelles technologies comme le scanner a permis de progresser dans le déchiffrage de ces pierres gravées. Néanmoins, un très long travail reste à effectuer pour percer les mystères de ces figures.

Plaquette gravée figurant une tête humaine de la face ou un rapace. Photo © François Collombet
Musée de Préhistoire de Lussac-les-Châteaux. Il est né en 1982 et reconnu « Musée de France » depuis 2006. Il a été entièrement restructuré et s’inscrit depuis 2010 dans un ensemble culturel, La Sabline. Il comprend aussi une médiathèque et une Maison des jeunes et de la culture. DR

Grotte de Lascaux : cette incroyable découverte après 210 siècles de silence – amazed

Lascaux IV est la plus complète reproduction de la plus célèbre grotte ornée du monde surnommée “chapelle Sixtine de la préhistoire”. La conception de cet ensemble est l’oeuvre de l’architecte norvégien Kjetil Thorsen. Il a réalisé un musée étonnant et détonnant (Centre International d’Art Pariétal) à Montignac, en Dordogne, à 500 m de la grotte originale. Photo © François Collombet